Pour une poignée d'habitants ? La musique s'invite sous chapiteau

Pour le retour festif annuel de la musique avec les groupes fondateurs et les nouveaux venus, l'affluence est régionale et l'ambiance conviviale à Madecourt
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« Faites de la Musique à Madecourt » : c’est devenu le rendez–vous incontournable à dimension humaine de ces quatre dernières années.

Quelque part perchée en Vosges, une vallée circulaire du bout du monde, un terroir franchement agricole bordé de forêts. Une estimation aux alentours d’une centaine d’habitants hors saison et encore ! De jeunes enfants pour qui le village engourdi constitue un véritable terrain de jeux. La quiétude tenace pour tout environnement.

Quatre ans de chanson française parmi les vaches

A chaque dégel, tout le monde sait dans la région que les voitures s’emballent, que les brides se délacent, que les jeunes déboulent sur les routes déneigées pour évacuer cette torpeur qui s’insinue dans les mentalités avec le climat.

Une grange dans une maison traditionnelle lorraine, un staff technique sono, un lieu d’accueil des groupes et compositeurs, un studio d’enregistrement, Carte Blanche .

Au commencement était la lassitude du quatuor – Alain, Philippe, Francis, Gilbert -, soit Le Club des Zincs. Dix-sept ans de carrière, l’habitude des petites salles et des halls de bistrot de la capitale régionale.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les cafés et boui-boui de la ville spinalienne ont l’habitude d’abriter régulièrement et facilement chanteurs et formations depuis des générations. Survivance de la veillée dans un contexte rude ?

Et plus la Fête de la Musique croissait à Epinal, plus Le Club des Zincs se lassait de la promiscuité et de la cacophonie.

Il y a un an, Le Club des Zincs -accordéon, guitare, basse et batterie- s’étoffait d’une flûte traversière et de Sophie. De quoi ornementer leurs musiques et compositions dans le genre de Il est 5 heures : vous voyez ce que je veux dire ?

Le havre de la musique

Quatre ans que Le Club des Zincs aménage l’espace de réception, variant de la grange-salle de spectacles au chapiteau et marabouts. Quatre ans que la fête des sons se brode de la fête des sens : avec délices gastronomiques et en-cas chorégraphiés.

Quatre ans que les villageois, accoutumés précédemment aux regroupements laborieux et champêtres, se rallient autour d’une table, de larges accolades et des refrains.

Quatre ans que la région se déplace à petite dose, à dimension humaine, et déguste une fête de la musique qui se vit, s’écoute et se prolonge si vous aimez jouer le joyeux campeur.

Car chaque édition annonce ses nouveautés et cette année une soliste-guitariste et comédienne : Delphine se Défile .

Ce qui caractérise le label « chanson-française » à Madecourt, les anciennes comme les nouvelles, ce sont les thématiques hardies, libres et sans œillères. Eh oui ! Le public n'est pas mauvais cheval ! Les différents horizons s’y retrouvent et sans pruderie. Et si vous l'entendez sussurer "Jésus", ce n'est pas qu'elle prie, elle parle d'un Autre.

« Faites de la musique », ce sont aussi des voix, des paroles et des compositions détonantes. Delphine ne faillit pas à cette fraîche tradition de l’inédit et de l’originalité. Une voix qui prend aux tripes. C’est du semi-brut : travaillé, talentueux, gouailleur.

« Trou du cul du monde » à la une

Et dans la série, « je fais dans l’indie rock », je m’adonne au « belge » et je surprends à bloc : les de tekooptehuuren ! Déjà faut-il un décodeur pour traduire cette appellation « à vendre, à louer » qu’ils se sont choisie. Oli et Fro s’en donnent à cœur joie: " Deus ", " Ghinzu ", " Girls in Hawaï ".

Depuis cinq ans qu’ils existent, ces musiciens-chanteurs se tracent un paysage de «Flandres Vosgiennes», ne s’embarrassent d’aucune influence et portent sans hésiter des structures musicales extrêmement construites et complexes.

Il faut dire que la région proche a abrité Chopin, le plus grand violon du monde visitable de l’intérieur et dans lequel s’épanche l’âme de la musique à cordes, la lutherie, sa capitale et l’archèterie.

Alors, le contrepoint n’a pas de secret. Et ils s’en délectent à toutes les sauces.

Les De Tekooptehuuren entrent en ligne directe dans cet environnement artisanal jusqu’à la pochette CD. Ils allient mélodie à recherche, vagabondent entre souvenirs et impressions et nous embarquent dans ces ciselures de dentelles de pierre des cathédrales.

Musique pour tous, musique aux champs

Pour fêter la mirabelle régionale comme il se doit, les soirées s’achèvent par des bœufs gigantesques, des impros jazzies, des reprises qui peuvent s'effilocher tard dans la nuit ou tôt le matin suivant.

Au chapitre de ces improvisations, de véritables mélanges de styles et d’i nstruments : du fiddle (violon), du bodhran aux mille chalumeaux et autres twin-whistles de ce groupe - qui inaugure le dulcimer et ses variantes- et se pose dans un coin du chapiteau pour faire résonner ballades irlandaises et celtes. L’esprit gaulois ?

Un petit coin de paradis ? que cette campagne isolée où se brassent tous les milieux ! De la cité à l’artisan, de l’intello à l’illettré… la musique aux champs.

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