Le chick flick

Le chick flick: caractéristiques et évolution d'un genre

Le chick flick est un genre cinématographique apparu dans les années 30. Il désigne ce type de films destiné aux filles. Crée et conçu pour elles, formaté pour cette fameuse sensibilité dite «féminine». Comme tout genre, il répond à des caractéristiques. Par conséquent, pour mériter l'appellation «chick flick» un film digne de ce genre se doit de présenter au menu: une héroïne sympathique, un héros imparfait, une rencontre romantique, le tout saupoudré d'obstacles qui empêchent (momentanément bien sur) cette union qui doit inévitablement se conclure par un sempiternel happy end....

Quand le chick flick avait une réelle profondeur...

Bien qu'il puisse être considéré comme un genre mineur, le chick flick avait un véritable fond jusque dans les années 60...Dans ces films, se trouvait une qualité scénaristique certaine (tel un «The women» de Georges Cukor ou un «The shop around the corner» d'Ernest Lubitch, pour ne citer qu'eux..), les personnages féminins étaient dotés d'une forte personnalité et une véritable intrigue existait empêchant les deux amoureux de pouvoir s'unir...A l'apparition de la libération des mœurs, du féminisme et de la contre culture, les conventions sociales ont éclaté, il n'y avait donc plus de carcans contre lesquels se battre. L'un des plus puissants de cette époque était la sexualité: bannie par le code de censure des studios Hollywoodiens, les films ne la montrait pas mais la suggérait par le verbe, dans les répliques. Aussi implicite que profonde, elle jouait ce rôle d'obstacle et permettait au film d'avoir plusieurs niveaux de lectures, plusieurs strates. L'érosion des convenances a éradiqué cette dimension, faisant de la sexualité un lieu commun: en effet, il n'est point un chick flick contemporain ou l'on ne parle ou montre la sexualité.

Autre type de contrainte que la modernité a aboli: celle de l'inaccessibilité. De fait, être éloigné de l'être aimé présentait un véritable obstacle pour les deux, le personnage féminin et le personnage masculin, mais à notre époque de l'omniprésence des moyens de communication et de transport, cet obstacle se révèle caduque. Quelques textos, un mail, deux vols et voici deux cœurs qui peuvent à nouveau battre à l'unisson.

L'exigence de la rentabilité au détriment de la qualité

La poursuite de l'amour est une thématique aussi universelle qu'intemporelle et contient de ce fait un potentiel commercial indéniable. Les producteurs le savent et aiment à exploiter ce filon.

Partant de ce postulat, la production de chick flick est une belle mise pour les producteurs, mais pour que cette dernière soit vraiment rentable, elle doit s'adresser à un public de plus en plus large. Ainsi, la volonté des financiers est d'attirer, en plus des femmes, les familles.

Cette donnée n'est pas sans conséquence sur la forme et le fond du film. Pour qu'il soit regardable par un public mineur, il se doit d'être consensuel, et prend ainsi des allures de conte de fées moderne, aussi lisse que manichéen, répondant ainsi au désir d'un cinéma de divertissement, un pur produit «d'entertainement» pour reprendre un anglicisme répandu.

Cette exigence de formatage explique qu'aujourd'hui, certaines séries, répertoriées séries pour filles sont plus audacieuses, plus pertinentes que des films du même genre, comme si la liberté d'expression était plus grande du côté du petit écran. Perspicacité, sagacité des situations, profondeur des personnages, bref présence d'une complexité savoureuse, comme l'étaient les chick flicks, à l'origine.

Le chick flick contemporain ou l'image paradoxale de l a condition féminine

Dans les années 30, lors de ses débuts, ce type de films permettait aux femmes de s'évader de leur quotidien mais aussi et surtout de leur condition. A une époque ou le fait d'être épouse était une fin en soi, aller au cinéma dépassait le simple stade du divertissement, les femmes cherchaient à échapper à un certain asservissement. Dans l'obscurité des salles, devant la toile, elles se rêvaient maîtresse de leur existence, autonomes. Les années 40/50 ont changé la donne: les hommes partis au front, les femmes les ont remplacés au travail et le cinéma porte cette émancipation à l'écran. Les repères changent, ce qui remet en cause la place de l'homme, dans la société. Cette réplique de l'époux dans Madame porte la culotte de Billy Wilder le montre très bien. Ce dernier s'adressant à sa femme qui travaille, lui dit: "ce n'est pas une concurrente que je cherche mais une épouse". Le propos est clair: l'homme ne tient pas à rivaliser sur un terrain qu'il considère comme le sien.

Mais que craint-il, au juste? Que sa femme lui échappe? D'être dépossédé de sa position dominante? L'inversion des rôles commençait déjà à questionner le rapport homme/femme, telle que l'histoire l'avait définie jusque là.

Dire que ce questionnement n'a cessé de croitre jusqu'à notre époque est une évidence, mais il est intéressant d'analyser de quelle manière cela a influencé l'image de la femme, dans le chik flick. De fait, aujourd'hui émancipée (du moins en Occident) du rôle d'épouse, il est intéressant de noter que l'on parle et voit peu, les femmes au travail, dans ce type de films.

Par ailleurs, il arrive même qu'elles quittent des postes à responsabilité lorsque ces derniers sont incompatibles (géographiquement, moralement) avec celui qu'elles aiment. Cette nouvelle donne que prend en compte les chick flicks met en avant le paradoxe de la femme d'auourd'hui: libérée du joug d'un rôle qui la scérosait, elle ne doit cesser pour autant de jouer celui de la femme dépendante, pour rester désirable et espérer les faveurs de celui qu'elle aime.

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