Un prix littéraire pour qui, pourquoi ? Quelle notoriété ?

Le Prix Henri Thomas de la nouvelle littéraire boucle sa 17ème session. Ses lauréats enflammeront-ils le paysage du lectorat ?

Depuis plusieurs années ils sont de plus en plus jeunes à se distinguer. Le climat, la région ? La relève ? Un coin de silence, perché à l’est de l’Hexagone ? Les Vosges inspireraient-elles les écrivains ?

Benjamin Cunin (17 ans), mention spéciale du jury 2010, semble avoir fait des émules dans le milieu naissant des teenagers : elles sont collégiennes.

Des raisons à la précocité ?

La ville de Saint-Dié, initiatrice du Prix Henri Thomas de la Nouvelle puis du Prix François Jodin (pour la Jeunesse en 2001), depuis son fameux « conseil déodatien de la Culture en 1994 », primait l’an dernier, des concurrents de 17 à 77 ans !

Cette année, des distinctions d’encouragement ont été attribuées à 2 très jeunes candidates : la blonde Filippine Dran, auteur de « Victor à la recherche du fantôme de sa mère » et âgée de 12 ans ; la brune Alice Durand, âgée de 11 ans et commettant elle aussi une autre histoire de fantômes, avec quelques expatriations du côté d’un titre anglicisant : « Alicia White Jones et le fantôme de …».

Et si le concours de nouvelles n’a pas de thème imposé, il semble que le domaine « fantasie » soit dans l’air du temps et ait inspiré les juniors.

Alice s’est sentie concernée cette année par l’annonce, à la médiathèque, du concours, dit-elle. Elle ne sait comment elle en est arrivée là, elle ignore pourquoi elle aime écrire. De ses frères et sœurs, elle seule est contaminée ; c’est un réflexe depuis qu’elle a appris à lire. Quelques petits jours, sans trop d’efforts, pour transcrire la relation à l’histoire d’un personnage miroir. Elle ne se souvient plus combien. Une vérification rapide, «superflue», dira sa mère.

Des raisons à l’écriture ?

Cette année, pas moins de 9 prix littéraires répertoriés dans les Vosges et 27 en Lorraine, c’est -à-dire pour les 4 départements de la région.

En 17 sessions, les pics de participation se situent en 1998, 2001 et 2007 (avec 20 de plus). L’année 2011, dans la moyenne générale avec 27 participants.

Le but de ce concours, primer l’action culturelle et la qualité. Les membres du jury déodatien touchent de plus ou moins près, aux métiers de l’écriture. Mais ils n’octroient pas forcément de prix, s’ils n’en sont pas persuadés. 2004 fut une année blanche.

Autour de l’adjointe à la Jeunesse et à la Culture, le rédacteur en chef du journal local (Vosges Matin), un représentant du Centre Départemental de Documentation Pédagogique (CDDP), un libraire, un représentant de la médiathèque, un enseignant, un poète et deux anciens lauréats. Pour eux, effectivement, il ne s’agit pas d’une opération commerciale.

Le prix, ce n’est souvent que la confirmation d’un talent qui se développe individuellement ou par le biais d’Ateliers d’Ecriture. Il peut aider dans certains cas à concrétiser une proposition d’édition. Les récipiendaires, pour la plupart poursuivent leur carrière dans l’écriture, évidemment en parallèle à un métier alimentaire.

Quel impact, alors, quand « Plus de 2000 prix littéraires sont décernés chaque année en France » ?

Chez Victor Hugo, le fictionnel à plein

Le cru 2011 semble osciller entre le fantastique, l’étrange et le dépaysement. Sans que chacun ne se soit donné le mot. Et les auteurs disséminés sur le territoire vosgien, voire jusqu’en terre d’Avignon, ont été puiser leur inspiration bien au-delà.

La médiathèque Victor Hugo, offrant vue sur terrasse, pour cadre de cérémonie. Une rapide présentation des 3 lauréats en guise d’éclaircie sur ce jour pluvieux.

La lecture des nouvelles primées animée par des conteurs poignants issus du jury. En bonus, à la demande d’un auditeur, celle d’une des 2 jeunes auteurs mentionnées.

Cette année, un espace ouvert et convivial, bien plus accueillant que la salle d’exposition. Un moment qui interpelle les visiteurs potentiels de ce rituel samedi après-midi de juin.

Certains sont venus d’Ateliers d’écriture de la région. L’occasion pour eux de s’entretenir avec les auteurs.

De la facture classique à son détournement, un palmarès

Les nouvelles naviguent dans des imaginaires très différents. Et le jury s’est vu remettre plusieurs fois sur le tapis l’élection du prix Henri Thomas. Un jury partagé.

Un relent de fantastique avec «L’œil du Lynx» de Jacques Nicolle qui décoche le Prix Henri Thomas :

Dans l’univers cynégétique annoncé d’emblée, c’est un labyrinthe de détours qui conduisent le lecteur vers le dévoilement final. Le portrait est taillé au couteau de chasse, la nouvelle est âpre, colle au cadre rustique.

Le retour à l’enfance et Marie Zimmer , pour le Prix Jodin, avec «Fidèle au poste» :

Il faut dire que c’est son public cible, le monde de l’enfance. Elle y glane d’autres prix. Mais ce qui nous fascine (nous scotche littéralement), dans cette nouvelle, c’est justement l’effet de surprise total qui arrive avec la chute. Elle a su ménager le suspens jusqu’à la fin. Et étonnamment, partir de ce monde virtuel qui fait notre quotidien en lui trouvant un point d’accroche original. Mais, je n’en dirais pas plus, pour vous inciter à vous y plonger ! La nouvelle est déjà sur le net.

Jovialité et bousculade des poncifs avec « Le canapé rouge » de Martine Rieffel pour la mention spéciale du jury :

On dirait que les écrivaines culbutent davantage la réalité, la forme, le rythme de l’écriture. C’est ce qui apparaît nettement dans ce palmarès. Du mouvement, de la répartie, des audaces. On croit saisir, on se laisse induire. Martine Rieffel fonctionne beaucoup à l’humour décapant. Caricature mêlée de poésie, un petit morceau de bravoure à dérider le sérieux ! Le Sud y serait-il pour quelque chose ?

Prix ou pas prix, la littérature circule sur les blogs. C’est peut-être par ce canal que passent l’engouement pour les nouveaux genres, l’envie d’écrire ? Pour dialoguer il faut bien se soumettre au clavier. La notoriété, une affaire de réseaux ?

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