Des stars, pour quoi faire ?

Avec « Avatar » et « Tron 2 » s'ouvre une nouvelle ère. La technique du « Motion capture » rendrait comédiens et caméra presque obsolètes. Inquiétant ?

A l’occasion de la promotion de Tron, L’Héritage , Jeff Briges, réputé pour son dilettantisme affirmé, s’en était « amusé, parce que c’est intrigant, cette nouvelle façon de travailler sans caméra » (dans Télérama ). Dans cette nouvelle mouture un peu vaine du film de 1982, les logiciels l’ont rajeuni de 30 ans. De quoi être pleinement satisfait de son clone, à la soixantaine nonchalante.

Le phénomène – ou processus – de la « performance capture » n’est pas nouveau. Pour son ambitieux King Kong (2005), le Néo-Zélandais Peter Jackson s’était minutieusement préparé dans ses ateliers des Antipodes (à Wellington), via ses succursales consacrées aux effets spéciaux (Weta Workshop et Weta Digital).

Vanté par quelques vidéos promotionnelles, le principe est finalement assez simple. L’acteur est équipé de capteurs directement reliés à un ordinateur qui intègre tous ses mouvements dans sa base de données. Ensuite, graphistes et créatifs les retranscrivent sous la forme (par exemple) d’un gorille de 7,62 m de haut plus réaliste que jamais. Puis on y ajoute les décors « 100 % images de synthèse » qui vont avec, comme si de rien n’était.

Même si le résultat fut jugé stupéfiant par la critique, pour un peu certains passages de l’aventure – ceux sur Skull Island notamment –, ressembleraient à un jeu vidéo géant au graphisme certes étincelant. Bien sûr, les cris de Naomi Watts sont quand même efficaces et les 207 millions de dollars de budget auront au moins servi à quelque chose.

Sorti quatre ans plus tard, Avatar allait encore plus loin. Puisque le « sci-fi » de James Cameron tout entier (3 h) reposait sur cette technologie de pointe, nous n’avons pas affaire à nos comédiens préférés mais à leurs versions digitales (les Na’vi évoluant sur la planète Pandora dans le film). Le résultat ne s’est pas fait attendre : raz-de-marée sans précédent avec 2,73 milliards de dollars recettes au BO (pour presque 500 millions de mise).

Révolution ou fuite en avant ?

A l’heure du « tout numérique » et de la 3D, le septième art a donc bel et bien entamé sa mue. Pas de retour en arrière possible. La débauche de visuels chers aux productions Marvel ( Thor le 27 avril) ou les animations Pixar quelque peu désincarnées sont désormais devenues la norme. Il reste tout de même dans le secteur des Sylvain Chomet, césar 2011 de la catégorie pour son très chouette Illusionniste , ou, dans un autre registre, des Ari Folman ( Valse avec Bachir ).

Dans un contexte généralisé de hausse (démesurée) des coûts et de baisse des recettes, le producteur en quête de rentabilité se demanderait bien ce qu’il peut offrir au spectateur blasé du troisième millénaire. Suites, remakes, super-héros, Star Wars avant Star Wars en plus seyant ? Cameron apporterait-t-il la solution (chère) ? « Le problème est qu’Hollywood ne sait plus raconter de bonnes histoires », déplorait le célèbre présentateur de CBS Ben Stein, à l’aube des années 2000 (déjà).

Bref, il suffit de revoir le King Kong des années 70 (avec Jessica Lange) pour comprendre ce que Matrix ou Jurassic Park ont changé dans le paysage depuis 20 ans, et ce de façon irrémédiable ne manqueront pas de se plaindre les esprits chagrins. Car certains regretteront toujours la poésie des maquettes de Tyrannosaurus rex du Kong version 1933 ou le charme d’antan des vieux Walt Disney. Heureusement, le progrès a inventé le DVD pour les soirées nostalgie en famille.

Euh oui, le type qui joue dans Avatar , c’est qui ?

A l’affiche récemment de Last Night , avec Keira Knightley et Guillaume Canet, Sam Worthington est affublé d’un tag plutôt flatteur, puisqu’il y présenté comme « l’acteur d’Avatar ». Grimé (ou pixellisé, c’est selon) en bébête bleue de 3 mètres de haut, bien malin effectivement qui le reconnaîtra.

Alors, les studios, qui reversent une bonne partie de leur investissement à leurs stars capricieuses, reverraient-il leur stratégie, leur préférant avantageusement marketing et publicité (145 millions pour Avatar ) ? Après tout, qu’est-ce ça coûte de faire une petite pige de quelques heures, nanti de tas de bidules électroniques sur la tête en bougeant dans tous les sens sur fond vert.

Cela dit, avec les Oscars en ligne de mire, le magazine US Variety ne cesse de promouvoir ses nymphettes, à pied d’œuvre depuis longtemps pour trouver la robe parfaite des tapis rouges. Et vu que les pontes de Disney Pictures furent prêts à mettre 56 millions de dollars – à vérifier ! – sur la table pour s’assurer la simple présence de Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes 4 , a priori, le système ne paraît pas (encore) menacé.

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