Joseph Merklin, un grand facteur d'orgues

Joseph Merklin est un célèbre facteur d'orgues du XIXe siècle qui a consacré son existence à réaliser des instruments de toute beauté.
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Joseph Merklin est né le 17 février 1819 à Oberhausen, en Allemagne. Son père, Franz-Joseph, est facteur d'orgue et c'est tout naturellement qu'il suit la voie tracée et apprend le métier. A l'adolescence, comme il est de coutume à l'époque, il poursuit son apprentissage dans d'autres ateliers, en Allemagne, en Belgique et en Suisse. Il en revient avec des idées révolutionnaires qui ne plaisent guère à son père. Joseph tente de travailler avec lui mais, devant l'intransigeance du vieil homme, il décide de partir. Il s'associe avec son beau-frère, Friedrich Schütze et s'installe en Belgique, à Ixelles, en 1843. Il n'a que 24 ans.

Un parcours exemplaire

Il débute avec des orgues de petites dimensions et affermit son savoir-faire au cours des années. Le succès est au rendez-vous. Il construit notamment le grand orgue de la cathédrale de Murcie, en Espagne. En 1855, il saisit une opportunité, celle de reprendre la maison parisienne Daublaine et Callinet, alors en faillite. Dans les années qui suivront et malgré les moyens de locomotion qui n'ont rien de comparable avec ceux de nos jours, il partage son temps entre Ixelles et Paris.

La guerre de 1870 entre l'Allemagne et la France l'oblige à se réfugier en Suisse, à Zürich. Il y passe deux ans avant de revenir en France, à Lyon. C'est à cette période qu'il demande la nationalité française. Il reprend son travail et une période faste s'ouvre pour lui. Sa notoriété et son expérience font qu'il ne manque pas de commandes. En 1894, il revient à Paris et crée la manufacture des grandes orgues. Il prend sa retraite en 1898 et s'installe à Paris où il décède le 10 juin 1905.

On lui doit de nombreuses réalisations dont il reste encore une quinzaine en état de marche. Citons les orgues de la basilique Saint-Epvre à Nancy qui lui ont valu une médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris en 1867, des deux églises françaises de Rome, la Trinité des Monts (1864) et Saint Louis des Français (1881), de l'église Saint-Vincent de Paul du Havre (grand orgue en 1885 et orgue de chœur en 1875), de Bâle (1864), de Strasbourg (1878), d'Obernai (1882) ou de la collégiale de Mantes-la-Jolie (1897).

L'orgue, un instrument très complexe

Nombre de ces orgues ont dû être entretenues et réhabilitées. C'est notamment le cas pour celles du Havre et celui de Mantes-la-Jolie, actuellement en réfection. Il s'agit d'un énorme travail puisqu'il faut démonter l'orgue entièrement. A titre d'exemple, celui de Mantes-la-Jolie comprend 2 200 tuyaux, en métal ou en bois. Il possède une gamme étendue qui va de l'infrason à l'ultrason. Il comporte trois claviers: le grand orgue, le positif et le récit. Les trente pédales couvrent deux octaves et demis. Tous les éléments sont rénovés en atelier où ils sont remontés pour les tester. Puis, ils sont de nouveau démontés avant de retrouver leur emplacement d'origine. Un travail très long qui peut demander plusieurs mois, voire plusieurs années.

Ces orgues sont pneumatiques et utilisent des soufflets. Si aujourd'hui, le système est dans la plupart des cas électrifié, à l'époque, deux hommes étaient chargés d'actionner un immense pédalier pour remplir les soufflets d'air pendant toute la durée du concert et des répétitions. Des hommes, qui, en règle générale, étaient des clochards qui acceptaient cette tâche ingrate pour pouvoir s'offrir une bouteille de vin. Ce qui faisait dire aux organistes que leur instrument "fonctionnait à l'alcool".

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