Christophe-Philippe Oberkampf et la toile de Jouy

Christophe-Philippe Oberkampf est le créateur de la toile de Jouy. Une aventure qui a débuté en 1760 et s'est poursuivie jusqu'en 1843.

La toile de Jouy s'inspire des indiennes ou perses, des toiles de coton imprimées venues des Indes, très prisées parce qu'elles étaient moins coûteuses que la soie. Pour protéger les manufactures royales de cette concurrence, elles ont été interdites en France en 1686. Mais le manque à gagner était réel et l'interdiction a été levée en 1759. Christophe-Philippe Oberkampf a saisi cette occasion pour créer sa manufacture.

Un destin hors du commun

Christophe-Philippe Oberkampf est né le 11 juin 1738 à Wiesenbach, en Allemagne. Il est issu d'une lignée de teinturiers et travaille dans l'atelier de son père. Puis, il va parfaire ses connaissances chez d'autres artisans, notamment à Mulhouse où il entre comme graveur à la manufacture Samuel Koechlin et Dolfuss. La levée de l'interdiction des toiles imprimées le pousse à s'associer avec le financier Antoine Guernes. Il s'installe en 1760 à Jouy-en-Josas, dans les Yvelines, en raison de la réputation de la pureté des eaux de la Bièvre mais aussi de la proximité de Versailles. Il travaille avec son frère, Friedrich, un graveur, un teinturier et un dessinateur dans une petite maison qui leur sert aussi de lieu d'habitation. Les premières toiles sortent l'année suivante et le succès est immédiat.

Le succès

Oberkampf achète alors un terrain de 18 000m² sur lequel il construira les bâtiments dont il a besoin. Les impressions se font grâce à une planche de bois gravée qu'il faut appliquer sur toute l'étoffe, une différente par couleur. On ne peut que s'émerveiller de la minutie nécessaire pour poser les planches exactement au même endroit, un geste à reprendre à l'infini. On utilise aussi des planches de cuivre et, plus tard, des rouleaux de cuivre qui permettent d'aller plus vite. Quant aux finitions, elles se font au pinceau. Au total, il existait onze phases de manipulation.

La toile de Jouy sert aussi bien à l'ameublement que pour les vêtements, robes, jupes ou châles. Au départ, les dessins s'inspirent des motifs indiens, puis on s'en éloigne pour des fleurs ou des scènes champêtres. Oberkampf engage des artistes réputés comme Horace Vernet pour suivre les goûts de la clientèle. Des séries sont ainsi créées sur la chasse, les scènes antiques, les pièces de théâtre en vogue, les monuments de Paris ou les villes du sud de la France. Il est toujours à la pointe de l'actualité et son sens commercial fait merveille.

Il s'assure aussi le concours de chimistes: c'est à sa demande que Berthollet découvre l'eau de Javel pour blanchir les toiles.

La gloire et le déclin

C'est en 1806 que la manufacture est à son apogée. Elle emploie 1 500 ouvriers, des familles entières, hommes, femmes et enfants. Il reçoit la médaille d'or à l'exposition des produits de l'industrie au Louvre. Le 20 juin, Napoléon Ier visite son atelier. Il est tellement ébloui qu'il retire sa propre Légion d'honneur et la remet à Oberkampf.

Mais les premières failles commencent à apparaître. Le blocus avec l'Angleterre décidé par Napoléon l'empêche de recevoir les toiles d'excellent qualité qu'il a toujours exigées. Il tente de créer sa propre manufacture de tissage mais elle ne sera pas vraiment rentable. La concurrence et la perte d'une cargaison venant du Brésil précipiteront son déclin. Il meurt le 6 octobre 1815, à Jouy-en-Josas.

La manufacture est alors reprise par son fils, Emile, et ses cousins, avant d'être rachetée par Barbet de Jouy, en 1822. Elle fermera le 19 juin 1843.

Le pater familias

Christophe-Philippe Oberkampf s'est fait naturaliser français en 1970, en même temps que son frère. Il se marie une première fois, à 36 ans, avec Marie-Louise qui lui donne quatre enfants. Mais seule une fille survivra. Après le décès de Marie-Louise, il épouse en secondes noces, Anne-Marie, avec qui il aura un fils, Emile, et deux filles. Ces deux dernières épouseront des banquiers, les Mallet, et leurs descendants vivent encore dans la région.

Oberkampf se comporte en patriarche et prend soin de toute sa famille, son frère, ses épouses, ses enfants et ses neveux.

Il est élu maire de Jouy-en-Josas en 1790 et il siègera aux Etats Généraux.

Il est à signaler qu'Oberkampf n'a jamais pris de brevet. A l'heure actuelle, n'importe qui peut reprendre les motifs qu'il a créés. Il existe encore des artisans qui travaillent comme lui à l'ancienne. Si la plupart des bâtiments qu'il a construits ont été détruits en 1864, Jouy-en-Josas accueille le musée de la toile de Jouy au château de l'Eglantine.

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