Le SEL, un autre regard sur la consommation

Le SEL ou système d'échange local est une manière d'aborder la consommation sans avoir recours à l'argent.

Le principe du SEL est simple, il s'appuie sur celui du troc mais à une plus grande échelle : Jean donne des cours d'anglais au fils de Simon, lequel entretiendra le jardin de Marguerite qui tricotera un pull pour Kevin qui changera un joint au lavabo de Yasmina qui conduira les enfants de Jean à l'école. La boucle est bouclée avec cet échange de savoirs et de services.

En ville et à la campagne

Les premiers SEL sont apparus au Canada. Ils sont arrivés en France en 1994 dans l'Ardèche. On en compte aujourd'hui 400 "officiels" qui sont déclarés sous forme d'associations mais à peu près autant existent de façon informelle. Le nombre d'adhérents peut varier d'une quinzaine à plusieurs centaines, tout autant en ville qu'à la campagne.

"Si je veux percer quelques trous pour accrocher mes tableaux, explique ainsi une adhérente, il me faut trois quarts d'heure pour aller louer une perceuse en ville et autant pour la rapporter. C'est une perte de temps alors que mon voisin bricoleur vient effecteur le travail chez moi en un quart d'heure."

Une unité de compte fictive

Le travail ou le service est estimé en unités fictives. Chaque SEL a le sien, le paname ou le piaf à Paris, le bouchon à Bordeaux. Quand on a engrangé suffisamment de cette monnaie fictive, on peut à son tour réclamer un service. Il ne s'agit pas de prendre la place des professionnels. Pas question d'installer une cuisine ou de réparer un moteur de voiture, mais remplacer une lampe chez une personne âgée qui ne peut plus grimper sur son escabeau ou changer un pneu, si.

On part du principe que tout le monde a des compétences. Si l'on a une belle voix, on peut faire la lecture à un non-voyant. Cela permet aussi de remettre les gens dans le circuit et d'éviter la solitude. Ce n'est pourtant pas la panacée pour les exclus. Il ne s'agit pas d'assister les gens en difficulté mais bien d'échanger des services.

Bourse d'échange et route du SEL

Autour de ce principe, d'autres actions sont proposées. La bourse locale d'échange (BLE) qui se déroule en général une fois par mois sur le même principe qu'une foire à tout mais toujours en monnaie fictive. La route du SEL quant à elle, répertorie ceux qui acceptent de loger un adhérent pour une ou plusieurs nuits, soit pour des loisirs ou pour un déplacement professionnel. C'est bien plus chaleureux d'être accueilli par un hôte qui a la même vue des choses que soi et qui n'hésitera pas à faire visiter sa ville.

Une rencontre annuelle

Les SEL ne demandent pas de subventions aux municipalités dans la plupart des cas, sauf pour des actions ponctuelles. C'est ainsi que pendant plusieurs années, à Pessac, le SEL a organisé une semaine d'expositions, de films et de débats sur des thèmes comme la monnaie, le travail ou l'habitat.

Tous les ans, les associations se retrouvent pour une semaine de rencontres. Il y vient des adhérents de toute la France et même de l'étranger. On y propose des ateliers très variés allant du chant à la fabrication de chapeaux à partir d'éléments récupérés, en passant par la musique, le théâtre ou la construction de fours solaires. De nombreux débats et conférences ont lieu sur les thèmes de l'économie sociale et solidaire.

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