Les conséquences du harcèlement moral au travail

Quel est l'impact du harcèlement dans le cadre de la vie professionnelle?
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Marie-France HIRIGOYEN, dans Le harcèlement moral dans la vie professionnelle , montre que le harcèlement a des conséquences desastreuses et durables sur le psychisme, l'identité et le moral des personnes victimes.

La honte et l'humiliation

Les victimes, incapables de se retourner contre leurs agresseurs, s'en veulent à elles-mêmes, elles souhaitent retrouver leur dignité. Le fait de ne pas être opposé à ces agressions, de ne pas avoir parlé est générateur de honte. Les personnes harcelées sont humiliées par leur inaction, exacerbée par le contexte professionnel qui pousse à faire bonne figure, par crainte de perdre son emploi.

La perturbation due à une communication viciée

Les harceleurs utilisent le langage paradoxal qui est une manière de ne pas communiquer, de transmettre des injonctions incompatibles à son interlocuteur. Ce dernier ne peut alors ni comprendre ni interpréter les informations creuses qu'on semble lui donner. Cette forme de communication vicié est étudiée par l'école de Palo Alto qui montre que le but est de déstabiliser le destinataire du message qui ne peut pas répondre correctement à la demande formulée. Cela amène les victimes à un sentiment d'échec, d'incapacité à remplir ses missions. A terme, les personnes ont l'impression d'être "nulles" comme l'induisent leurs agresseurs.

L'impact psychique

Le but du harceleur est de détruire sa victime, plus ou moins consciemment, en atteignant son identité. Ce processus peut conduire à une modification durable de l'identité de la personne harcelée qui met en place des mécanismes de défense:

  • la dissociation: la victime devient spectateur de la situation, comme si elle quittait son corps. Cette distance avec la réalité permet de supporter une situation invivable, de refouler des blessures quotidiennes. C'est un moyen de repousser ses limites qui témoigne d'une grande souffrance.
  • le renoncement à son identité: la victime se conforme à ce qu'elle pense qu'on attend d'elle au dépend de son identité, de ses croyances, de son système de pensée. Elle se perd dans l'induction de son agresseur.

La dépression chronique

Incapables de se relever des agressions subies, les victimes ressassent de façon obsessionnelle les événements traumatiques. Privées de vitalité, les victimes restent sous l'emprise négative de leurs harceleurs.

La dérive vers la paranoïa

Les personnes harcelées peuvent tomber dans une méfiance pathologique, surtout si elles ne trouvent pas de reconnaissance de leur souffrance et de leur position de victimes de la part de la justice, de leur thérapeute ou de leur entourage. Un délire de persécution peut se développer: tout le monde est hostile. Au contraire, la reconnaissance du préjudice subi amène la victime à retrouver confiance en elle et en ses capacités de jugement. Le processus de reconstruction peut commencer.

Le passage à la psychose

Dans des cas extrêmes, la déstabilisation du contexte professionnel peut amener certaines victimes à entrer dans une phase psychotique allant jusqu'à des hallucinations et à devoir suivre un traitement médicamenteux. On peut objecter que le travail n'est pas le générateur mais le révélateur d'une psychose latente. Néanmoins, dans les cas étudiés, le lien entre travail et délire est perceptible, puisque l'état des victimes s'améliore voire se rétablit lorsque le contact avec le lieu de travail est rompu.

Lorsqu'on est la victime de harcèlement moral au travail, seul une coupure avec l'agresseur et le milieu professionnel et la reconnaissance du préjudice subi permettent de se reconstruire. Le travail constitue un élément structurant de l'identité et il peut contribuer à son annihilation dans un contexte hostile et destructeur mis en place par le harceleur.

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