Faut-il supprimer les notes à l'école primaire ?

Plusieurs personnalités viennent de signer un appel pour la suppression de la notation des élèves. Une réflexion pour les différents acteurs et les parents.

"As-tu eu une bonne note aujourd’hui ?" Quel parent n’a jamais prononcé cette phrase fatale ? C’est justement pour en finir avec ce système de notation que 20 personnalités, parmi lesquelles Boris Cyrulnik, Marcel Rufo, le directeur de Sciences Po- Paris Richard Descoings, le sociologue François Dubet, le généticien et président d'université Axel Kahn, l'économiste Eric Maurin, l'écrivain Daniel Pennac ou l'ex-Premier ministre Michel Rocard ont signé l’appel lancé par l’AFEV, relayé par le site du Nouvel Observateur.

La culture de la note

Cet appel est à l’initiative de l'AFEV, une association d'étudiants bénévoles agissant contre les inégalités dans les quartiers populaires, un peu partout en France depuis 1991. Comme le jugent les rédacteurs de cet appel : "La culture de la note est encore très présente dans l'école française, historiquement tournée vers la sélection. Si ce modèle répondait aux exigences d'un système élitiste avant la massification scolaire, il apparaît aujourd'hui en total décalage avec l'objectif d'élévation globale du niveau d'étude". Pour cette association, "l’obsession du classement stigmatise les élèves, les enferme dans une spirale d'échec et n'apporte en rien les clés d'une possible progression, alors que la confiance en soi est indispensable à la réussite scolaire".

Une piste de réflexion

Lancé en octobre 2010 à l'issue de la 3e Journée du refus de l'échec scolaire, cet appel est une véritable piste de réflexion autour du système d'évaluation et de notation des élèves. L'Afev a depuis récolté plus de 3000 signatures.

En octobre dernier, le débat parisien, en présence de Marcel Rufo et de Claire Brisset , l’ancienne défenseure des enfants, avait permis de dégager deux axes prioritaires de réflexion:

  • l'amélioration du climat scolaire et, notamment, l'apaisement des rapports trop souvent conflictuels, voire violents, entre élèves;
  • la nécessité de faire évoluer le système d'évaluation et de sélection.

Une action concertée avec l’Education nationale

Créée en 1991 par trois étudiants, l’Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville) est née de l’envie de lutter contre les inégalités dans les quartiers populaires. Pour ces étudiants, il était aussi urgent de créer un lien entre deux jeunesses qui ne se rencontraient pas ou très peu. Au fil des années et des expériences, l’action de l’Afev a évolué. Aujourd'hui elle se concentre sur l’accompagnement individualisé. En 2009, ce sont 7 500 étudiants qui se sont engagés auprès de plus de 10 000 enfants. En 20 ans, cette association dynamique a ainsi permis à 120 000 enfants et adolescents d’être accompagnés dans leur parcours scolaire avec le soutien de 80 000 étudiants bénévoles qui se sont succédés. C'est aux côtés des enseignants et des chefs d’établissement, seuls à même de repèrer les enfants et les jeunes en besoin d’accompagnement, que l’Afev a pu développer ses actions dans plus de 280 villes de France.

L’école comme une souffrance

Le baromètre 2010 du rapport à l'école des enfants des quartiers populaires, réalisé par le cabinet Trajectoires-Reflex publié à l'occasion de la journée du refus de l’échec scolaire, met au jour des chiffres sur ce phénomène.

Parmi les plus frappants :

  • 30% des élèves ont mal au ventre le matin avant d'aller à l'école,
  • 52% ont déjà été personnellement victimes de violence à l'école e
  • 54% craignent souvent, voire très souvent, de ne pas être en mesure de faire ce que leurs professeurs leur demandent.

Une évaluation des connaissances et des compétences

Le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, interrogé lors de la Journée internationale de la Philosophie à l’Unesco, le jeudi 18 novembre 2010, a déclaré qu’il écartait l'idée de supprimer les notes à l'école élémentaire : "il ne faut pas voir la note comme l'échec, comme le rejet, comme la sanction. C'est aussi l'évaluation d'un travail, ça peut être pour l'élève un objectif et ça peut être un projet de progression pour l'élève". Pour le ministre, la loi Fillon sur l'école de 2005 avait prévu, "une évaluation par connaissances et compétences" acquises ou non par l'élève de 6 à 16 ans, tout au long de sa scolarité obligatoire, à côté de l'actuel système de notation par les enseignants. Il s'agit en fait de l'acquisition du fameux socle commun des connaissances et compétences.

D’autres exemples en Europe

En Finlande, un pays en tête des classements internationaux en matière d'éducation, les élèves sont évalués, pour la première fois à neuf ans, et de façon non chiffrée. Ils commencent seulement à être notés à partir de 11 ans. Dans les pays scandinaves (Suède, Norvège, Islande, Danemark, Finlande), tous les élèves, de 7 à 16 ans, suivent le même cursus, en primaire et au collège. Cette école unique, la Folkeskole , accueillent les accueille dans le même groupe-classe, avec le même professeur principal. Contrairement à l'école française, les enseignants sont différents selon les matières dès le primaire. Le redoublement est inconnu, et 95 % des élèves obtiennent un diplôme en dernière année de ce cycle. Un autre modèle et d’autres résultats.

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