Salon de Province, une galerie d'art à portée de tous

Le partage de l'art, une dimension sociale, dans cette petite ville perchée au cœur de la province où l'échange s'opère entre artiste et quidam.

Toute ressemblance avec une ville du Sud serait inutile. Une placette pavée sous arcades : un air de famille avec son homologue parisienne Place des Vosges . Et l’une des expos qui se succèdent au fil de l’an, dans la maison du Bailli . Le temps est à la bruine, comme souvent en matinée, un dimanche à Epinal.

Derrière les fenêtres à meneau

La région a perdu de son dynamisme industriel depuis quelques cinquante ans et semble vivre au ralenti. Mais paradoxalement, les Associations artistiques vont bon train pour recréer des horizons riants et remettre de la couleur dans le paysage.

D’ailleurs, les Beaux-Arts ne sont pas les seules expressions créatives qui éprennent, Spinaliens et habitants des communes voisines : Soirées Contées, activités théâtrales mobilisent leurs fidèles. Mais à la Galerie du Bailli, à l’abri des vitres compartimentées, l’exclusif est à l’expo.

Pas de clivage, par contre, entre amateurs et professionnels. La Municipalité pratique des tarifs préférentiels pour ses électeurs. Mieux vaut donc habiter dans la commune, assurément !

Le tour de PIGMENT’ T…

Dans cette dynamique des Associations professionnelles, Pigment’T se partage les espaces de la ville avec d’autres. La galerie n’est pas leur unique fief, mais la place, l’esplanade, le parc, les labyrinthes et les contreforts du château. Les lieux les plus insolites sont loin d’être radiés de l’imaginaire débordant des plasticiens.

Et en cette douzaine de jours, « Trois Regards » vont se poser au gré de leurs œuvres : Karianne Brévick, Norvégienne souvent basée à Bucarest, expose gravures et peintures au rythme de montages sonores en boucle ; Yusuf-el-Saleh, Palestinien dans la région depuis près de 30 ans, plante ses sculptures et affiche ses peintures ; Efbé décline ses séries d’« insolentes » sans jamais s’en lasser.

Ils n’ont peut-être en commun que cette proposition de l’élément répétitif, mais indéniablement leur concept respectif est vraiment individuel. Bien sûr, on cherchera à rattacher leur manière à leurs origines ou à leur parcours. Mais est-il bien utile de confiner l’art dans des catégories, quand le geste créatif est en pleine production ?

S’exposer, se dire, et en rire

Chacun des artistes, met à disposition du public une petite fiche signalétique : mais elle tient davantage du clin d’œil que du bordereau. « Trois Regards » obligent !

Karianne, est absorbée par la tolérance et multiplie les supports, pour intégrer un thème qu’elle travaille d’abord de façon tragique (collages), dans des designs plus quotidiens.

Yusuf lui aussi semble naviguer dans l’universel : entre des sculptures tirées de supports naturels, métamorphosés en créatures et accueillant des motifs de style aborigène. Tout comme pour Karianne l’écriture n’est pas étrangère à ses compositions.

Pour Efbé, l’écriture n’apparaît que rarement dans un imbroglio qui compose la matière même de son œuvre. Ses Insolentes toutes tailles, tous aspects et toutes mimiques se seraient aventurées sur le sentier de la mort ! Bien que réputée pour être « insouciante, bravant les lois de l’équilibre, des proportions, joueuse, joyeuse, cachottière, tirant la langue aux esprits chagrins…* », telle apparaît l’Insolente, clown et clone à la fois.

… à dimension humaine

Car ce n’est pas dans les grands rassemblements, que se joue la partie artistique. Pas de mégapole, pas de galerie à épater, pas d’exhibitionnisme. Au Musée d’Art Ancien et Contemporain tout proche, de La Tour et Le Lorrain !

Pas de gardien anonyme dans la galerie. La permanence, tout comme la jactance, est tenue par les artistes. Au service d’une communication qu’ils jugent indispensable, les artistes livrent à la demande les clés de leur expérience de l’art. C’est plus intime, c’est sûrement efficace. Puisque s'en dégagent des rumeurs de confidences, un parfum de connaisseurs.

La galerie est de dimensions modestes. On ne s’y bouscule qu’au summum du vernissage. Et encore, évite-t-on la presse.

Mais chacun a pris l’habitude d’y venir et d’y retourner. D’abord, au vernissage du samedi soir, puis on y revient en famille le lendemain ; un petit détour dans la semaine ; et puis le dernier coup d’œil.

On s’y installe, on vient discuter avec l’artiste. On prend rendez-vous pour la prochaine.

On s'y renseigne, on s'y interroge, on y apprend : on vient faire part de ses impressions, de ses étonnements.

* texte tiré du CV artistique de Efbé

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