Les armes du street-art tunisien avec ZED

Oeil pour oeil, trait pour trait, de partout dans le monde, le street art tunisien dénie les archaïsmes de la morale et de la politique : ZED innove

La plupart des contestataires tunisiens n’ont pas vraiment plus de la trentaine. De par leur jeunesse, ils réagissent au quart de tour.

Ce qui ne semble plus être le cas pour les grosses machines créées par les représentants de la même génération. Il suffira de nommer facebook (et son jeune entrepreneur) : comme si le système se grippait et gommait systématiquement tout ce qui cause polémique : même les groupes de bon droit sont éradiqués de la page Web ! (désactivation du groupe « Tous unis avec Nessma »)

« artiviste »

Parmi d’autres street-artistes, nommons JR. Dans un autre style, il est intervenu lui aussi, mais ponctuellement au printemps dernier en Tunisie. Zied Ben Cheikh alias ZED se révèle activiste ardent depuis la révolution et s'affiche sur façades et murets, "avec l'aval des passants", confirme-t-il.

A moins d’un an du début du mouvement, les artistes se trouvent obligés sans relâche, de contrecarrer la censure. Et elle semble polymorphe, endosser des casquettes fort opposées.

La dictature faisait taire la critique ouverte, mais a donné l’occasion de développer une culture de l’exil, du «contournement», du discours subliminal ou allégorique, dans les arts vivants comme dans l’écriture.

L’espèce de mauvaise conscience attisée par les tenants de la bonne morale rétrograde ne cesse de manipuler l’opinion publique. Dans tous les cas, il se trouve que l’art soit visé au premier chef, à chaque fois. Comme pour les films de Nadia El Fani ou de Morjane Satrapi .

L’image - la représentation - serait-elle en passe de devenir tabou après avoir été interdite ?

ZED s’active coup sur coup sur son blog comme dans les réseaux pour affirmer son engagement d’artiste.

Cherchez l’ERREUR 404

ZED désapprouve ouvertement et humoristiquement l’obscurantisme, sans langue de bois , ni excuses. Il n'admet pas se rétracter à l'instar de la chaîne médiatique Nessma.

Nul ne se trouve à l’abri d’un argumentaire alambiqué qui ne tient que par l’absurde. Les discours de condamnation jouent sur l'éthique ou son interprétation. L'image devient blasphématoire après s'être fait condamner pour critique.

Ainsi provoque-t-il avec « l’école de la burqa » et fait-il un clin d’œil à la trinité salafiste. Pas d'euphémisme, l'art du pochoir et de la graphie ne se cache plus derrière les mots.

Il commente ainsi l’une de ses créations, comme une parodie de syllogisme dogmatique : « Sœur, le savoir est lumière, la lumière est électricité, l’électricité est dangereuse. »

L’erreur réside dans le fait que l’Art aurait maintenant à se disculper.

Du culte du despote au despotisme du culte

«L'image politique a une importance capitale pour moi, dans la mesure ou j'ai été témoin des installations et de l'affichage despotique du système Ben Ali.» Une déclaration de ZED qui ne souligne que l’engagement de ses œuvres.

Et la Medina de Tunis, comme sa banlieue ont vu fleurir cette critique imagée du pouvoir : avec ses téléphones REMIX, ses téléphones arabes, ses ERROR 404 … tout comme ses portraits de guerrières (Warrior)… images de manifestantes ou de victimes ensanglantées, trônant sur les parkings des gouvernorats.

Ainsi en témoigne aussi le documentaire illustrant sa participation au mouvement tunisien et diffusé en octobre par TV5 Canada.

Sur le Web, c’est la contestation contre le monopole confessionnel que ZED déverse à qui veut le voir. Et les clics approbateurs vont bon train.

L’architecte, l’urbaniste et le personnage

Ces 3 éléments -le cadre urbain, son appropriation et ses portraits typiques- le mobilisent, à en croire son blog. Mais avant tout, c’est l’émotion qui le dynamise. Etre artiste, c’est exprimer ce que ressentent ceux qui regardent vos œuvres. Il l’a expérimenté au cours de ses pérégrinations tunisiennes entre autres. L’artiste interroge la perception de son public et la réinterprète à sa manière.

Artiste de l’art urbain et de l’écran, de la façade de plein air au numérique, il ne déclare que leur complémentarité. Du digital au pochoir, des techniques découvertes entre Tunis et Paris, c’est viscéralement qu’il les réinvestit.

Un "artivisme" constant. L'espace urbain revisité, mais aussi celui des galeries où il accroche ses oeuvres, comme en ce mois d'avril à la parisienne " Itinerrance ", pour l'exposition internationale DEGAGE

Avec son masque de bombeur plasticien, Zied ressemble à ces combattants du front. Pour l’instant, il ne fait que lutter contre une certaine ignorance en proie à d’excessives manipulations et émettre un avis d’artiste. En première ligne, ce n’est pas si évident que de se protéger contre les menaces qui pèsent sur la "classe artistique" (toute désignée par les intégristes) et les créateurs tunisiens.

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