SOS culture en Tunisie : la révolution sera artistique ?

La révolution tunisienne se confronte au vide culturel du gouvernement provisoire défunt et sa négation totale dans le nouveau conglomérat des rétrogrades.

On aurait pu supposer, qu’après environ 10 mois de dictature destituée, les minorités islamistes qui se sont affirmées réprimées proposent un programme culturel.

Seulement le terme semble inexistant dans leur vocabulaire. D’autre part, la même période de transition n’a laissé perler aucune réforme positive culturelle.

Qu’ont –ils tous contre la culture et l’Art ?

Le récent programme artistique et culturel proposé par le Théâtre Liberté de Toulon , s’achevant la veille des élections tunisiennes montre, à travers le débat «Répression & formes de la résistance en Tunisie», l’absence totale d’une représentation artistique issue du fondamentalisme.

Une dizaine de jours, perçus par la presse tunisienne comme un hommage porteur d’avenir, sous le titre générique Théma #1 : La Tunisie au Théâtre (12-22 octobre 2011) s'émaille d’un débat politique: « Enjeux de la construction démocratique et perspectives pour la Tunisie » ; on y annonce la présence de «Zeyneb Farhat: directrice d’El Teatro, femme démocrate engagée dans le processus électoral en cours".

Mais la déception des artistes et actants de la culture tunisienne se trouve à son comble. Après l’Union Européenne, la France enchaîne les félicitations à un parti que les Tunisiens ne reconnaissent pas comme représentatif de la création et de l’expression culturelle.

Au quotidien, les pétitions s’enchaînent, pour que les espaces d’art ne soient pas escamotés et réutilisés à d’autres destinations, pour que les sites historiques ou oeuvres d'art ne soient pas éliminés: « Non, à la fermeture du cinéma Africart », commenté tragiquement par «pour que l'art ne meure pas."

Après la lente "déculturation" sur tout le territoire pendant des années, suite à la dégradation récente par les intégristes de la plus belle salle de cinéma à Tunis, les commentaires plus ou moins anonymes se multiplient :

«Que nous reste-t-il de l'art, de la littérature, du théâtre? dans quel gouffre allons nous tomber ? »

Pour les acteurs de la culture tunisienne : un désenchantement ?

A peine le colloque toulonnais terminé, pas même un écho dans la presse tunisienne : comme si la révolution avait disparu. Comme s’il n’en restait que de vieilles survivances d’avant le Code du Statut Personnel. L’information serait à nouveau touchée ?

Zeyneb dénonce sans ménagement sur sa plateforme fb (le 15 nov.), le recul des acquis: «Preuves d': Arrogance, insolence, conservatisme, Haine des Femmes:..Que ce M. Mchaffar prenne ses Jebbas colorées et se terre chez lui en attendant que la justice se prononce contre ses engagements sur tous les plans avec Materi, Ben Ali and c°».

Il semble que le dernier spectacle d'El Teatro L'Isoloir, se soit révélé « prémonitoire » : « La Tunisie "s'est endormie et ne s'est pas réveillée" , lance à la fin de la pièce l'un des acteurs. Une prophétie ? » conclut Hélène Sallon du journal Le Monde.

L’article, publié le 23 octobre, permet encore aux théâtreux de s’épancher sous la plume journalistique : « Tout ceci n'est que le fruit de l'imagination du dramaturge tunisien Taoufik Jebali. Avant, il refusait de participer à des élections pipées d'avance. "Nous étions des non citoyens dans un pays non démocratique" , explique Zeinab Ferhat , sa compagne et directrice artistique du Teatro, théâtre privé qu'ils ont ouvert à Tunis en 1987 comme arme pour "la résistance artistique" . »

"Nous vivons dans une société fermée, qui a eu l'habitude de vivre en cachette.

»

La culture résiste

La culture n'a pas semblé être la priorité des intérimaires du pouvoir. Les plus grands de la culture et de la création ont été évincés, la culture sapée ; mais ils se lèvent. Ainsi témoigne cet extrait, après un lourd dossier adressé au Ministre :

« Monsieur,

Pour toutes les marques d’irrespect à mon égard et envers ma famille ainsi que ma famille artistique, d’irrégularités administratives, de manque de déontologie, je ne vous salue pas. Lassaad Ben Abdallah

Les intellectuels rétablissent la réalité des faits et ne sacrifient pas à la propagande internationale : ainsi Chédli Ben Messaoud sur son blog :

« Réponse à un religieux-Nahdaoui: 1million 590 mille votes obtenus par Ennahda sur 7 millions de votant inscrits ne fait pas d'elle la majorité . De surcroit, vu les conditions (impréparation des autres partis et listes -Utilisation des mosquées- financement étranger - promesses démago et autres mariages et baptêmes collectifs, et j'en passe), ainsi que la précipitation au cours de laquelle se sont faites les élections, les élus d' Ennahda ne sont même pas légitimes. Ceci étant, il a -aujourd'hui - de fait une majorité RELATIVE ( 89 sièges sur 217) qui l'oblige -de facto- de composer avec les autres parti et listes indépendantes. Dire cela, n'est en aucune manière un dénigrement, mais c'est la réalité et les faits qui sont têtus! »

Les artistes et responsables d’espaces culturels interviennent ainsi par la voix de Mahmoud Chalbi : « Pour en finir avec ce double langage "khalifien" du premier ministre auto-proclamé, qui tranquillise l'opinion publique avec sa langue de bois pseudo-révolutionnaire, amadoue l'élite politique avec des postes à pourvoir et chauffe sa base avec des slogans islamistes ! »

Et de créer des événements qui affrontent directement les représentants considérés comme pseudos :

« STANDbyART !

dans l'attente que la culture reçoive son premier ko technique

de la section explosive du ministère de la renaissance culturo-islamoïde

je me permets de lancer une expo-impro du 15 au 28 novembre"

Leila Toubel , directrice du théâtre tunisois, El Hamra s’exprime ainsi :

« Le matraquage obsessionnel d'avant les élections continue, le secteur médiatique dans sa majorité novembriste et qui ne sait pas exister sans servir un maitre , veut à tout prix nous faire croire à la grande victoire d'Ennahdha comme s'ils avaient eu 99,99% des voix. Ennahdha n'a eu que 41% des voix, j'appartiens donc à la majorité des 59% qui n'ont pas voté Ennahdha + l'abstention qui s'élève à 48%. On parle dans quelques analyses du vote de sanction, moi je voudrai parler du vote de vengeance. Les 2 millions de Rcdistes ont voté pour qui? »

Pourquoi ne pas conclure avec Zeyneb : « les Artistes restent et les ministres passent… nous avons eu à ce jour et depuis 87 environ 20 ministres de la Culture… nous avons eu leur peau par notre travail, et nous sommes encore là ! »

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