Les folles obsessions de Christian Bale

Jusqu'au-boutiste avec son corps (une fois de plus) pour « Fighter », l'acteur gallois a reçu l'Oscar du meilleur second rôle.

A peine a-t-il eu le temps de se remplumer un peu pour faire bonne figure à Los Angeles que Christian Bale est reparti en Chine s’immerger dans les 13 Fleurs de Nanjing , un film de guerre de Zhang Yimou qui s’annonce délicat. Ses joues creuses en témoignent, 28 kilos en moins sur la balance pour Dicky Eklund, ex-toxicomane qui aide son demi-frère, le boxeur Micky Ward, à conquérir la ceinture poids welters ( The Fighter ). « J’adore les films qui me forcent à me salir, à me rouler dans la boue ou à tourner des heures dans des endroits insalubres », tenta-t-il dans un journal suisse en guise d’explication.

Quoi qu’il en soit, c’est peut-être grâce à sa présence hallucinée que Werner Herzog a pu adapter son propre documentaire, Little Dieter Needs to Fly (1998), mauvais souvenirs d’un pilote germano-américain contraint à la survie dans la jungle du Vietnam de 1966. « Même un film comme ça est drôle : les gens rient beaucoup. C’est merveilleux de voir ça », apprécie le cinéaste allemand.

L’expérience a pour nom Rescue Dawn (2006). Lâché dans les forêts thaïlandaises après le crash de son biplan, Dengler/Bale est rapidement capturé et interné dans un camp. Faisant siennes les privations du héros, l’acteur s’astreint à un régime sec, et hop, 30 kilos de perdus. Avec un sourire béat et une étrange lueur dans le regard, il mâchonne des vers bouche grande ouverte et langue tirée pour convaincre ses codétenus affamés de s’alimenter. « Bah quoi, ça vous dit pas ? »

28 kilos, serait-ce la limite d’usage ? Le même chiffre (63 pounds pour être exact) apparaît déjà sur les fiches « imdb » du Machinist (2004), où il incarne un ouvrier qui n’a plus dormi depuis un an. Une nouvelle expérimentation extrême. N’empêche, le tout additionné, Bale (1,83 m) y a laissé pas loin de 90 kilos en six ans, soit l’équivalent de l’ossature d’un solide gaillard, le rugbyman Jonny Wilkinson par exemple – 1,78 m, 89 kg.

« C’est une sorte de sentiment d’invincibilité plutôt idiot, du genre je peux le faire, je peux y arriver ”, dit-il alors. Je me suis vraiment senti comme si je touchais du doigt un absolu. Ce n’est pas loin de l’illumination. » Double inversé d’un De Niro en prenant 30 pour Raging Bull , lui les perd. Mention « d’après une histoire vraie » oblige.

Christian et ses « Baleheads »

Bref, le comédien-caméléon, loué pour sa créativité intense, est élu dans le « Top 8 des personnalités cultes de la dernière décennie » par le magazine Entertainment Weekly en 2004, notamment en raison du statut privilégié dont il jouit sur la toile : il possède même une cohorte de fans sévissant via Internet auto-intitulés les « Baleheads ». En 2000, il épouse l’actrice d’origine serbe Sandra « Sibi » Blažic, dont il a eu une petite fille, Emmaline, née cinq ans plus tard.

Repéré à 13 ans (parmi 4000 autres gamins) par Spielberg pour Empire du Soleil (1987), il explose dans American Psycho (2000), où il remplace Leonardo Di Caprio, alors pressenti pour le rôle d’un jeune yuppie serial killer. Mais la star de Titanic n’ose pas prendre le risque. Puis côtoie quelques maîtres, Terrence Malick ( Le Nouveau Monde ), Todd Haynes ( Velvet Goldmine , I’m Not There ), Herzog donc, chez qui son exigence et son approche radicale trouvent à qui parler. Ou Samuel L. Jackson sur Shaft : « Se faire traiter d’enfoiré par un gars tel que lui est un honneur. »

Pas étonnant que Michael Mann pense à lui ( Public Enemies , 2009) pour le compulsif agent fédéral Melvin Purvis, qui, œil fixe et intenable, traque inlassablement le braqueur de banques John Dillinger (Johnny Depp).

Pétage de plombs

Et se moule avec ferveur dans le costume de Bruce Wayne, série des Batman nouveau genre signée Christopher Nolan, dont The Dark Night (2008), aux côtés de Heath Ledger. Car le natif de Haverfordwest (Pembrokeshire), 37 ans déjà, peut passer « des centaines d’heures à se préparer pour des cascades » qu’il réalise lui-même, refusant les ballets chorégraphiés si en vue dans les films d’action made in Hollywood. Sur le Règne du feu (2002), au milieu d’une lutte avec des dragons, il se prend donc un méchant coup de boule de son partenaire, Matthew McConaughey malgré quelques cours dans une salle de boxe dublinoise afin de pouvoir « prendre le dessus ».

Même si parfois, en bon caractériel, ça dérape. Sur le tournage de Terminator Renaissance (2009), il insulte avec une morgue peu commune un technicien qui lui gâche une scène en passant devant la caméra. Comme tous les maniaques, Christian Bale est intransigeant, ce qui pose parfois quelques problèmes. Cette folle colère et le flot d’injures qu’il déversa firent un sacré buzz sur le net, où elles furent compilées et remixées. Bale dut s’excuser platement : « Personne n’aurait pu être plus choqué que je ne l’ai été à l'écoute de cet enregistrement. Mais vous pouvez vous moquer de moi : je l'ai bien mérité. »

Site : http://christian-bale.org/

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