Les Catalans et la Catalogne

Aujourd'hui peuplée par plus de 7 millions d'habitants, la Catalogne est, depuis le XVIIIe siècle, un moteur économique pour l'Espagne...

Avant de rentrer dans le vif du sujet, quelques lignes d'introduction tirées du livre de Jaime Sobrequès i Callicò, historien et homme politique catalan, sur l'histoire de la Catalogne*: "Une nation dotée d'un Etat propre et qui tiendra un rôle important en Europe pendant des siècles. Le livre a également pour but d'expliquer comment la Catalogne sera acceptée avant d'être réduite au silence le 11 septembre 1714, suite à une guerre sanglante avec les Bourbons. Depuis lors, les Catalans n'ont de cesse de faire renaître de ses cendres leur région et de récupérer leur place dans l'histoire".

Moteur économique de l'Espagne dès le XVIIIe siècle, et une des principales portes d'entrée de la modernité et du progrès, la Catalogne du XXe siècle accueille des milliers d'Espagnols qui y trouvent un nouveau départ. Les Catalans considèrent que ces nouveaux arrivants sont très utiles pour le développement économique de la région.

Les grandes lignes de son passé

Au paléolithique inférieur, soit entre 1 000 000 et 100 000 avant J.-C., la Catalogne est déjà peuplée, cmme le prouvent les restes archéologiques trouvés à Girona (700 000 avant J.-C.), à Vilajuiga i Pau (500 000 avant J.-C.), à Torroella de Montgri i Uleà (250 000 avant J.-C.).

Les pré-Catalans du paléolithique moyen et supérieur (de 30 à 8 000 avant J.-C.) se mélangent aux nouveaux venus d'Asie. A partir du néolithique (5 000 avant J.-C.), les nomades sédentarisés forment la base ethnique du peuple catalan (agriculture, commerce, etc). Vient ensuite la culture mégalithique (construction de tombes, dolmens, menhirs) avec les communautés de Alt Empordà, el Maresme, el Vallès, Osona et el Solsonès.

Entre 1800 et 650 avant J.-C., arrive la métallurgie d'Orient. Les peuples indo-européens se joignent aux peuplades locales et influencent de manière radicale la vie dans le territoire catalan.

Vers 600 avant J.-C., les Grecs de Phocéa (Asie Mineure) arrivent. Ils fondent Marseille et Agde, Empùries (Emporion). Dès la fin du VIIe siècle, les peuples ibères établissent des relations commerciales avec les colonies d'Emporion, de Rhodes et de Marseille. Ils construisent des villes telles que Tarragona, el poblat ibèric de Montjuïc à Barcelona, mais aussi Ullastret, au VIe siècle.

Puis vient l'hégémonie politique de Rome sur la péninsule ibérique, suite à l'arrivée des troupes à Emporion, en 218 J.-C. Au début du IIIe siècle, l'Empire romain est en crise, tant politique qu'économique. Les frontières sont régulièrement l'objet d'attaques des peuples barbares. Plusieurs communautés chrétiennens arrivent dans la région; elles sont persécutées jusqu'au IVe siècle (Sant Fruitòs, Tarragona en 259, Sant Cugat, Barcelona).

En 415, le roi wisigoth Altaülf s'installe pour quelques mois à Barcelone, qui devient alors la capitale du peuple wisigoth. Elle le demeure jusqu'à sa substitution en 418 par Toulouse. En 476, c'est la chute de l'Empire romain. La distance qui sépare peu à peu le latin classique du latin vulgaire mène à la fragmentation de la langue. Chaque région développe sa propre variante. Le catalan est le résultat de cette évolution du latin parlé dans la moitié nord de la Catalogne, entre le VIe et le VIIe siècles.

En 711, les Wisigoths quittent l'Espagne, suite à l'invasion musulmane. L'installation de l'organisation ecclésiastique amène la consolidation des diocèses de Lleida, Barcelona, Girona,Terrassa, etc.

Un pas vers l'indépendance

Entre 785 et 789, les rois francs libèrent la ville de Girona de l'empire islamique. En 801, Lluis el Piadòs (Louis le Pieux) concquiert Barcelone. La reconquête de la principauté de Catalogne ne s'achève qu'en 1148-1149. Et, au fur et à mesure du recul des arabes, le catalan s'étend sur toute la Catalogne.

Cette reconquête des territoires catalans et l'organisation du pays sont l'œuvre de la monarchie carolingienne, gouvernant l'autre côté des Pyrénées. Elle divise le territoire en comtés indépendants les uns des autres, bien qu'assujettis à la monarchie. En ces premiers temps de renouveau, la Catalogne est divisée entre les comtés de Pallars, Ribargorça, Urgell, Cerdanya, Girona, Barcelona, Osona, Besalú, Empúries, Rosseló.

En 988, le comte de Barcelone, Borrell II se refuse à la vassalité. C’est le début de l’indépendance de la Catalogne.

Quels sont les facteurs qui favorisent l’unification des différents comtés et l’apparition d’une conscience nationale?

  • Les relations de plus en plus étroites entre les comtés situés au nord et à l’est de la conca du fleuve Llobregat.
  • La formation d’une langue catalane liant latin, espagnol, français et italien, et les liens de parenté entre les différentes familles des comtés.
  • L’unification sous le comte de Barcelone Ramon Berenguer (1035/1076) se consolide quand ceux d’Urgell, Empúries, Besalú et Cerdanya reconnaissent sa suprématie.
  • Les termes de catalans (català) et Catalogne (Catalunya) désignent dès lors les hommes et les terres gouvernés par le compte Ramon Berenguer III.
  • En 1137, le comte Ramon Berenguer IV se marie avec Péronelle, héritière du royaume d’Aragon, se liant ainsi à la couronne.

A partir du XIe et du XIIe siècles

Naît alors une ambitieuse politique de domination féodale (Narbonne, Toulouse, Béziers, la Provence et Millau…). En 1196, les domaines catalans se séparent des provençaux. Au XIIIe siècle, Jaume Ier reprend des mains arabes les îles Baléares et la région de Valence.

Ces territoires seront repeuplés par des Catalans, qui y parleront leur langue.

En 1213, suite à la défaite face au roi de la couronne d’Aragon, c’est la fin de la présence politique catalane en Occitanie. Durant le XIIIe siècle et le XIVe siècle, les institutions prennent leurs formes définitives, et gouvernent le pays jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Suivent les Corts, créées au XIIIe siècle sous Jaume 1er, organisme législatif de la Catalogne, et contrôle du pouvoir royal et de ses officiers. Au sein des Corts, une division tripartite des classes privilégiées catalanes: la haute hiérarchie ecclesiastique, la noblesse féodale et militaire, la bourgeoisie.

Y sont écrites les constitutions et autres droits de Catalogne, fondement du droit juridique et politique du pays. Puis vient la Diputació del General en 1359, un organisme permanent à Barcelone.

Tout au long du Moyen Age, le catalan est la langue parlée à la cour mais aussi celle de l’expression littéraire. A la fin de cette époque, entre guerres et pénuries, sévit la peste noire (1348). En 1410, le roi Martí l’Huma meurt, sans descendance. Un roi castillan Ferran d’Antequera donne naissance à la dynastie trastàmara.

La guerre civile de 1462-1472 s’achève avec la paix de Pedralbes. Le pays est en ruine. Mais la politique drastique de Ferran II destinée à redresser le pays apporte ses fruits au début du XVIe siècle.

L’unité politique est atteinte avec le mariage d’Isabelle de Castille et de Ferran de Catalunya-Aragó en 1469 (Montan tanto, tanto montan, Isabel como Fernando). Carles 1er est le premier monarque au double héritage: Castille + couronne d’Aragon. Cette union mais aussi la brillante période littéraire dite du siècle d’or contribue à la castellanisation du monde culturel. Les administrations, la justice, l’église et les écoles, continuent cependant à utiliser le catalan.

1659, signature du traité des Pyrénées .

Passé sous la souveraineté française, la Catalogne subit une francisation. Suite à la guerre de succession et aux décrets de Nova Planta (1707-1716), la monarchie espagnole abolit les institutions de la couronne d’Aragon et instaure la politique de Castille. Implantation du castillan et interdiction de l’usage du catalan.

A partir du XIXe siècle

Le catalan reprend peu à peu ses droits. Les artistes utilisent de nouveau le catalan dans leurs œuvres (modernisme, noucentisme). Au début du XXe siècle, la politique est dans tous ses états: c’est l’arrivée de la Generalitat. L’Institut d’Estudis Catalans, créé en 1911, lance la normativització avec le linguiste Pompeu Fabra (Normes ortogràfiques (1913) Gramàtica catalana (1918) et le Diccionar general de la llengua catalana (1932), à l’initiative du journal L’Avenç (1890).

En 1931, la Segona República Espanyola approuve l’autonomie de la Catalogne. Le catalan est reconnu langue officielle. Sous la dictature du général Franco (1939-1975), le catalan est de nouveau interdit. Son usage est autorisé seulement au sein de la famille.

Une forte migration du sud de la péninsule modifie la composition de la population de Catalogne.

A partir des années 1960, le strict contrôle de la langue se fait plus souple, et des publications en catalan sont autorisées, de même que la création d’écoles.

Fin de la dictature

La démocratie permet le retour au catalan. Suite à la constitution de 1978 et à la définition des statuts de l’autonomie de la Catalogne en 1979, de la Communauté Valenciana en 1982 et des îles Baléares en 1983, le catalan et le castillan sont à égalité.

L’avènement du XXIe siècle offre au catalan de nouveaux moyens d’expression via des technologies tel Internet.

Les dialectes catalans

Ces dialectes sont constitués du catalan standard, du rossellonès, du mallorquí, de l’alguerès, du ribagorçà, et du valencià aptixat

Sources

La multienciclopèdia temàtica, lletres, 2006 (www.3-e.cat), Història de Catalunya*, Jaime Sobrequés i Callicó, 2007

Lectures : en plus de l'Història de Catalunya (2007) de Jaume Sobrequés i Callicó, du même auteur, Catalunya i l’Estatut d’Autonomia (1976) et Autonomia i democràcia a Catalunya (1986)

Le 11 septembre, jour de la capitulation des Catalans face aux Bourbons, est fête nationale en Catalogne

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