Sur les pavés spinaliens, la plage des Arts Vivants (1)

« Rues & Compagnies 2011» font leur week-end festivalier début juin, les pieds en éventail, en avant-première d'un été précoce.

La ville entière chemine au hasard des fanfares, au zénith de ces 3 jours. La fin de matinée plutôt tranquille, après les festivités nocturnes.

Les petits bistrots ont troqué leurs ritournelles de quartier populaire, placardées la veille sous les feux de la nuit, pour l’atmosphère d’une après-midi alanguie.

Enfilade

Une parenthèse dans la ville pieds dans l’eau, ses bras de rivière, ses îles, son canal. Même les compagnons domestiques semblent omettre d’en découdre avec leurs fantomatiques rivaux. Et pourtant ils sont nombreux, de toutes les sorties, de tous les layons.

L’heure est au plaisir placide des « siestards » . Les grilles de l’école du centre abritent, sous les paniers de basket, la bouffonnade du «C.R.A.C. (Centre de réinsertion artistique en milieu carcéral)». Si le spectacle de Sylvie Berthod signifie qu’il projette le recyclage des délinquants en artistes, l’expérience a déjà fait ses preuves quelque part en Polynésie Française depuis 2008.

Quelques chaises sur le macadam de la cour, et nombre de badauds plantés comme les barreaux imaginaires d’une geôle : l’histoire se concrétise dans le cadre de l’espace à ciel ouvert.

Enfant mélomane

Sous la charmille que la sève enlumine de cette verdeur croquante de fin de printemps en cette région, l’enfant se prend au charme du sitar hindoustani . Parents délaissés sur l’allée passante, entre les vélos et les promeneurs du dimanche, l’enfant est captivé.

La musique n’est pas habituelle, elle ne résonne pas comme tout ce qu’il a pu entendre autour de lui jusqu’à présent. Il a à peine 5 ans, les musiciens sont plantés dans l’herbe, les cordes, le tabla.

L’auditoire se relaxe dans un décor de verdure aux essences variées : pas de protocole pour la musique. Il semble que les notes s’accrochent aux frondaisons, s’envolent avec le bruissement des feuilles. Et l’enfant, pénétré par les volutes d’accents qui ne cessent de s’égrener dans le parc de «L’espace Cours».

Renversants « Antipodes »

Le kiosque et ses abords sont investis par une foule dense. Etrange, pour les inaccoutumés des temples de la chorégraphie, que cette conception du ballet contemporain qui gomme les lignes de partage entre scène et salle.

Certains spectateurs, déroutés par cette proximité, cette interpénétration des espaces, ont occupé l’un des pôles du lieu : le banc. Certains enfants s’y sont raccrochés, quand les danseurs s’en éloignaient.

Le ballet entraînerait-il aussi les déplacements des spectateurs ? Du moins, tout semble avoir été prévu dans ce sens.

Un va-et-vient danseurs /spectateurs, le chassé-croisé qui peut se poursuivre et pourchasser le badaud. L’inconnu participant malgré lui.

Etonnant pour les flâneurs et vagabonds que de se voir escamoter le seul banc libre. Certains auront du mal à s’y résoudre et à céder la place aux danseurs. Aux antipodes des normes, des règles d’utilisation du mobilier de jardin, les danseurs vont les détourner de leur fonction.

« Piafs » sur balançoire

Le long des quais, un couple de baladins gazouille, pépie et roucoule . Une grande tenture noire détache de grosses fleurs jaunes artificielles et les abrite des pertes sonores.

Pas de micro, pas de sono… les voix nues sur accordéon. Et les enfants captés sur les balançoires, suivant de la tête ou des jambes qui se tendent et se plient pour accompagner leur périple aérien.

Les refrains tombent à nouveau, entonnés par la petite audience.

Si les enfants et les plus jeunes entrent à fond dans les propositions artistiques, semblent deviner quelle voie suivre pour se laisser conduire vers le plaisir des sens esthétiques, les adultes manifestent davantage de difficultés à percevoir dans l’immédiat.

Les impressions sont-elles fabriquées ? Ou émergent-elles de façon instinctive ? Forge-t-on le goût artistique ou le déforme-t-on ? Inné ou acquis ? Humain ou artifice ?

Flamme de l’Art au corps

Dans le feu de l’action, les jeunes danseuses, collégiennes ou lycéennes encore, sont en pleine découverte du métier. «Rues et Compagnies» convoque aussi des graines de professionnels.

Sur les pavés de la place Georgin, connue pour son marché couvert, les familles en tenue légère s’installent sans complexe pour le gala de danse des « Mécaniques Cintrées ».

Mais la ville d’Epinal ne s’y rassemble pas au complet ; certaines communautés ont rendez-vous avec des kermesses de bienfaisance. Dommage ! La vie, le spectacle vivant, le climat de la rue, ses turbulences se jouent de plain-pied.

Dans ce «Dancing Pitch» («Pas de Danse») déjanté s’éprouve cette aisance corporelle de jeunes filles, bien dans leur peau, en pleine parodie. Une critique menée, rythme battant, sur cette course au vedettariat, ces vieilles habitudes des rétrospectives dans les écoles de danse.

Un festival ambulatoire où se colportent les images …

* Sur les pavés spinaliens, la plage des Arts Vivants ( 1) sera suivi par Sur les pavés, Visages et Paysages

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