Le fol attrait des profondeurs

Et James Cameron remet ça. 22 ans après le huis clos culte « Abyss », le mégalomane hollywoodien produit « Sanctum ».
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« Alleeez, on se bouge : retourné, poussée et ondulations ! » Les familiers des Cercles des nageurs le savent, le plus difficile est de bien maîtriser ses phases de coulées avant d’entamer crawl, brasse ou papillon proprement dits.

Sur grand écran, c’est un peu pareil, filmer le corps sous l’eau n’est pas chose aisée. Mais quand ça marche, résulte une fascination qui se double d’une fluidité tout à fait photogénique. Alors, pas étonnant que des « nababs » tels James Cameron s’immergent dans les hauts fonds océaniques à cœur joie et à grands coups de dollars.

Car c’est cher. Même si non communiqué, le budget d’ Abyss (1989)fut estimé entre 40 et 70 millions de dollars – ce qui est beaucoup pour l’époque –, celui de Sanctum les 30 millions, ne parlons même pas de Titanic (1998) mais le « monument » se déroulait en grande partie au-dessus des flots tumultueux. Cela dit, certains s’étaient inquiétés de la future rentabilité de cette oppressante science-fiction sous-marine, une première du genre, mais au final, le studio s’en frotta les mains : 90 millions récoltés au box-office mondial.

Fouler les grands fonds

Fabriqué en mode 3D, Sanctum s’apprécie avec les lunettes d’usage. Pour autant, l’histoire de Frank (Richard Roxburgh), plongeur-explorateur à haut risque, paraît bien moins ambitieuse que son illustre prédécesseur. Cameron a d’ailleurs confié les manettes à un jeune novice australien de 41 ans, Alister Grierson, jusque là connu pour quelques courts remarqués et un film de guerre, Kokoda (2006). Peut-être le besoin de souffler après Avatar .

Les abîmes insondables de l’océan, ça ressemble un peu à la Lune. L’homme n’y a jamais posé le pied ou presque. Avant l’Américaine Sylvia Earle en 1979, enserrée dans un scaphandre hors d’âge et maintenue par un câble (– 385 m).

Le record absolu en la matière avait lui été établi 19 ans plus tôt, par le Suisse Jacques Piccard et le lieutenant de la Navy Don Walsh dans la fosse des Mariannes, en plein Pacifique Ouest, à la différence notable que les découvreurs se trouvaient à bord d’un bathyscaphe spécialement conçu pour l’occasion, le Trieste : 11 020 m, après une plongée de presque neuf heures. « Nous prenons possession du dernier endroit, les Abysses, qui résistaient encore à l’homme », recense-t-il, hébété, dans le NGM .

L’audacieuse originalité d’ Abyss , qui exploite l’idée d’une vie extraterrestre inconnue non dans l’espace mais par-delà l’obscurité d’une faille de la mer des Caraïbes, était venue au cinéaste à la suite d’un cours au lycée, où il était question du premier homme capable de respirer en gardant du liquide dans ses poumons. Puis, des années plus tard, un documentaire saisissant du National Geographic , où des véhicules semi-submersibles téléguidés (ROV) foulaient le sous-sol atlantique, fit le reste.

Somptueux ballet

Le Monde du silence (1955), palme d’or à Cannes, eut un immense retentissement. Malgré tout, le film du commandant Cousteau et de Louis Malle, si décrié aujourd’hui, restait un peu à la surface, faute de technologie appropriée. Il faut attendre un must, la bataille sous-marine d’ Opération Tonnerre (1965), avec un James Bond en combinaison moulante et harpon, pour que, grands moyens en sus, le ballet devienne magique. La beauté irréelle d’ Océans , de Jacques Perrin, en est peut-être l’héritière.

Tourner sous l’eau peut virer au cauchemar. Pire encore qu’un Nicolas Vanier tentant de faire fonctionner sa caméra à – 40 °C dans le Grand Nord canadien. A l’époque d’ Abyss , les innovations de Cameron firent grand bruit. Sous-marins de poche, utilisation de la notion du fameux fluide respiratoire pour résister à des pressions colossales, et cuve de centrale nucléaire (12 m) remplie de milliers de litre d’eau chlorée. Ed Harris dut même porter des lentilles. C’était la préhistoire des effets spéciaux.

Site : http://www.sanctummovie.com/

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