Flashs lagons : bleu envoûtant des points de jour polynésiens

Les journées polynésiennes précèdent l'aube et tranchent sec au coucher de soleil précoce : immuabilité du temps ou rémanence des métiers de l'ombre ?
11 Août

Paradoxale pour le moins, la durée de l’ensoleillement quotidien se maintient en toutes saisons à égalité avec la nuit. Luxuriance de la végétation, prolixité d’une faune marine, et a contrario… équilibre inchangé entre obscurité et clarté. Rien à voir avec les 17 heures de soleil et la brièveté nocturne des étés de métropole (ou son inverse, l’hiver).

Les journées qui n’en finissent pas, associées aux îles tropicales : un mythe ?

Il faudra le dire : nombre petits métiers ou services sillonnent la nuit, avec ou sans lueur, dans le confort ou la misère. « Nights in Polynesia » un ballet blues, un opus qui se danse au quotidien.

Un rythme saisissant

« Le temps s’immobilise » serait-il un mensonge ?

Hormis la perception du temps polynésien longuement étudiée et réhabilitée, hors tout relent de malentendu culturel, dans l’ouvrage de Bernard Rigo, c’est aussi l’usage de l’horloge solaire qui s’impose ici : « Le Polynésien n’use pas du temps comme nous. (…) Le temps ménage des intervalles , le passé est aussi présent que l’espace, je ne suis pas forcément ce que j’ai été. (…) C’est cela qu’il faut expliquer, une perspective autre sur le temps. »

La vie administrative s’ébauche à 7h du matin, horaires scolaires compris et débauche à 15h, les écoles à 15h30, les entreprises au pire à 18 h, inexorable fin du jour. Tout se joue avant 10 heures dans les points stratégiques qui règlent les démarches en ville. Tahiti et ses îles déjeunent à 11 heures.

Décalage avec les fuseaux européens ou maghrébins, mais adaptation.

Les traversées nocturnes inter îles

Les navettes croisent à nuit noire prometteuse d’aube, bondées de toutes les classes et de tous les âges de la société : tel collégien ou lycéen pour l’internat hebdomadaire, tel employé, tel vieillard ou tel nourrisson pour un rendez-vous médical sur les îles hospitalières – comprendre dans ce cas les seules îles dotées d’hôpitaux. Car toutes les îles ne bénéficient ni d’entreprises, ni de structures éducatives ou sanitaires.

Les moins lointaines sont à ½ heure de cata-moteurs, ferrys, goélettes (cargos mixtes de passagers et de marchandises)… si la météo marine est propice et si l’île est pourvue d’un trafic quotidien. Pour les plus éloignées, la fréquence peut varier jusqu’à 4 à 5 semaines.

Bien sûr, il reste l’ATR -avion inter-îles- qui décolle en pointillés ; ce qui n’est pas plus donné concernant la mobilité et la communication quant au prix, à la périodicité, au quadrillage des destinations.

Et puis, paresse Le Gauguin, ses croisières entre îles et lagons… ses sillages immanquablement noctambules sur fond musical. A part l’équipage, le labeur n’est pas de mise.

Lever plus que matinal, coucher à la brune ou inversement : nombre métiers jonglent avec le clair-obscur.

Les Noces de prime d’une orchidée nommée vanille

Si vous parlez faa’apu (jardin potager individuel ou exploitation familiale), il faut le situer sur les pentes de l’épine dorsale montagneuse qui occupe le centre de toutes les îles hautes. Certaines fermes et leurs habitations sont situées en pleine altitude, à l’instar des villages polynésiens d’origine.

C’est en pleine nature que la vanille polynésienne est la meilleure ; pas dans les ombrières (exploitations artificielles) où elles enroulent leur liane sur de stériles poteaux de béton. Et faut-il se lever tôt, s’embourber sur les dénivellations raides de la pleine forêt tropicale humide pour se rendre à ses pieds et lui rendre l’hommage d’une cérémonie des plus réussies : « marier » (féconder à la main) l’orchidée blanche nommée vanille, c’est à l’aurore. Plus tard, la vénération serait vaine. La fleur manifesterait quelque répugnance. C’est aux îles sous le vent, Raiatea, Tah'a et Huahine que la culture est la plus abondante en Polynésie.

L’aubade des petits métiers

Elles ont l’âge de la retraite, elles n’ont pas d’emplois… et dépourvues d’aides sociales ou de chômage, elles survivent tant bien que mal. Laissent sur leur passage les effluves de leurs tresses florales. A l’heure où d’autres se recroquevillent en SDF à même la rue au cœur de la ville.

Elles cheminent autour des fêtes, des cafés, des restos et des bars, parmi quelques rares ombres qui clôturent la nuit et relancent le jour. Elles déambulent jusqu’à l’aube, parfois raclant de la semelle, parfois le teint palissant en même temps que la lune.

Elles se laissent mener par le bout du nez… les yeux crevés par le tissage ou la confection végétale. A bout de souffle, elles s'avalent un plat en catimini au coin d’un comptoir, pour tenir le coup avec les derniers colliers de fleurs.

Elles n’ont plus l’âge de la flânerie mais celui des errances de la misère.

Les blues du lagon

En ville tout est plus implacable, rigoureux, inexorable. Le dénuement est radical. Pas de subsistance à bon marché, tout se paie. Béton et macadam, bâtisses et aménagements en front de mer, enceintes et enclos, rivages privés, n'autorisent l’accès ni au verger maritime, ni à la closerie limoneuse.

A portée de main, la musique… Ce sont ce genre de refrains, qu’on entend…

« Aita ta'u e rave'a / Je n'ai aucun moyen

E metua ore to'u / Je n'ai pas de parents

A Tauturu oe ia'u / Aide moi

I roto i to'u mauiui mauiui / Dans ma détresse » ( A tauturu oe ia'u de Eugène TEIRI )

Blues ! la musique comme le lagon.

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