Le délicat problème du tourisme en Egypte

Après la Tunisie, l'Egypte est désertée par les touristes. Si c'est branle-bas-de-combat chez les voyagistes, la situation est critique pour les Egyptiens.
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En France, les destinations Tunisie et Egypte représentent plus de 25% des séjours à l'étranger. Au moment où les futurs vacanciers préparent leurs séjours d'hiver, de printemps et, pour les plus organisés, leurs congés d'été, beaucoup reportent leur choix sur d'autres destinations. Une équipe du Centre d'étude des tours operateurs (Ceto) se trouve déjà en Tunisie pour évaluer un possible retour prochain dans le pays. Mais à l'heure actuelle, rien de tel en Egypte.

Un secteur économique vital

Les voyagistes ont tous suspendus les départs jusqu'au 14 février prochain. Au Caire, la vie reprend petit à petit. Une banque française vient d'estimer les pertes journalières pour le pays à 300 millions de dollars et la prévision de croissance du PIB pour 2011 vient même d'être abaissé de 5,3% à 3,7%. Alors que le pays est déjà confronté à une crise sociale et politique, une crise économique viendrait affaiblir encore plus des équilibres déjà précaires. En 2010, année jugée record pour le tourisme égyptien, les recettes du secteur étaient estimées à 13 milliards de dollars avec plus de 15 millions de touristes. La révolution égyptienne est intervenue au début de la haute saison et les appels à fuir le pays relayés par les médias ont accentués les départs précipités.

Campagnes stoppées

Selon les autorités, plus d'un million de touristes sont partis et plus de 80% des réservations ont été annulées. Ainsi plus de 200 milliards d'euros d'investissements touristiques sont désormais en péril, sans compter les 2 millions d'Egyptiens travaillant directement dans le secteur. Si les campagnes de publicité pour l’Egypte sont stoppées, les contacts entre les voyagistes du monde entier et les autorités en charge du tourisme se poursuivent. D'ailleurs, les participations des professionnels égyptiens aux foires et salons internationaux prévues en février et en mars comme la Bourse internationale du tourisme de Milan ou le ITB de Berlin en mars prochain sont maintenus.

Des situations différentes

Au sein du nouveau gouvernement égyptien, le ministre du Tourisme a créé un comité pour la gestion de la crise puisque les pertes sont déjà chiffrées à plus d'un milliard de dollars, selon le vice-président Omar Souleimane. Dans un entretien à l'hebdomadaire francophone Al-Ahram , un conseiller du ministre du tourisme précise: "Ce comité prendra quelques mesures qui ont pour objectif d’atténuer les pertes sur le plan financier et concernant le nombre des touristes qui fuient l’Egypte pour pouvoir sortir de cette impasse le plus vite possible".

Tant au Caire qu'à Alexandrie ou à Assouan, les signes de reprise sont toutefois manifestes, comme la réouverture des banques et des commerces. Mais les situations sont très disparates. La zone touristique de la mer Rouge a été très peu affectée par les manifestations. A Louxor, en revanche, tout est fermé: les hôtels et les boutiques pour les touristes et les bateaux restent désespérément à quai. Si les grandes compagnies internationales ou locales peuvent passer cette période difficile avec plus ou moins de difficulté, qu'en est-il pour le petit propriétaire, le guide ou le caléchier ?

Des bateaux à quai

"Nous sommes dans une situation dramatique pour l'Egypte et pour la population", confie Rabi, guide à Louxor. "Si la démocratie est en marche c'est très bien, si les profiteurs ne sont plus là c'est très bien, mais il faut que les touristes reviennent car notre économie est basée sur eux. S'ils ne reviennent pas, les anciens dirigeants pourront dire que rien ne va parce qu'ils ne sont plus là !", ajoute le guide francophone de la ville de Haute-Egypte.

Pour Sara qui dirige l'entreprise "Les gréements du Nil", la situation est catastrophique: les felouques, la dahabeya et les sandals ne quittent plus le quai. Cette Française expatriée en Egypte depuis plusieurs années et son mari égyptien font vivre de nombreuses familles grâce aux cuisiniers, équipages et guides qui travaillent avec eux. Au Caire, Nathalie-Asmaa, une autre Française tombée amoureuse de ce pays et qui s'y est installée, connaît les mêmes difficultés. Elle organise des circuits à travers la ville, mais aujourd'hui, plus personne ne vient lui demander ses précieux conseils pour découvrir autrement cette mégalopole qu’elle a si bien racontée dans son dernier livre (1).

Une reprise timide

Avec Hélal le Bédouin, Nathalie-Asmaa accueille ses hôtes dans un écolodge niché au cœur du désert noir, non loin de l’oasis de Bahariya, à 380 km du Caire. Cet îlot de paix, de verdure et de sérénité est aujourd'hui lui aussi menacé. "Je n'ai pas enregistré de défection, j'ai même quelques demandes d'information pour avril",raconte la jeune femme. Après avoir vécu ces journées et ces nuits de révolution au Caire, cloîtrée devant sa télévision comme beaucoup d'Egyptiens et comme une petite poignée d'expatriés qui, contre vents et marées est restée, Nathalie-Asmaa commence à reprendre une vie presque normale : sortir et voir ses amis égyptiens.

Seule contrainte: le couvre-feu de 20h à 6h encore en vigueur au Caire, à Alexandrie et à Suez, et l'accès à certains quartiers où règnent toujours des tensions. Aujourd'hui, elle prend la route du désert et de l'oasis, son dernier refuge, mais elle sait, comme Sara et Rabi, que ce peuple millénaire, paré d'une dignité extraordinaire, fera le choix d'une liberté retrouvée pour peu que les peuples déjà libres, mais souvent bien trop nantis, les y aident un peu en revenant vers eux.

www.felouques-nil.com

www.helaltravel.com

(1) Nathalie-Asmaa T. Le Caire, l’inconnu dévoilé, Ed. Spezie Creation

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