Liam Neeson, un Irlandais à Hollywood

A l'affiche du thriller « Sans Identité », le gaillard de Ballymena séduit en quidam qui ne cède rien alors que tout s'effondre autour de lui. Une habitude.
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Alors qu’il doit donner une conférence à Berlin, le docteur Martin Harris est victime d’un grave accident de la route qui le plonge dans le coma. A son réveil quatre jours plus tard, il s’aperçoit qu’on lui a volé son identité. S’ensuivent courses poursuites échevelées et délires paranoïaques dignes du meilleur scénario d’espionnage à la Jason Bourne – c’est le but revendiqué du réalisateur, Jaume Collet-Serra. Car à bientôt 59 ans, le gaillard paraît plutôt en forme, et sa carrure fatiguée soudainement prise au dépourvu avait fait merveille dans Taken (2008), l’histoire d’un père cherchant à sauver sa fille victime d’un enlèvement.

Regard hébété, presque implorant, se débattant pour ne pas sombrer, Neeson excelle à mythifier des hommes du quotidien dépassés par les événements. A l’instar du Dr Alfred Kinsey, sexologue mis au ban pour ses recherches novatrices en la matière, ou bien sûr, Oskar Schindler sous la direction de Spielberg (qui l’avait aimé dans Maris et Femmes de Woody Allen). Peut-être pas du meilleur goût mais le comédien s’escrima brillamment à décrire les cheminements qui poussaient cet industriel allemand à dire non au régime nazi.

Depuis Gauvain, Chevalier de la Table ronde à l’armure étincelante dans Excalibur (1981), de John Boorman, sa haute stature (1,93 m) s’incarne dans les héros du cru, tels le rebelle écossais Rob Roy, jusqu’à Michael Collins (1996), de Neil Jordan, où il campe avec autorité, poing levé et verbe haut, l’instigateur de l’indépendance irlandaise.

Pivot des studios

Refoulé à l’audition de Princess Bride (1987), Rob Reiner l’imaginant plus grand pour mimer le géant Fezzik – lui furent finalement préférés les 2,13 m d’un champion de catch –, sa présence, imposante, reste incontournable à Hollywood, où ses prestations en font l’un des pivots des grosses productions.

Agenda rempli jusqu’en 2012, on le verra notamment en Zeus dans la suite du Choc des Titans . Si jouer est« vivifiant », sans être non plus une caricature d’acteur instinctif, Neeson va à l’essentiel « comme un chien sentant qu’il est l’heure d’aller pisser le matin ». Robert Mitchum aurait sans doute apprécié.

A l’inverse d’un Daniel Day-Lewis, qu’il a croisé sur les plateaux ( Bounty , Gangs of New York ), il empile les rôles, pas loin de 80 en trente ans de carrière. Et forcément, telle boulimie génère quelques impairs un peu oubliables ( Love Actually , L’Agence tous risques ), où il court le cachet. Mais Neeson fait le boulot et plutôt bien, même si ça ne lui plaît pas toujours, détestant être traité « comme une marionnette ». Grimé d’une perruque de longs cheveux blancs ( Star Wars , la menace fantôme ), qui lui donne de faux airs de vieux sages, d’un masque de super-vilain ( Batman Begins ), ou d’un uniforme de fervent croisé ( Kingdom of Heaven ).

Nominé à l’Oscar en 1994 pour la fameuse Liste , l’homme joue les premiers surpris : « Je ne croyais pas qu’un film avait le pouvoir de changer quelque chose. Mais après avoir vu ce qui s’est passé avec Schindler , j’ai réalisé toute la force que pouvaient avoir les images. »

Pas toujours convaincu néanmoins. « Il y a des matins où on se lève : Mais qu’est-ce que je fous là, j’aimerais mieux rentrer en Irlande pour conduire un chariot élévateur ”», plaisante-t-il.

Retour au pays bien-aimé

William John Neeson est né à Ballymena (comté d’Antrim) au début des années 50, d’une mère cuisinière et d’un père concierge d’une école catholique pour garçons. Manutentionnaire chez Guinness donc après s’être essayé à la boxe – nez cassé à 15 ans –, il multiplie les expériences, chauffeur routier, assistant architecte et même enseignant, avant de découvrir le théâtre en 1976, rejoignant une troupe de Belfast. La pièce The Risen People marque son entrée sur les planches. Deux ans plus tard, il file à Dublin, l’autre capitale, et y suit des cours d’art dramatique.

C’est d’ailleurs lors de ses grands débuts à Broadway, presque vingt ans plus tard, sur Anna Christie d’Eugene O’Neill, qu’il rencontrera Natasha Richardson, la mère de ses deux fils, décédée en 2009 après un accident de ski, alors qu’il est sur un tournage avec le Canadien Atom Egoyan.

En bon fils ayant réussi son émigration, il fait de petites incursions au pays, chez l’ami Jordan ( Breakfast on Pluto ), ou dans Five Minutes of Heaven (2009) d’Olivier Hirschbiegel, qui suit les retrouvailles mouvementées de deux acteurs des Troubles, victime et bourreau, trente ans après les faits. Masse de quiétude blasée et de culpabilité muette face à un James Nesbitt surexcité et éructant sa soif de vengeance. « J’ai bousillé sa vie, je comprends qu’il soit hors-de-lui. »

Et puis Liam Neeson, fait Officier de l’ordre de l’Empire britannique par Sa Majesté Elisabeth, est aussi pêcheur à la mouche.

Repères :

2009 : perd sa femme

2008 : Taken

1996 : Michael Collins

1995 : Pressenti en James Bond

1993 : La Liste de Schindler

1981 : Excalibur

1976 : Débuts au théâtre

1952 : Naissance en Irlande du Nord

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