Jasminal, la saison tunisienne des femmes

Jasminal, s'inscrit au mémorandum de la révolution de la dignité, de l'affranchissement du dictateur, sous la plume de Fatima Maaouia, écrivaine de Tunisie.
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Jasminal, apparaît pour la 1ère fois, dans le poème du même nom, le 4 mars sur le blog de Fatima Maaouia, s’achevant par ce dernier vers : « Il coule, printemps révolutionnaire ». Dès la nuit du 14 janvier, l’écrivaine renoue avec l’écriture après plusieurs mois de silence et publie sur le net, « Le jour est jasmin de janvier », illustrant simultanément le croquis de l’artiste plasticien Faouzi Maaouia : « Tunisie Libre ».

Une série de poèmes, s’enchaîne pour témoigner de ce mois lunaire : exactement 29 jours de manifestations, aboutissent à la libération de la Tunisie ; déjà sur le réseau, sous des noms d’emprunt, l’engagement révolutionnaire fleurit, suite à l’immolation de Mohamed-Tarek Bouazizi. Et Fatima ressort son calame, à visage découvert.

Son rôle d’écrivaine, dénonçant de façon humoristique les travers de la société, Fatima l’avait précédemment paraphé en de courts récits diffusés par des quotidiens de la place (dont « La Presse de Tunisie »).

Plus dramatique et pour cause, se présente l’édition en français de ce conte symbolique consacré à la Palestine : « Les Frères Siamois » [1] . Mais dans ces temps de parole occultée, l’écrit même prend des allures d’éphémère.

Pas dupe !

Sa verve acide, aurait pu connaître un semblant de succès avec la parution d’une saga truculente, commencée avec le Millénium … mais peaux de chagrin que les éditions en Tunisie, cette année-là, même bardée de ses trois zéros !

Ce n’est pas un hasard, si Fatima Maaouia emprunte l’appellation « révolution de Jasmin » au chroniqueur Zied El Hani qui l’aurait mis sur le blog « Le journaliste Tunisien » dès le 13 janvier.

Et serait-ce pure nécessité , si « l’auteure » utilise la terminaison « en al » d’un certain calendrier républicain, promulgué en 1793 et aboli en 1806 par Napoléon, héritier d’une révolution phare, de l’autre côté de la Méditerranée ?

Ainsi les poèmes insistent sur cette situation d’autant plus qu’elle paraît « irréelle » (in « Jasminal »), « Défiant le temps et les innombrables / Ronces cannibales (in « Mon ami le jasmin ») ; la combattante de la plume n’est dupe d’aucune invraisemblance saisonnière, ni d’aucun revers révolutionnaire.

Qu’elle se nomme de « la dignité » ou de « l’indignation » la révolution tunisienne, en germe depuis des années a éclos en hiver. La floraison en paraissait improbable tout comme celle du jasmin, pour tout climatologue, botaniste ou détracteur de ce label floral ou « floréal ». Le jasmin blanc, emblème de la Tunisie, fleurit du printemps à l’automne ; appelé mechmoum, quand il est piqué sur de petites tiges de palmier liées en bouquet, les hommes se le glissent à l’oreille, aux jours radieux de leur saison.

En la matière, y aurait-il aussi mutation ?

La Saison des Femmes

Car il semble que les ultimatums, aux accents de « I laïque Tunisia », lancés contre toute discrimination sexiste , aient réamorcé la Saison des Femmes. Aux premières heures de la chute du dictateur, dans la rue et à travers le réseau, les Femmes revendiquent la parité et leur autonomie : « Dis-leur qu’un jasmin rouge a fleuri en Tunisie » (18.01.2011), « Révolution du Jasmin / Révolution au Féminin » (27.01.11).

Les prémices à ces revendications, divulgués sur blogs personnels ou collectifs, depuis quelques 6 ans, avec « Parole de femme... Hommes et femmes à vous la parole ! » jusqu’à « Frontières imberbes » (31 août 2010), aboutissent à cette Saison des Femmes, « Osant fleurir en plein hiver / Un jasmin a ouvert le chemin » (28.01.11)

A l’opposé, « La Saison des Hommes », cycle répétitif de la contrainte, Moufida Tatli, en traite dans le film qu’elle réalise en début de millénaire. Parabole sur la pression exercée par le retour estival des maris migrants et de leur mechmoum, elle est représentative de la pesanteur des mentalités face au Code du Statut Personnel .

Pour tout dire : « Un matin d'hiver » - « Lorsque les temps étaient lents, durs et amers / Un jeune marchand ambulant / Orphelin de printemps » -, augure-t-il d’éclosions nouvelles et de l’épilogue d’une saison ?

Le combat de la citoyenne

Le combat de la Femme, « il tire sa légitime fleur / De la sueur de nos mains / Différentes et unies en un seul et unique cri : Démocratie ! ! ! » écrit Fatima au cours de ce mois révolutionnaire, peu avant « La marche des femmes pour la citoyenneté et l'égalité » du 29 janvier à Tunis.

Mais elle le poursuit sans exclusive, au sein de « Pacte Citoyen » : rassemblement sans distinction de sexe, de démocrates indépendants, en vue d’élaborer une constitution fondée entre autres, sur la «sauvegarde du caractère civil de l’Etat», l’«égalité dans la citoyenneté», «la préservation des acquis de la femme» …

Ce mois lunaire (17 décembre 2010 - 14 janvier 2011) initialiserait-il le calendrier révolutionnaire du 21ème siècle ?

Et pour clore sur cet archétype qui lie Femme à Lune, flore et parfum nocturne : le jasmin de nuit, ambre de la nuit (ambar ellil en tunisien) ne se nomme-t-il pas aussi « reine de la nuit » ?

[1] Les Frères Siamois, Conte poétique, Auteur Fatima MAAOUIA, Illustration Faouzi MAAOUIA, Hibiscus Editions & Association tunisienne pour la pédagogie du français, Tunis - mai 2002

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