Les nouveaux médias: nouvelles armes des peuples?

Les nouvelles technologies et le web 2.0 vont-ils modifier les rapports de force entre populations et régimes oppressifs? Le cas du monde arabe.

Le monde arabe vient de faire un bond énorme vers la liberté en l'espace de quelques semaines. La révolution populaire qui a commencé en Tunisie, pour s'étendre ensuite comme une onde de choc à l'Egypte notamment, a été comparée par Antoine Basbous à la "chute du mur de Berlin".

Mais quel a été le rôle des TIC et celui des réseaux sociaux dans cette mobilisation sans précédent? Et quel a été l'accueil réservé à ces évènements par certains médias occidentaux?

GSM et Youtube: les boucliers de la jeunesse Internet

Jusqu'à un récent passé, les dictateurs pouvaient encore manoeuvrer impunément, user de propagande et étouffer, sans merci, les révoltes de leurs peuples dans des bains de sang faisant des milliers de victimes. Aujourd'hui, à l'ère du numérique, c'est beaucoup moins évident. En tout cas, il n'est plus possible de le faire aussi discrètement. En effet, chaque manifestant est un photo reporter en puissance, membre d'un groupe Facebook et utilisateur de Twitter. Ainsi, la moindre bavure peut être filmée à l'aide de la caméra d'un simple téléphone portable. Quelques minutes plus tard, la scène vidéo est mise en ligne sur Youtube et exposée au monde entier.

C'est notamment aussi cette transparence, offerte désormais par la démocratisation des nouvelles technologies, qui permet une certaine protection minimale (mais certainement pas totale) aux manifestants contre des tortionnaires capables des pires atrocités.

Blogs, Facebook et Twitter: les armes de la génération Internet

Ce qui est remarquable dans ces révolutions arabes du Jasmin et du Papyrus (ou Nil), c'est le rôle initial important du bouche à oreille électronique. La majorité des jeunes possède un compte Facebook, lit des blogs, s'informe et relaie l'info qui circule à une vitesse VV' parmi les masses. Le téléphone arabe viral a donc si bien fonctionné qu'il a permis l'organisation massive et rapide des rassemblements populaires au coeur de Tunis, sur la place Tahrir au Caire et dans d'autres villes. En Egypte, un des initiateurs de ce grand mouvement révolutionnaire qui a commencé le 25 janvier 2011 est Wael Ghonim , 30 ans et cyberdissident . Il a livré un témoignage émouvant le 7 février 2011 à la chaîne Dream TV.

Le 28 janvier 2011, ayant pris conscience du danger du web et des téléphones cellulaires, le régime vacillant de Moubarak décide d'interrompre toutes les télécommunication GSM et Internet dans le pays . Trop tard, la machine populaire est déjà en marche! Le kleptocrate Egyptien finira par démissionner le 11 février 2011 sous la pression de la rue. Son homologue tunisien, quant à lui, avait dû fuir le pays le 14 janvier 2011 pour se réfugier à Djeddah (Arabie Saoudite).

Les jeunes, les dictateurs et les puissances étrangères

Pendant des décennies, les peuples arabes ont subi passivement l'oppression d'impitoyables dictateurs qui les ont spoliés sans vergogne. Les régimes dictatoriaux de Ben Ali et Moubarak ont réussi, pendant des dizaines d'années, à maintenir le status-quo sous la protection bienveillante des puissances dont ils servaient les intérêts.

Les populations du monde arabe sont majoritairement composées de jeunes gens. Ces derniers forment la base de la pyramide des âges. En Egypte, par exemple, l'âge médian est de 24 ans . Le soulèvement populaire qui émane de cette nouvelle jeunesse arabe éduquée n'est toutefois pas dirigé contre l'Occident ni contre Israël. La colère de la rue vise bien le pouvoir autocratique corrompu qui l'a appauvrie et réduite au silence par son appareil sécuritaire. De plus, la révolte du peuple est dénuée de tout contenu idéologique et ses revendications sont essentiellement d'ordre socio-économique et politique.

En bref, les gens ont pris conscience qu'ils étaient gravement lésés et qu'ils devaient s'activer, sans leader mais comme un seul homme, afin de réclamer leurs libertés individuelles, une bonne gouvernance démocratique de l'Etat ainsi qu'un bien-être économique et social... Quoi de plus légitime?

Pourtant, les réactions américaines et européennes sont parfois ambigües. Quant à certains médias occidentaux, ils se focalisent sur "le spectre islamiste", "le scénario à l'iranienne", ils parlent de "crise" et évoquent les " craintes Israëliennes ". A ce sujet, l'émission de Yves Calvi sur France2 : "les révolutions arabes et nous" est assez emblêmatique de ce phénomène. Arrogance colonialiste ?

"On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps." Abraham Lincoln

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