Nobel pour Lina Ben Mhenni ou canular ?

La résistante tunisienne, son blog, son livre pour accréditer une éventuelle consécration ou déchaîner les discordances autour du Nobel ?
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La rentrée quasi internationale d’octobre s’agrémenterait de quelques citations, valeurs et consécrations humanitaires, tel le Prix Nobel de la Paix. Les 3 candidats pressentis par le comité 2011, appartiennent tous aux pays qui ont initialisé et vécu le tout actuel «Printemps Arabe » :

la Tunisienne Lina Ben Mehnni et deux Egyptiens

Mais si le Prix Nobel n’a pas toujours été honoré, ce n’est pas faute de combattants pacifiques ou non-violents, il le doit au désaccord du comité ou à la pléthore de conflits mondiaux qui entachent la planète depuis plus d’un siècle.

La cyberrésistance

La critique massive de l’éventuelle accession de Lina au Prix Nobel, tient à sa jeunesse. Elle est à la fleur de l’âge (autour de 26-27 ans), à peu près le même que la 1ère victime de la révolution tunisienne, Mohammed Bouazizi. Et elle ne s’est pas privée de mondialiser le scandale de cette mort prématurée.

Quels éléments pourraient apaiser ses détracteurs ? Le décompte de ses années de résistance sur le net ? Son engagement dénonciateur remonte à 2007, quand elle créait son blog et distribuait, au risque de sa vie, diatribes et blâmes du régime déchu.

De plus, elle a exercé son rôle d’informatrice et ses talents de communication sur le net, en toute conscience de ses facultés. Enseignante à l’Université de Tunis, il ne faudrait tout de même pas dénigrer sa maturité ou son sens de la morale politique.

En contestant l’arrestation de militants à la cause de la liberté d’expression, d’étudiants, elle n’était pas loin de subir le même sort et connaissait les dangers de la diffusion de ses « posts » sur le net. Chaque intellectuel de Tunisie qui prenait position (ou non), sous ces 23 années de dictature, entendait l’écho des écoutes téléphoniques branchées sur le ministère de l’intérieur tunisien, en décrochant.

Ses pairs, enseignantes à l’Université de Tunis la citent en « exemple de la Femme Tunisienne », ne la mettent pas en doute et l’encouragent en cette période de toutes les élections.

Sous l’autocratie benalienne , son blog « A Tunisian Girl » a connu plusieurs censures remontant à 2008, des tracasseries sur ses autres comptes internet, puis, au fort de la révolution, les fouilles, confiscations de matériel et autres mains basses dans sa propre famille.

Aux premières heures de la résistance, ses témoignages audiovisuels ou écrits ont couru sur les réseaux mondiaux du net. Cet article d’ Arnaud Vaulerin (11 janvier) relatant les affrontements de fin décembre à début janvier en constitue un argument indéniable où elle parcourait la Tunisie et le gouvernorat de Sidi Bouzid.

Une libération annoncée

Le Harem Politique de l’écrivaine et sociologue marocaine Fatima Mernissi, paru en 1987, montrait que les nouvelles technologies de communication seraient susceptibles de porter la parole contestatrice. Des années que les messages subliminaires sillonnaient écrits et œuvres artistiques. L’autocensure des journalistes, souvent compensée par des métaphores criantes d’évidence. 2011 en gestation dans les mentalités maghrébines et arabes.

Lina Ben Mhenni de son côté a prouvé le rôle émancipateur de l’information, auprès de citoyens isolés ou qu’on excluait sciemment par des moyens de répression. Les jeunes blogueurs ou « maquisards » de la plume et de la rue du Printemps arabe auraient montré assez de sagesse pour proposer une parole de concertation et se substituer à un pouvoir contraignant.

La solution politique pourrait se trouver dans le « système open source gouvernance » déclare Lina Ben Mhenni. Une résolution toute pacifique traitée par Douglas Rushkoff

( http://www.demos.co.uk/publications/opensourcedemocracy2 )

Déjà, les blogueurs arabes (égyptiens ,libyens, tunisiens etc) : se rencontraient en 2009 au cours du deuxième meeting des blogueurs arabes, à Beyrouth. Le prochain, c’est-à-dire, le 3ème aura lieu dans quelques jours à Tunis.

Lauréate en avril 2011 du : « Prix de la meilleure blogueuse internationale dans l’International Blog Awards « BOBS » de la Deutsche Well e, portant sur la promotion des Droits de l’Homme ainsi que de la liberté d’expression et de la presse.» Une étape quelque peu passée sous silence mais qui peut conduire à la reconnaissance.

Activiste ? Des mots contre la barbarie.

Activiste de la paix, en toute conformité avec le Nobel. La lutte qu’elle a menée en risquant sa vie se déroulait sur l’espace virtuel mais mortifère cependant. Les ennemis cachés comme dans un cyberespace. Mais les victimes étant réelles, ses mots et les images imprimés sur la « toile », ont été d’une efficacité mobilisatrice face à la répression.

De la barbarie : son blog « montrait des scènes réelles des répressions et des violences survenues lors des affrontements de la révolution du 14 janvier, notamment dans la région de Regueb et Sidi Bouzid (le 9 janvier 2011) ».

A coups de posts, mais aussi d’un livre sorti début printemps 2011, une guerre des nerfs qui n’est pas totalement achevée, tant que ne sera pas connue l’issue des élections tunisiennes. Le combat continue. Tunisian Girl, blogueuse pour un printemps arabe . Déjà vendu à environ 2 millions d’exemplaires

Il se poursuit sur le blog de Lina Ben Mhenni : fin septembre 2011, on peut y lire, le vendredi 23 septembre 2011: « Nous Sommes Tous Des Clandestins ou L'immigration illégale des Italiens en Tunisie »

Et les critiques vont bon train quand il s’agit de mouvements intégristes ou des anciens du RCD (parti de Ben Ali) : ils ne manquent pas de l’égratigner. (Voir à la guise de chacun, les commentaires injurieux ou dépréciatifs, sur les différents blogs, pages de soutien facebook et autres supports internet ou médiatiques)

Censuré sous Ben Ali, le blog «a Tunisian Girl» continue d’être activiste , et inquiété, tout comme d’autres en Tunisie.

Les universitaires n’avaient pas été épargnés pendant et après les mois qui ont précédé ou suivi les événements: certains ont eu à subir des menaces concernant leur position et leur action durant la révolution jusqu’à la veille du démarrage de la campagne électorale.

Mais quelles que soient les brimades, fin septembre le mouvement Ni Putes ni Soumises se réjouit de la «nomination» de Lina Ben Mhenni. Il semblerait donc que l’événement se confirme officieusement.

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