La pensée politique à l'époque moderne

Au XVIe et XVIIe siècles, la réflexion des penseurs politiques est centrée la monarchie absolue de droit divin qu'ils la défendent ou s'y opposent.
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La pensée politique à l'époque moderne s'exprime exclusivement dans un contexte de crise. Deux monarchies absolues émergentes focalisent l'attention: la France et l'Espagne. Il s'agit ici de synthétiser les théories des opposants à ce régime, les théories de ses défenseurs et de reprendre la réflexion de Rousseau.

Les théories des opposants à l'absolutisme

  • Le travail des jésuites en Espagne

Le jésuite Ribadeneyra, dans son Traité du prince chrétien , datant de la fin du XVIe siècle, démontre que le roi ne peut détenir un pourvoir absolu, car son pouvoir lui vient de Dieu et il est donc subordonné à la loi divine.

Le jésuite Mariana souligne que le roi est subordonné à son peuple car ce dernier lui est antérieur. Par conséquent, le peuple est le véritable détenteur du pouvoir. Un roi, qui ne respecte pas ses engagements face aux lois divines, civiles et fondamentales, encoure un régicide légitime.

  • Les monarchomaques en France

Le groupe se divise entre protestants et catholiques. Suite à la Saint Barthélemy, les monarchomaques protestants produisent des libelles injurieux sur la monarchie absolue et catholique. Les monarchomaques catholiques sont eux apparentés à la Ligue et appartiennent à la Contre-Réforme, ils sont alors centré sur l'opposition à l'hérédité du trône puisque le roi est alors le protestant Henri de Navarre.

Trois concepts clés réunissent ce groupe:

- Le pouvoir royal est le centre d'un contrat entre le peuple et le souverain qui a des obligations envers le peuple.

- Le peuple est le réel détenteur de la souveraineté qu'il délègue au roi.

- Le peuple dispose d'un droit de résistance

Les théories des partisans de la monarchies

  • Jean BODIN Les Six livres de la République

  • MONTESQUIEU De l'Esprit des lois en 1748

Il montre que deux types de lois coexistent:

- les lois-commandements promulguées par des autorités compétentes,

- les lois causales dues à un déterminant naturel ayant un effet sur l'environnement.

Il étudie le rapport entre ces deux types de lois, soit la loi des lois vue par lui comme le fonctionnement des institutions. Le meilleur fonctionnement est alors garanti par un système représentatif où roi et noblesse se partagent les trois pouvoirs, l'exécutif revenant au roi par soucis de simplicité. Il est partisan du bicamérisme, d'un suffrage limité, de la séparation des pouvoirs, d'une noblesse héréditaire considérée comme nécessaire. C'est un libéral défenseur de la monarchie modérée.

La pensée de Rousseau

Rousseau fait partie d'une minorité de philosophes qui s'opposent à la monarchie. Dans Le Contrat social en 1762 et dans Emile , il montre que l'homme naît libre, innocent, sans morale et préjugés. Puis, de par son évolution, il se dénature en faisant un mauvais usage de sa perfectibilité, vue comme une déchéance et non un progrès. Cet homme perverti et rongé par l'amour propre est celui qui vit en société. La théorie de l'état de nature et de l'état civilisé montre que l'homme n'est pas mauvais par nature, il le devient par sa faute. Rousseau dénonce donc l'évolution de la société. Il propose une vision idéale où les hommes, par une convention, établissent une communauté à laquelle ils abandonnent leurs droit, à laquelle ils participent tous comme citoyens. Les hommes se soumettent à la volonté générale, incarnée par la loi qu'ils ont choisi. Ils sont libres et égaux.

L'impact de ces penseurs

Il y a une effervescence de la pensée politique à l'époque moderne. Ces grands penseurs, notamment Montesquieu et Rousseau ont été étudiés et repris par leurs successeurs. Montesquieu inspira les révoltes de la seconde moitié du XVIIIe siècle et les constitutions américaine (1787) et française (1789). Rousseau préfigure sans doute la démocratie contemporaine, mais il est repris par les révolutionnaires français de 1789 qui introduisent la représentation de la souveraineté du peuple.

Pour interpréter ces théories de façon juste, il faut les replacer dans leur contexte. En effet, chacun peut y voir des préfigurations, qui ne sont pas toujours dans la pensée de leurs auteurs. Par exemple, Rousseau a inspiré les révolutionnaires mais aussi les contre-révolutionnaires.

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