Les modèles professionnels en sociologie des professions

C. Dubar montre l'importance des modèles professionnels pour expliquer le fonctionnement des groupes professionnels.
6

La modélisation en sociologie traduit la logique systémique de la discipline. En effet, chaque entité appartient à un système dont les éléments sont en interaction. Chaque modification d'un élément vient influer sur les autres (P. Bernoux., 1995. La Sociologie des organisations , éditions du Seuil).

La définition des modèles professionnels

Les modèles proposés par C. DUBAR dans La socialisation chez Armand Colin sont définis comme des conceptions du monde qui se situent à l'articulation de l'Histoire des religions et des activités de travail en Occident. Ils impliquent des croyances, des institutions, des formes sociales, des valeurs. Ces modèles montrent que les groupes professionnelles et leur fonctionnement s'insèrent dans une société et qu'ils sont adaptés aux spécificités de cette dernière. Ces modèles contribuent à expliquer l'existence de différentes théories en sociologie des professions: selon les modèles historiques des sociétés, les groupes professionnels se structurent différemment. Par définition, les groupes professionnels sont des construits socio-historiques (BERGER P. & LUCKMANN T., 1996. La construction sociale de la réalité , Paris: Masson/Armand Colin). Différentes conceptions du monde entraînent des interprétations différentes du fonctionnement de la société dans tous ses aspects.

Il faut souligner que ces modèles restent des visions idéales et théoriques.

Le modèle corporatiste à la française

Il est dit «catholique» parce qu'il renvoie à l'Eglise comme corps mystique et à l'Etat de droit comme corps naturel qui sont établis dès le Moyen Age (THOMAS D'AQUIN, XIIe. La somme théologique ). Ce sont des institutions organicistes et hiérarchisées, tout comme la société française avec la tripartition de l'ordre social. On trouve une logique corporative et étatique en France. Dans un contexte de développement économique, entre le XIe et le XIIe siècle, des corporations de métiers apparaissent et sont régulées par des statuts reconnus par le roi. Cette reconnaissance royale témoigne de l'interventionnisme de l'Etat en France. Pour intégrer une corporation, on prête serment comme on fait sa profession de foi pour intégrer la communauté des fidèles. Cette nouvelle organisation, portée par la fondation des Universités au XIIIe siècle, se structure selon une hiérarchie entre les différents corps de métier, les arts libéraux étant mieux considérés que les arts mécaniques. A l'intérieur de ces corporations, une hiérarchie existe et est matérialisée par l'existence de différentes grades. On peut progresser à travers son appartenance à un corps.

Le trois principaux types de corps sont les corps de métier, les professions libérales et les officiers des Grands Corps d'Etat. Ce modèle entre en crise lorsque les possibilités d'ascension sociale se raréfient. C'est alors, au XVIIe siècle, l'avènement des corps d'Etat impulsé par l'Etat. A l'heure de la Révolution, ce sont les sociétés secrètes qui se développent. On constate l'existence d'une permanence du corporatisme en France (Dubar, 2003).

Les traits principaux de ce modèle sont une identité professionnelle marquée des membres des corps, l'importance du rôle de l'Etat dans la légitimité et la hiérarchie des corps ainsi que la distinction entre les corps des arts libéraux et ceux des art mécaniques. Aujourd'hui en France, il reste des traces de ce modèle: l'Etat joue toujours un rôle important dans la légitimité des professions puisque c'est lui qui délivre les diplômes attestant des compétences de leurs possesseurs. Dans la structure des métiers, on distingue la fonction publique des fonctions libérales et des autres groupes professionnels. Chaque groupe professionnel est hiérarchisé en fonction du rôle de ses membres et on peut faire carrière, progresser au sein d'un groupe professionnel.

Le modèle collégial

Opposé au modèle corporatiste, il désigne une communauté volontaire de pairs qui se régulent eux-mêmes sans intervention étatique. Cette communauté se caractérise par l'égalité et la fraternité entre ses membres. La profession est assimilée à une vocation. Ce modèle est d'origine anglo-saxonne. On retrouve une origine religieuse notamment avec les confréries religieuses tournées vers la recherche du Salut.

Le modèle libéral de SMith et Marx

Il prédit le déclin et la disparition des professions sous la pression de la logique économique. Ici, les hommes ne conçoivent plus le travail comme un élément identitaire. En effet, travailler est uniquement un moyen d'accroître ses richesses. La seule valeur du travail est économique, les considérations antérieures n'ont plus lieu d'être avec l'extension du capitalisme industriel. La profession fait place à la libre concurrence et à l'égalité de tous. Lorsqu'un groupe professionnel perdure, il se traduit économiquement par l'existence d'un marché fermé du travail. Ce modèle a donné lieu à de nouveaux travaux exposant notamment la structuration des marchés du travail par les professions (cf. travaux de C. Paradeise).

Ces modèles socio-historiques sont toujours prégnants dans les sociétés modernes. Les sociologues prennent en compte ce poids historique dans leurs recherches et leurs travaux, notamment en sociologie des professions.

Sur le même sujet