La fièvre des réseaux sociaux est-elle bénéfique pour la santé?

La foule immense des réseaux sociaux soutient avec ferveur la cause de la santé et attend, fébrile, les gourous de la médecine, qui hésitent à la rejoindre.

La prolifération et l’engouement pour les sites de réseaux sociaux vont sans doute s’amplifier durant la prochaine décennie. L’audience du plus visité d’entre eux a déjà atteint en quelques années près de cinq cent millions d’individus. L’évolution inéluctable vers la portabilité des informations – que certains gardent encore jalousement – d’un site à un autre augmentera d’une façon exponentielle la taille de la population des utilisateurs des réseaux sociaux, la durée et la fréquence des visites, et la masse des données partagées avec des amis et l’ensemble des internautes.

Une population acquise à la cause de la santé

Au même titre que la défense de l’environnement, les problèmes de santé sont devenus, par ailleurs, l’une des préoccupations majeures de l’opinion publique, à l’échelle nationale et mondiale. De très nombreux groupes de malades et de leur entourage foisonnent sur le Net et suivent de près les derniers développements dans la recherche médicale et pharmaceutique et les progrès réalisés dans la lutte contre des pathologies fréquentes et graves.

La préservation de la santé a évolué d’une affaire privée en une cause publique, qui concerne toute la communauté, sensibilisée et impliquée dans des actions de prévention collective. Le corps médical ne peut ignorer cette double évolution, médiatique, mais aussi sociale et culturelle.

Un formidable outil de communication

Les réseaux sociaux offrent aux professionnels de la santé et de l’éducation sanitaire en particulier, l’opportunité unique d’atteindre une population cible, au moment et à l’endroit où elle aime se trouver et de lui transmettre un message bien adapté à ses caractéristiques démographiques et socioculturelles. Certaines organisations gouvernementales ne se sont pas trompées sur l’importance des nouveaux espaces de communication représentés par les sites sociaux.

L'exemple du Centre de contrôle des maladies d'Atlanta

Le CDC-TV , un site qui appartient au Centre de Contrôle des Maladies d’Atlanta aux États-Unis offre la possibilité de télécharger et de partager, sur les réseaux sociaux, des vidéos destinées à l’éducation sanitaire, dans la prévention des maladies infectieuses, comme la grippe porcine ou le contrôle de certains troubles métaboliques, comme le diabète sucré. La même organisation a publié un guide , à l’usage des médecins, les encourageant à profiter des sites d’interaction sociale pour augmenter l’efficacité et la portée de leurs actions de sensibilisation et d’information dans les domaines de la santé. En répétant le message, en variant ses formes médiatiques (texte, vidéo, images, jeux, applications diverses sur le web et la téléphonie mobile) et en touchant en même temps aussi bien le malade que l’ensemble de ses amis et du réseau social où il évolue, on s’assure de la puissance et de la diffusion maximales du message qu’on désire transmettre.

La lutte contre le Sida sur les réseaux sociaux

Des associations médicales et scientifiques, ainsi que des organisations de malades, ont également exploité, dans le même but, l’espace des réseaux sociaux. Des associations de lutte contre le Sida ont eu recours aux sites d’interaction sociale et fait participer des malades sidéens, pour contrer la stigmatisation liée à la maladie, et inciter les sujets à risque à se protéger et/ou pratiquer le test de dépistage. Il a été, en effet, démontré que les messages gagnent en crédibilité et force s’ils sont répétés, après un expert, par un pair, d’un patient à un autre patient.

Un espace de contact et d'échanges entre chercheurs

Des réseaux polarisés, à l’exemple de Namesake , à orientation professionnelle, regroupent des experts dans différents domaines, ayant les mêmes pôles d’intérêt. De tels sites sont de plus en plus nombreux et offrent un espace de contact, d’échanges d’idées, d’expériences et de résultats entre des scientifiques et des chercheurs, dans des pays, parfois très éloignés, en dehors des contraintes des réunions formelles bilatérales, des congrès et autres manifestations internationales.

Un cadre légal et professionnel mal défini

La difficulté de concilier sur un même réseau et dans un même profil la dualité vie privée, vie publique est également à l’origine de la désaffection par de nombreux médecins des sites généraux d’interaction sociale. De nombreux praticiens hésitent encore à utiliser les réseaux sociaux à des fins professionnelles. L’Association médicale américaine a mis en garde ses membres des retombées légales éventuelles d’un usage imprudent de tels sites.

Il existe, en effet, un risque potentiel de violation du secret professionnel lors de tout échange, au sein de tels espaces, entre un médecin et un de ses malades. Certains médecins ont avoué refuser systématiquement toute demande de se joindre à la liste de leurs amis émanant d’un de leurs patients. La protection des données privées des malades, sur le Net, et dans les réseaux sociaux, est loin d’être aisée. Un simple clic sur un lien, un bouton "j’aime", suffit parfois à transmettre à une tierce partie des informations sur les sujets de santé d’intérêt du visiteur, la zone géographique où il se trouve et son identificateur sur le réseau social. Les pièges sont nombreux, même au niveau des sites les plus sérieux, à l’exemple de celui du Système national de santé (NHS) au Royaume-Uni, fortement critiqué après avoir permis la traque de ses visiteurs et la collecte de données à leur insu, pour le compte d’un site social.

Le nombre des amis et le score d'influence

Mais les professionnels de la santé ne peuvent ignorer le formidable espace de communication offert par les réseaux sociaux. Leur participation, active et massive, aidera, sans doute, à la promotion de la santé communautaire et sa protection contre les risques d'initiatives dangereuses de certains groupes, à l’instar de celle, dernièrement, de partage du lait maternel.

Les médecins, particulièrement les plus jeunes, peuvent-ils ignorer les réseaux sociaux alors que le nombre des amis et le score d'influence sont de plus en plus aussi déterminants dans une carrière que le nombre d'années d'études et le volume des titres et travaux?

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