Portrait d'un serial killer: définition de Stephane Bourgoin

Stéphane Bourgoin, criminologue connu et reconnu dans le monde entier, a publié de nombreux ouvrages sur les serial killers.
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Cet article s'appuie sur Serial killers. Enquête sur les tueurs en série publié aux éditions Grasset. Stéphane Bourgoin a interviewé une trentaine de tueurs en série lorsqu'il publie ce livre, il décrypte leur personnalité, leur fonctionnement et explique ce qu'est le profilage. Il s'agit ici de comprendre qui sont les tueurs en série.

Généralités

Les tueurs en séries sont des récidivistes, c'est-à-dire qu'ils sont considérés comme tels lorsqu'ils ont commis plus de trois meurtres avec un intervalle de temps. Cette définition a vu le jour suite à un débat dans les années 80, on oppose alors les tueurs en série aux tueurs de masse (quatre victimes ou plus sur un même lieu lors du même événement) et aux "spree killers" (ils basculent dans le meutre suite à un événement et commettent des meurtres à des endroits différents dans un court laps de temps).

Il est difficile d'établir des statistiques concernant les serial killers et leurs victimes qui sont subdivisées en trois catégories:

- victimes tuées lorsque le tueur plaide coupable ou est condamné,

- victimes supposées lorsque le tueur est suspecté ou rattaché au crime,

- victimes d'une tentative d'homicide lorsqu'elles survivent ou s'échappent.

L'âge moyen des serial killers connus est de 27,27 ans lors de leur premier meurtre et de 31,44 ans lors de leur dernier meurtre.

Les criminels en général utilisent préférentiellement des armes à feu. Les serial killers optent plutôt pour la strangulation, l'arme blanche, des coups avec des objets contondants, qui permettent d'avoir un contact avec la victime.

Quelques chiffres d'après les études de Stéphane Bourgoin

70% des tueurs en série commettent leur premier crime avant 30 ans.

83% des tueurs en série sont de race blanche

65% des serial killers s'attaquent à des femmes, quand ils sont hétérosexuels.

63% des hommes serial killers tuent dans un territoire précis, qu'ils connaissent et qui est proche de leur lieu d'habitation. 29% des tueurs en série sont nomades (par exemple ils tuent dans différents états aux États-Unis) et 8% tuent sur leur lieu de travail.

Moins de 5% des serial killers sont psychotiques.

Le QI des tueurs en série

Le Qi moyen de la population se situe autour de 100 alors que celui des criminels en général correspond à 91-93. Les criminels qui ont un QI inférieur recherche une satisfaction immédiate dans leurs méfaits.

Les tueurs en série ont un QI supérieur qui atteint en moyenne 110, pour les violeurs en série c'est 120.

Les fantasmes des serial killers

Les meurtres commis pas ces individus n'ont pas de mobile évident mais il y a un motif dissimulé à caractère sexuel. La victime n'est rien ou un objet pour réaliser ses fantasmes qu'il planifie de longue date. L'important pour lui est de dégrader, d'humilier, de contrôler et terroriser sa victime. Le meurtre est ritualisé avec un mode opératoire précis qui peut évoluer au fur et à mesure de ces crimes. Ils emportent des objets appartenant à la victime qui sont des trophées. Ces derniers leur permettent d'atteindre la satisfaction sexuelle lorsqu'ils ne tuent pas.

L'environnement familial

Il contribue à la construction de l'identité. Les serial killer sont des enfants abusés ou négligés qui s'isolent de la société, vécue comme hostile et qui extériorisent leur violence dès l'adolescence. Tous les enfants abusés ne deviennent pas des tueurs.

En chiffres: 53% des tueurs en série ont des antécédents psychiatriques familiaux, 69% sont confrontés à l'alcoolisme dans leur famille et 33% à la présence de drogue dure. Ils ont des contacts plutôt négatifs avec la famille qui déménage souvent dans 68% des cas. 40% des tueurs en série sont enfermés dans des structures (foyer, centre de détention, hôpital psychiatrique) avant leur majorité. 66% connaissent des difficultés mentales dès le plus jeune âge.

Souvent, le père naturel abandonne le foyer avant leurs 12 ans (47%) et la mère est dominatrice (66%). La grande majorité des serial killers sont l'aîné de la famille.

Les comportements individuels

Deux facteurs influent sur la construction des tueurs en série:

  • Les abus subis pendant l'enfance: physique dans 30% des cas, psychologique pour 69% des tueurs, 40% d'ordre sexuel.
  • Les fantasmes: ils se construisent une vie psychique autour de pensées agressives, de rituel qui mélangent le sexe et la mort. Tous préfèrent leurs fantasmes à la vie réelle. Ils sont égocentriques et obsédés par le viol avant 18 ans dans plus de 50% des cas. Ils sont des préférences sexuelles solitaires notamment la pornographie.

Ils ne souhaitent pas arrêter de tuer car ils n'existent qu'à travers la mort des autres. Ils se suicident rarement (lorsque leur arrestation est imminente parfois), le plus souvent ils se font tuer ou capturer. Lorsqu'ils sont arrêtés ou emprisonnés, ils avouent en général leurs crimes, voire davantage pour des questions d'égo, de célébrité ou de manipulation du système judiciaire. En effet, ils semblent collaborer et obtiennent des privilèges, des reports d'audience et donc de condamnation.

Le tueur psychopathe

Il s'oppose au tueur psychotique qui peut être schizophrène.

Le tueur psychopathe a une personnalité asociale dont les principales caractéristiques sont le manque de maturité, l'ingratitude, le cynisme, la déloyauté, la rébellion, l'exploitation des autres, l'absence d'empathie. Il est incapable de comprendre que ces actes peuvent blesser son entourage, les autres n'existent que pour satisfaire ses propres besoins. Sa vie sexuelle se compose de manipulation et d'infidélités.

Cette personnalité est le terrain du sociopathe qui lui va jusqu'à feindre des émotions qu'ils ne ressent pas. Il est lisse, mène une carrière brillante et tire une grande jouissance dans le contrôle et la manipulation des autres. D'ailleurs c'est obsession de contrôle des autres qui le mène au contrôle ultime qu'est de décider de la vie ou de la mort d'une personne.

Le psychopathe n'a aucune conscience et sous une apparence normale, il ne ressent ni remords ni culpabilité, mais il peut les simuler. Il devient un prisonnier modèle.

Afin d'appréhender ces individus, les enquêteurs ont du évoluer en se dotant de nouvelles techniques de travail en complément des enquêtes de terrain. Il s'agit des fichiers informatiques qui compilent les crimes et les empreintes des criminels qui permettent de recouper les informations et du profilage psychologique qui permet de pénétrer l'esprit du tueur en série.

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