Ces médecins devenus écrivains

Depuis très longtemps, des médecins se sont lancés dans l'aventure de l'écriture.
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Dans un désir de témoignage, pour échapper à leur quotidien, pour s’évader dans des mondes inconnus, ces hommes ont laissé une trace indéniable dans le paysage littéraire de leur époque.

Des précurseurs aux écrivains du début du XXe siècle

François Rabelais (1483~1494/1553) : L’écrivain de la renaissance prend souvent le pas sur le médecin dans l’inconscience populaire. Mais François Rabelais est avant tout praticien. Ses études à Paris et Montpellier le mènent comme il se doit vers l’ordre des médecins, à Lyon en 1532. Il écrit peu après Pantagruel (1532) sous un pseudonyme, en réalité l’anagramme de son vrai patronyme : Alcofibras Nasier. Viennent en 1534 Gargantua, et des œuvres bien différentes comme « Traité du bon usage du vin » et des almanachs « Pantagrueline Prognostication », etc.

Théophraste Renaudot (1586/1653) : Tour à tour journaliste, médecin ordinaire du roi Louis XIII et philanthrope, il fonde avec le soutien du cardinal de Richelieu le journal « La Gazette » (1631/1915 - http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Gazette_(France) ). Au service des pauvres comme Michel de Nostradamus, il n’oublie jamais ses origines modestes. Il ouvre ainsi vers 1630 un « Bureau d’adresses », dont le but est de recueillir les propositions et demandes d’emploi. Le prix littéraire Renaudot (créé en 1926) lui rend hommage, et récompense chaque année un de ses pairs. On doit à cet auteur inspiré par sa vie de cour l’« Abrégé de la vie et de la mort du prince de Condé » (1647), « La vie et la mort du maréchal de Gassion » (1647) et « La Vie de Michel Mazarin » (1648).

Oliver Wendell Holmes, Sr (1809/1894) : Natif de l’état du Massachusetts, il étudie à l’école de médecine de Paris, et poursuit sa formation dans les hôpitaux de la capitale française, notamment à la Pitié Salpêtrière, avant de retourner aux Etats-Unis et de recevoir son diplôme à Harvard. Sa sélection de poèmes en 1836 est un de ses premiers ouvrages, suivi par de nombreux autres, notamment les recueils d’essais « The professor at the breakfast table » et « The poet at the breakfast table ».

Henrik Ibsen (1828/1906) : Apothicaire de formation, il se consacre cependant bien rapidement à l’écriture. Ce dramaturge norvégien est considéré comme un des rénovateurs du théâtre universel. Trois périodes d’écriture rythment son évolution artistique : son début en Norvège en tant qu’écrivain de pièces traditionnelles et directeur de théâtre, son exil de 27 ans entre l’Allemagne et l’Italie, puis son retour au pays, auréolé de la gloire de ses écrits plus contemporains. Parmi ses nombreuses pièces, on note, notamment, « Le canard sauvage », « Les revenants » ou bien « La maison de poupée » et « Peer Gynt » ( http://www.evene.fr/celebre/biographie/henrik-ibsen-406.php?livres ).

Arthur Conan Doyle (1850/1930) : Patriot, physician and homme de lettres…(extrait de l’épitaphe qui orne la tombe de l’écrivain à Minstead) Le père du héros à contre courant Sherlock Holmes est un homme des plus prolifiques. Sa vie est une source infinie d’inspiration (tour à tour médecin de bord en Afrique de l’Ouest, grand voyageur – Arctique, et correspondant de guerre pendant la guerre des Boers…). Son talent est mis à contribution pour composer des livres allant du roman policier d’un nouveau genre aux œuvres de science-fiction. Il commence à écrire alors qu’il est encore étudiant en médecine à Edimbourg. On lui doit à cette époque « Une étude en rouge » (1887) où apparaît pour la première fois le personnage du célèbre détective. Viennent ensuite, parmi tant d’autres, « Le chien des Baskerville » (1902), « Les aventures de Sherlock Holmes », et les livres d’aventures menés par le professeur Challenger, que sont « Le monde perdu » (1912), La machine à désintégrer (1927), et des romans « Le crime du Congo » (1909) et « Le gouffre Maracot » (1929), etc. Sa carrière médicale lui inspire un recueil de 15 nouvelles « Sous la lampe rouge », d’après l’enseigne des généralistes en Angleterre ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Sous_la_lampe_rouge ).

Axel Munthe (1857-1949) : Médecin et psychiatre, il devient le médecin particulier de la famille royale suédoise dès 1903, et tout particulièrement de la reine Victoria de Suède en 1908, lors de son séjour à Capri. Après ses débuts dans l’écriture en 1897 avec « Memories and Vagaries » (Mémoires et errances), il compose ce qui est sans doute son œuvre la plus connue, « L’histoire de San Michele», écrit en 1929, d’après son expérience médicale à Paris et à Rome. Sa maison de Capri, cédée à sa mort à la Suède, est consacrée aujourd’hui entièrement à l’art ( http://www.kirjasto.sci.fi/munthe.htm ).

Anton Tchekhov (1860/1904) : Ce Russe, médecin de profession, se tourne rapidement vers la littérature. Peut-être que son intérêt pour Tolstoï n’y est d’ailleurs pas étrangère. Ses nouvelles, écrites en parallèle de sa carrière médicale, et surtout ses pièces de théâtre ont encore un succès retentissant dans le monde. De « La Mouette » (1896) à « L’oncle Vania » (1899), ses œuvres théâtrales n’ont pourtant pas ou peu de succès à leurs sorties, au contraire de ses très nombreuses nouvelles – « Le trousseau » (1883), « Le numéro gagnant » (1887), « Vladimir le grand Vladimir le petit » (1893) ou « La dame au petit chien » (1899), etc (pour écouter quelques œuvres : http://www.bibliboom.com/rubrique,tchekhov-anton,654245.html ).

Zane Grey (1872/1939) : Dentiste exerçant à New York entre 1892 et 1904, c’est un des grands spécialistes de l’ouest américain. Ce « father of the American West » écrit plus de 70 livres mettant à l’honneur ce thème si cher aux Américains. De son « Betty Zane » en 1903, il écrit presque un titre par an. Notons sa toute première nouvelle sur le far west « The heritage of the desert », en 1910. Viennent ensuite une multitude de titres dans la même veine, de « The mysterious rider » en 1921, « The thundering herd » en 1925 (peut-être ce qui donna l’idée à Sergio Leone pour la horde sauvage du film « Mon nom est personne »), aux « Trail driver » et « The lost wagon train ». Son recueil « Zane Grey's Book of Camps and Trails », paru en 1931 ou encore « Zane Grey's Adventures in Fishing », paru après sa mort en 1952, témoigne de la prédilection de Grey pour le grand air. Passionné de nature, c’est un aventurier, qui aime par-dessus tout la pêche ( http://www.zanegreyinc.com/ ) . Son succès en fait l’auteur le plus vendu de l’après-guerre ( http://www.librosparadescargar.com/autor_clasico-1-273.html ) aux Etats-Unis.

William Somerset Maugham (1874/1965) : Médecin anglais, élevé dans sa jeunesse en France, il rejoint l’Angleterre à la mort de ses parents. Bien que diplômé en 1897, c’est surtout l’écriture qui l’attire. Romans, pièces de théâtre, nouvelles perlent son parcours littéraire. Celui qui a dit « Le génie est le talent doté d’idéaux », est un auteur à succès dans les années 30. Ses romans « Of human bondage » (Servitude humaine) de 1915, « The painted veil » (Le voile des illusions), plusieurs fois adapté au cinéma, « Ten novels and their authors » (10 nouvelles et leurs auteurs), et une critique littéraire des auteurs qu’il considérait comme les plus grands, publiée en 1954, sont une sélction de ses livres.

William Carlos Williams (1883/1963) : Ce poète américain, ami du poète Ezra Pound (1885/1972), est avant tout un médecin spécialisé en pédiatrie. Nouvelles, pièces de théâtre, essais, traductions, poèmes, etc, jalonnent cependant son impressionnant parcours d’écrivain, un travail qui a grandement influencé le monde de la poésie internationale. Retiré du monde médical en 1948 à la suite de graves problèmes de santé, il se consacre alors totalement à l’écriture. Il reçoit en 1950 le National Book Award et, l’année de sa mort, en 1963, le prix Pulitzer.

Marcel Hamon (1884/1979) : Très certainement influencé par sa relation, en tant que médecin personnel, avec le journaliste et écrivain Gustave Le Rouge (1867/1938), l’auteur entre autres du Mystérieux docteur Cornélius (1911/1912), Marcel Hamon écrit notamment « Chronique du temps présent (1925), « Les fantômes » (1931), « La nuit de midi » (1934) ou encore « les prophéties de la fin des temps » (1945).

Mikhaïl Boulgakov (1891/1940) : Médecin russe engagé dans la croix rouge pendant le premier conflit mondial, puis pendant la guerre civile russe (1918/1921), il se consacre dès 1920 à l’écriture (livres et articles), sans pour autant en vivre, ses œuvres étant sans cesse censurées par les autorités. « Les récits du jeune médecin », « La garde blanche » et « Cœur de chien « (1925), « Le Roman de Monsieur Molière (1933), ou le plus célèbre de tous, « Le maître et la Marguerite », écrit entre 1928 et 1940 ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Ma%C3%AEtre_et_Marguerite ) sont quelques uns de ses livres les plus connus.

Louis-Ferdinand Destouches (1894/1961) : Connu sous le nom de plume de Céline, cet auteur manque de peu le prix Goncourt. S’engageant dans le conflit de la première guerre mondiale, il en reste à tout jamais blessé. Dans sa chair, suite à une blessure par balle, et dans son âme. Il devient médecin après la guerre, profitant en cela des programmes allégés réservés aux anciens combattants. De son errance en temps de guerre on lui doit « Voyage au bout de la nuit » (1932), ou les pamphlets « Bagatelles pour un massacre » en 1937 et « L’école des cadavres en 1938, qui doivent être retirés de la vente par leur éditeur. Il est « condamné en 1950 à l'indignité nationale avant d'être finalement amnistié. La controverse sur la place accordée à son oeuvre se poursuit toujours » ( http://www.evene.fr/celebre/biographie/louis-ferdinand-celine-333.php ). La preuve en est sa mise à l’écart des célébrations 2011 du Recueil des célébrations nationales. Pour cause d’ « antisémitisme virulent », l’écrivain passe à côté de sa cérémonie… Cependant, plusieurs voix s’élèvent pour rendre l’hommage qu’il se doit à l’écrivain, comme Philippe Sollers ou les philosophes Bernard-Henri Levy et Alain Kinkielkraut. C’est à ce dernier que l’on doit cette remarque, citée dans l’article d’Alain Beuve-Méry et Thomas Wieder (Le Monde, du 23 et 24/01/11, page 21) : « Il nous faut assumer l’héritage contradictoire de Céline ». Céline n’a pas toujours eu le succès escompté par ses maisons de publication, mais il a toujours écrit. On lui doit de nombreux ouvrages, tels « Scandales aux abysses », en 1950, « Féérie pour une autre fois », en 1952 ou encore « Entretien avec le professeur Y », D'un château à l'autre en 1957, et Nord en 1960.

Archibald Joseph Cronin (1896/1981) : A cheval entre les écrivains du début du siècle et leurs dignes successeurs, se dresse l’imposante stature de ce médecin écossais mort dans les années 80. Servant comme médecin de marine pendant la première guerre mondiale, il devient médecin inspecteur des mines, en charge de l’étude de l’importance des maladies pulmonaires dans les régions minières de Grande-Bretagne, en 1924. Praticien de la classe bourgeoise à Londres, il s’inspire autant de ses expériences dans la marine que de celles acquises auprès des mineurs pour peindre des portraits fidèles de son temps ( http://www.elpais.com/articulo/cultura/REINO_UNIDO/Ha/muerto/escritor/britanico/J/Cronin/elpepicul/19810110elpepicul_7/Tes ). Il signe son premier roman, « Le chapelier et le château », en 1931. Mais c’est avec « La Citadelle » (1937) et « Les clés du royaume » (1941), adapté au cinéma en 1944, qu’il atteint le succès. « Les vertes années » en 1944, « La lumière du nord » en 1958 ou encore « Le chant du paradis » en 1975 témoignent de l’impressionnante inspiration qui caractérise l’écrivain.

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