Gaz de schiste : la mobilisation des artistes québécois

Des artistes québécois questionnent l'exploitation du gaz de schiste dans une vidéo disponible sur YouTube.

Dans une vidéo d’environ trois minutes, disponible sur le site YouTube, une vingtaine de chanteurs et de comédiens québécois invitent la population à signer une pétition exigeant un moratoire complet sur l’exploitation et l’exploration du gaz de schiste.

Un projet fait sans le consentement des Québécois

Roy Dupuis (associé à la Fondation Rivières), Anne Dorval, Fred Pellerin, Luc Picard, Laurence Lebœuf, Élise Guilbault, Alexis Martin, Mes Aïeux, Marc Béland et plusieurs autres artistes québécois dénoncent le fait que le gouvernement n’a pas attendu d'avoir le consentement de la population pour entreprendre le développement des ressources en gaz de la vallée du Saint-Laurent.

Selon l’auteur de l'initiative, le metteur en scène Dominic Champagne, cette campagne expose les dangers et les risques environnementaux importants (déjà observés aux États-Unis et en Alberta) liés à l’exploitation du gaz de schiste au Québec.

« C'est notre terre, c'est notre eau, c'est à nous de décider »

Sans être opposés à cette industrie en tant que telle, les artistes, qui ont participé bénévolement au tournage, expliquent qu’ils souhaitent simplement s’assurer du bon respect des normes environnementales dans ce projet. Exprimant leurs inquiétudes face à ce dernier, ils insistent sur le fait qu’il est primordial de bien réfléchir aux conséquences de cette exploitation et de consulter les Québécois dans la prise de ces décisions importantes.

Les campagnes YouTube

Par le passé, la communauté artistique québécoise s’est déjà mobilisée par le biais d’une campagne YouTube notamment avec la vidéo « Culture en péril » où Stéphane Rousseau, Benoît Brière et Michel Rivard dénonçaient les coupures fédérales dans le secteur culturel. Le site de vidéos en ligne YouTube est devenu une plateforme très efficace pour attirer l’attention internationale puisque des millions d’utilisateurs le consultent quotidiennement.

Les artistes engagés

«L'artiste est un guide. De ce fait, il a une responsabilité particulière car il possède le privilège de devenir la voix de son temps, une voix qui réunit en elle toutes les autres voix» Mikis Théodorakis.

Forts de leur autorité morale et de leur réputation, les artistes ont pénétré depuis longtemps la sphère politique pour protester contre les failles du gouvernement. Malgré les obstacles dressés par les pouvoirs en place, et quelques fois au péril de leur vie, ils ont soit milité à travers leur art, comme l’ont fait nombre de romanciers, peintres et poètes, tels Manzoni, Picasso, Neruda et Théodorakis, ou en s’associant à des causes sociales liées aux grands événements de l’histoire.

La pétition, une arme de combat

Depuis l’affaire Dreyfus en France, la pétition est devenue le moyen de prédilection d’une mobilisation de masse. Suite à la démarche isolée d’Émile Zola qui lança sa « lettre ouverte au Président de la République » dans L’Aurore, avec le célèbre « J’accuse », le 13 janvier 1898, écrivains, penseurs, artistes, journalistes et universitaires se mobilisèrent pour dénoncer cette injustice au monde en usant de leur autorité. L’affaire Dreyfus rallia entre autres Anatole France, Marcel Proust, Claude Monet. Plus que l’élite, c’est toute une communauté artistique et intellectuelle qui s’est ralliée avec une pétition exigeant la révision du procès du capitaine. La pétition est alors devenue une arme de combat. Les artistes et intellectuels justifiaient leur appel au nom de leur notoriété ou de leurs titres. Ils voulaient s’exprimer au nom de la conscience commune.

S’inscrivant dans cette longue tradition artistique et intellectuelle, la coalition des auteurs, chanteurs et comédiens québécois de la campagne pour un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste souhaite attirer l’attention de la population sur un cas d’intérêt public pour le moins préoccupant.

La pétition sur le site Internet de l’Assemblée nationale du Québec sera en ligne jusqu’au 5 janvier prochain.

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