Tous au Larzac, un film de Christian Rouaud

Tous au Larzac, le film de Christian Rouaud, retrace un combat qui a duré plus de 10 ans entre une poignée de paysans et l'armée française.

Le Larzac, c'est un plateau des Cévennes, dans le Massif Central. En 1970, la vie y est dure et l'élevage des moutons est l'une des principales activités. Comme il est peu peuplé, ce causse est utilisé par l'armée française qui y a installé un camp d'entraînement pour les soldats. En octobre 1970, la nouvelle tombe : la camp militaire va être agrandi et une centaine de familles seront expropriées. Le film de Chrisitan Rouaud retrace la prise de conscience des habitants et leur lutte pendant plus de dix ans pour faire reculer l'État. Entre ceux qui ont été les plus combatifs et que l'on retrouve quarante ans plus tard, les films pris à l'époque et les commentaires des politiques, le metteur en scène raconte l'histoire d'un groupe de paysans qui a fini par intéresser toute la France.

Le pacte des 103

"Nous votions à droite, nous étions tous catholiques et nous n'avions rien compris au mouvement étudiant de mai 68. Pour nous, c'étaient des paresseux qui n'avaient qu'à se mettre au boulot," explique l'un des paysans, ajoutant qu'ils n'étaient même pas tous solidaires entre eux et qu'ils se méfiaient plus ou moins de l'un d'entre eux, Guy Tarlier, parce qu'il revenait d'Afrique.

L'agrandissement du camp qu'ils apprennent par la radio, fait l'effet d'une bombe. Peu à peu, ils vont se serrer les coudes et créer une véritable communauté. Sur les 107 familles concernées par l'expropriation, 103 vont signer un pacte, refusant de vendre leurs terres. Ils le tiendront contre vents et marées.

Leurs protestations attirent des gens venus de toute la France: des étudiants, des Maoïstes, des objecteurs de conscience (dont le statut n'était pas alors reconnu), Lanza del Vasto, le fondateur des communautés de l'Arche et José Bové. Les paysans sont à la fois ravis de ces soutiens inattendus et éberlués par ces discours et ces modes de vie dans lesquels ils ne se reconnaissent pas. Pourtant, au fil du temps, la sauce va prendre. Ils ne sont pas toujours d'accord, loin de là, mais leurs opinions vont changer et ils vont s'accepter les uns les autres.

Des brebis sous la tour Eiffel

Des temps forts vont les réunir comme la manifestation avec les employés de l'usine Lipp ou la construction d'une magnifique bergerie où tous ont mis la main à la pâte. On conduit les brebis, puis les tracteurs à la mairie de Rodez, puis à Paris. On campe sous la tour Eiffel en plein mois de décembre. On lance un journal, Garderem, qui existe toujours et dont le lectorat a augmenté depuis la sortie du film. Dans toute la France, des comités de soutien se créent.

Au quotidien, c'est souvent drôle, parfois tragique.Les brebis qui se dispersent quand les forces de l'ordre tentent de les attraper, les files de tracteurs saluées dans les villages traversés, la fête, l'été, sur le Causse où se réunissent jeunes et moins jeunes. Les soldats s'installent dans des fermes abandonnées: aussitôt, on loge des familles dans celles qui sont délaissées. Le drame, c'est le plasticage d'une ferme dont on ne retrouvera jamais les auteurs. Une dizaine de personnes y vivaient, parents enfants et un berge et c'est un miracle qu'ils l'aient échappé belle. Cet épisode laisse aux paysans un goût amer. Ils décident de pénétrer dans le camp militaire et de s'emparer des documents les concernant. Ils se retrouveront en prison, certains déchus de leurs droits civiques à vie.

Ils ont épuisé à peu près toutes leurs possibilités quand arrive mai 1981 et l'élection de François Mitterrand. Il avait affirmé ne pas agrandir le camp et, malgré quelques alertes, il tient sa promesse. Le Larzac est sauvé.

OGM et gaz de schiste

Trente ans plus tard, les "Larzac" n'ont pas baissé les bras. Ils s'engagent contre les OGM avec José Bové ou l'exploitation des gaz de schiste. Gilles Lemaire qui a coordonné les comités de soutien, est l'un des administrateurs de ATTAC France et Philippe Cacciabue est le gérant de Terre de liens, une association qui œuvre pour que les terres restent aux mains des agriculteurs.

A l'heure actuelle, le Larzac est plus peuplé qu'en 1970. Certains qui sont venus à cette époque ont fait souche. D'autres sont venus plus tard, comme des artisans. D'autant que le Larzac est devenu une région touristique.

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