Jazz au terroir : la Rage au rouge avec Red Rage !

L'article pourrait s'écrire au rouge. Red Rage, trio glané aux champs, à l'est où tout est neuf, percute la musique rock et "cut" la polémique
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Ils relèvent le défi de 3 enfants passés au saloir … jadis : parce qu’on n’arrête ni la sauvagerie, ni la malveillance, maintenant encore, maintenant aussi. Et la chanson française, c’est ça ! Un texte qui jette du costaud et un son qui balance.

Ils sont issus des coulisses du monde, de l’un des terroirs français économiquement sinistrés. Ils répètent parfois au bord d’une cascade, d’un barrage naturel, au gré d’une source, d’un bosquet, «L’Eau Blanche», un lieu-dit.

Skate et Teuf

Si le système scolaire est passé à côté de leurs talents, s’ils n’ont jamais été valorisés pour la teneur et la qualité de leurs textes, si le parolier et compositeur n’a pas été plus loin que la 5ème : il va falloir réviser nos critères artistiques.

7 ans qu’ils se connaissent ! l’âge de la teuf (fête) et du skate !

Poirss : guitariste et soliste, est menuisier ; Clem’s : bassiste et magasinier ; Matt : à la batterie est soudeur ; et Mike, comme certains autres de leurs fans : à la technique.

Bon esprit-petite-famille, ils passent le cap saison après saisons et restent soudés en toutes circonstances. Ils ont grandi ensemble, persévèrent ensemble, s’aident au quotidien.

Ils bénéficient de quelques complicités locales pour l’enregistrement 2010 de «DEMAR RAGE », réalisé par Studio Empire Underground à Lerrain et une petite équipe de potes plasticiens.

La machinerie agricole : gigantesque !

L’exploit, le géant de l’histoire, c’est cette culture du purin – comme l’affirme l’environnement, l’esprit campagne. Un hameau pas marqué sur toutes les cartes.

Une machine, comme un monstre de métal, occupe la largeur de l’unique rue. Pas de rapport avec le somnolent sous-préfet aux champs , tout devient chant.

Ce rapport à la création sur lequel on s’interroge toujours ! Avec des musiciens qui ne vivent pas uniquement de leur musique et mènent 2 statuts de front !

Des travailleurs manuels dont les mains burinées à la charpente ou à la maçonnerie gardent cependant toute leur sensibilité pour leurs instruments de musique ! Là ! est le vrai talent !

Des mains gonflées par le dur labeur et cette dextérité instrumentale : voilà qui est fascinant !

« Peut-être, mais tu te remplis la tête et le coeur de choses fantastiques, notamment le lien permanent avec la création qui est leur quotidien : un travailleur manuel construit, en permanence !

Il fait sortir des réalités concrètes d'une multitude de riens qu'on appelle des matériaux. Quel intellectuel peut en dire autant ? c'est ça le vrai talent », entendra-t-on dans un Atelier d’Ecriture de la région.

Il pose ses parti’ (partitions)

Folie des mots, dénonciation de la société, des misères, de la guerre et des «très massacrés» … de la mentalité mouton dans le pays de Jeanne d’Arc, des «Politico /démago / déguisés», etc.

Ils répètent à l’humour dans le garage d'une maison en rénovation... Dérision permanente en sorties fusantes - «Robert on n’adhère pas, Larousse on veut des droits»-.

Poirss, après le silence de l’adolescence et ces quelques années où la parole déclenchait la musique, décide de refermer ses partitions et de se laisser aller aux accords majeurs.

Poirss, parolier, et ses textes taillés à « l’obsidienne ».

Une seconde époque se dessine pour Red Rage , après la trame textuelle où venaient s’enchevêtrer les compositions autonomes de chacun.

Le bœuf mélodique

Instrumentistes avant tout, en fait, les Red Rage . Et si Clem’s a abandonné le violoncelle, le Conservatoire, il en garde la charpente. Et le groupe avec lui.

Contraints de mener de front les boulots alimentaires et leur passion, ils éprouvent le besoin de vivre leur musique avant de vivre uniquement de leur musique.

Et ça passe par ces moments de pure improvisation où se mêlent les styles, les genres, où ils peuvent fusionner.

Le plaisir des « bœufs mélodiques » ! C’est ce qui va amorcer leur composition. Ces moments d’exploration des cadences et de l’arythmie. On retiendra des motifs, on structurera ce décor musical… on ira vers le mot.

On se trouvera une rengaine jazzifiée.

Il travaille son souffle au pipeau

La sensation musicale d’abord, à l’état pur ou presque !

D’ailleurs, au cours de cette répétition aux champs, dans le crépuscule d’un jour de semaine, car les dimanches posent toujours le problème des fans à la fête… l’atmosphère se passionne, l’interprétation se libère.

Ils se lobotomisent et laissent venir, l’expression.

Ils évacuent ces moments du travail où les produits qu’ils respirent, où l'effort, ça te bouffe même l'estomac et les voies respiratoires.

Alors ils se déchaînent en « répète ». Une « répète » avec un timing, car on travaille tôt le lendemain.

Une petite bouffée d'air happée du bout d'un roseau !

Et ils rêvent de tournées.

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