Les Choristes, un enchantement

Le premier long-métrage de Chistophe Barratier nous replonge dans l'univers de l'enfance en nous berçant au son d'une musique enchanteresse.
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« Les meilleurs professeurs sont ceux qui savent se transformer en ponts et qui invitent leurs élèves à les franchir ».

Nikos Kazantzaki

L'histoire d'un passeur

Il y a de ces êtres qui marquent notre vie sans qu’on le sache réellement. La plupart du temps on les oublie, inconscients de l’influence qu’ils ont eue sur notre destinée. Dans Les Choristes (2004), Clément Mathieu (Gérard Jugnot), dit « le pion », tient ce rôle de passeur. Il a raté sa carrière de musicien, mais va tenter de la faire réussir à d’autres par l’entremise d’une chorale qu’il va constituer à Fond-de-l’étang, un internat pour orphelins et garçons difficiles où il a été nommé surveillant. Malgré les réticences du Directeur Rachin (François Berléand), Mathieu parvient à adoucir les jeunes par la magie du chant. Pour ces enfants rebelles, la chorale va devenir leur lien rassembleur. Elle va apporter un peu de chaleur et d’espoir à l’austérité de la maison de redressement.

La voix d'un ange

Parmi les élèves, un se démarque du lot par sa voix cristalline, Pierre Morhange, interprété par Jean-Baptiste Maunier qui a été déniché dans une véritable chorale, celle des « Petits chanteurs de St-Marc » à Lyon où il était soliste. Mathieu, conscient du talent exceptionnel de Morhange, va encourager la mère du virtuose (Marie Brunel) à l’inscrire au Conservatoire. Mais Morhange est replié sur lui-même et hostile à participer à la chorale. Mathieu sait pourtant que Morhange ne cherche qu’à chanter et à s’épanouir. En s’acharnant sur son cas, il va faire éclore le petit papillon qui n’attendait qu’à déployer ses ailes. L’altruisme du maître portera ses fruits.

Une bande sonore magique

Pour son premier long métrage, Christophe Barratier s’est inspiré du film La cage aux rossignols de Jacques Dréville (1945). En collaboration avec Bruno Coulais, il a aussi composé la bande sonore qui a connu un succès monstre en France. Cette musique enchanteresse amène le spectateur dans l’univers merveilleux et plein de fraîcheur de l’enfance, à une époque de découverte et de premières émotions où tous les sentiments étaient exacerbés. Elle nous fait remonter à la source de notre personnalité, là où tout a commencé et où tout était encore possible. C’est d’ailleurs sous la forme d’un retour sur le passé (l’année 1949) que le film est construit, tout cela pour mieux suggérer la nostalgie de l’enfance.

Le génie de Barratier est justement d’aborder tous ces thèmes souvent associés à la mièvrerie sans pour autant tomber dans le mélo guimauve et la sensiblerie. Malgré quelques impressions de « déjà vu » (le film n’est pas sans évoquer Cinema Paradiso (1988) ou La société des poètes disparus (1989) avec les thèmes d’un homme simple qui sert de modèle à un garçon et de l’élève qui surpasse le maître), Les choristes est un film intelligent où se mêle l’humour à la tendresse, toujours avec beaucoup de subtilité.

Entre rires et pleurs

Les personnages sont attachants que l’on pense seulement au jeune Pepino (Maxence Perrin ; fils de Jacques Perrin) qui « ne connaît aucune chanson » ou bien les autres enfants, tous plus saisissants les uns que les autres. Sans oublier Gérard Jugnot qui joue parfaitement le rôle du clampin qui est moins con qu’il ne le paraît à première vue et Jean-Baptiste Maunier qui a la beauté et la voix d’un ange.

Tous ces ingrédients réunis font des Choristes un petit joyau qui émerveille et nous attendrit tout en nous faisant rire. En nous replongeant dans l’enfance, en nous berçant au son d’une musique sublime et en soulignant l’importance de transmettre nos connaissances aux plus jeunes, le film Les Choristes touche nos cordes sensibles et ne peut laisser indifférent.

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