Robert Guédiguian et Marseille : détours et retours

Étant le cinéaste contemporain dont l'œuvre est la plus ancrée à Marseille, Robert Guédiguian nous propose sa manière d'imaginer la cité phocéenne.
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Les origines

Robert Guédiguian est né le 3 décembre 1953 à Marseille, d’un père arménien et d’une mère allemande. Il grandit dans le quartier de l’Estaque, célèbre pour son port que les peintres impressionnistes ont immortalisé au début du siècle dernier. Son père qui travaillait sur les quais l’a initié à la réalité des difficultés ouvrières. Sa mère, souffrant du mal du pays, lui a transmis le goût de la réminiscence qui marque l’ensemble de son œuvre. Très jeune, il commence à militer pour le Parti communiste, tout en développant une passion pour les pièces de Berthold Brecht et les films de l’Italien Pier Paolo Pasolini. Il étudie à la faculté d’économie et de sociologie d’Aix-en-Provence pour ensuite aller à Paris en 1974 en même temps qu’il abandonne ses activités de militant.

Profondément attaché à sa ville natale, il n’a jamais cessé d’interroger ses origines et le milieu d’où il vient. La plupart de ses films ont été tournés dans la cité phocéenne qui, bien plus qu’un décor, devient une partie intégrante de son œuvre. De sa ville, il choisit de montrer plus particulièrement le quartier de son enfance, celui de l’Estaque. La majeure partie de ses films dénoncent le fascisme et la lutte des classes.

Une certaine réalité

Son cinéma se développe sur la contradiction d’une crise économique qui ne parvient pas à s’inscrire dans le mouvement ouvrier. Dans ses films et malgré leur caractère de vérité, ce n’est pas la vraie vie des Marseillais qui est montrée, d’où leur côté fictif. Le cinéaste incorpore toujours une dimension symbolique à son œuvre, exprimant une réalité, une vision. Il parvient d’ailleurs habilement à faire la balance entre le rêve avec les « Contes de l’Estaque », où malgré la situation sociale désarmante des personnages, l’espoir et l’humour demeurent, et ses films beaucoup plus pessimistes comme La ville est tranquille (2000) et sa vision très noire de la vie. Ainsi, Guédiguian passe indifféremment de la comédie au drame, toujours avec la même troupe de comédiens et dans la même ville.

L'importance de la mémoire collective

Pour lui, la nouvelle génération doit garder des liens avec le passé et les plus vieux et c’est pourquoi son univers filmique est très souvent empreint de questionnements autour de la mémoire collective. Le cinéma français des années 1930, tout comme la peinture de Cézanne et de Braque nourrissent son œuvre. Plusieurs de ses films présentent comme personnages des dockers marseillais qui contribuent à nourrir des rétrospections collectives en s’ancrant dans un passé et participant à construire une continuité historique. Cet imaginaire se nourrit aussi d’une troupe d’acteurs qui reviennent de film en film, dont Ariane Ascaride qui représente un « type » d’ouvrière. Guédiguian parsème également ses films de personnages de militants du Parti communiste, exprimant ainsi sa nostalgie pour une époque remplie de promesses et d’idéaux. Il assure ainsi la transmission de la culture ouvrière sur un ton de nostalgie, imposant un style qui fait référence à une réalité en mouvement qui se modifie de film en film.

Une fidélité cinématographique

Guédiguian travaille dans le milieu du cinéma depuis 1980 et nous a donné de merveilleux films tels Dernier été (1981), Rouge midi (1984), L’argent fait le bonheur (1993). Son œuvre a été reconnue tardivement avec À la vie, à la mort ! (1995), mais surtout avec le succès de Marius et Jeannette en 1997 et sa nomination à Cannes où il remporte le prix Louis Delluc. Il a également participé à l’écriture de Fernand de René Féret et du Souffleur de Frank Le Wita. Le cinéaste est très fidèle à la famille cinématographique qui l’entoure. La comédienne principale de tous ses films, Ariane Ascaride, est d’ailleurs devenue son épouse après avoir été sa muse au fil des années. Guédiguian est aussi l’un des cinq producteurs associés, avec notamment Gilles Sandoz, d’Agat Films & Cie et d’Ex Nihilo.

Il travaille régulièrement avec le scénariste Jean-Louis Milesi, le chef opérateur Bernard Cavalié et le chef de production Malek Hamzaoui ainsi que Michel Saint-Jean (via sa société Diaphana) qui coproduit et distribue ses films depuis Marius et Jeannette . Tout cela sans oublier bien sûr sa troupe de comédiens qui est aussi sa véritable tribu. En plus d’Ariane Ascaride, il faut citer Pierre Banderet, Frédérique Bonnal, Jacques Boudet, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan (son ami d’enfance), Jacques Peiller, Pascale Roberts, et Laetitia Pesenti que l’on retrouve avec plaisir d’un film à l’autre.

De nouveaux horizons

Depuis quelques années, Guédiguian a élargi le cadre de son univers filmique à d’autres villes, d’autres thèmes. En 2005, il signe Le Promeneur du Champ de Mars sur les derniers jours de la vie de François Mitterrand. Après un retour à sa troupe d’origine et sa ville natale avec Le Voyage en Arménie (2007) et Lady Jane (2008), il réalise en 2009 L’Armée du crime , dont l’action se déroule durant l’Occupation à Paris.

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