« Thor » : le bain de jouvence de Kenneth Branagh

Dernier-né de la maison Marvel, le dieu du tonnerre fait voler son arme fatale, sous la houlette du cinéaste britannique (27 avril).

Durant ses jeunes années passées à Belfast, Kenneth Branagh aurait lu un comic book dont il est « tombé raide dingue. Le seul qui m’intéressait vraiment ». Thor. Scoop initié par Hero Complex , un supplément web du LA Times . Oui, enfin, pourquoi pas, mais on s’interroge. Serait-ce de s’être un peu trop habitué à la dégaine fatiguée de Wallander, qu’il trimballe nonchalamment dans des enquêtes policières un peu tordues ?

A la cinquantaine, le réalisateur (pas toujours) inspiré d’ Henry V (1989), Peter’s Friends (1992), et Frankenstein (1994) se heurte donc à la logique de la franchise Marvel. Si pas grand-chose n’a filtré, on nous promet du lourd, du très lourd, confirmé par la bande-annonce (pour ce que cela a de représentatif). Sans vouloir spéculer, il est à douter que le dramaturge britannique livre une version shakespearienne des tourments du fils maudit du royaume d’Asgaard.

Quoique. « Thor offre un univers épique où on voyage de mondes en mondes, des costumes venus d’ailleurs, des armes venues d’ailleurs, il y a donc un univers visuel incroyable », s’enthousiasmait-il au Comic-Con, en août 2010. Tout pimpant, Branagh enchaîne déjà un nouveau projet, The Boys in the Boat , l’histoire de l’équipe universitaire d’aviron de Washington, championne olympique aux Jeux de Berlin 1936.

Mécontentement

Certes, d’autres « auteurs » s’y sont frottés : Ang Lee (Hulk), Sam Raimi (Spider-Man), Bryan Singer (X-Men). Avec plus ou moins de succès. Quand le réalisateur de Brokeback Mountain avait voulu faire un « film de super-héros pour adultes », avec le ratage que l’on sait – « Ben, si je veux voir un film pour adultes, je vais voir un Sydney Pollack » –, Raimi, plus pragmatique, s’en était tenu aux émois de l’adolescent Peter Parker (900 M$ pour chaque épisode de la trilogie). Darren Aronofsky, engagé sur Wolverine 2 , a lui préféré laisser tomber.

Bref, recadré par la maison-mère pour un volume 2 fidèle au vrai Bruce Banner, bagarres bruyantes, onomatopées et frénésie d’action, le successeur d’Ang Lee, le Français Louis Leterrier, issu du système Besson, avait loupé l’examen d’entrée. Bide : 263 M$ de recettes au BO mondial pour un investissement de 150 (ratio de 245/140 chez Lee en 2003). Comparé à un Iron Man (2008) d’honnête facture (pour une production Marvel), le Hulk 2 était quand même assez nul. Le public habituel ne s’y est pas trompé : bouche-à-oreille catastrophique.

Pas contents, mais alors pas contents du tout, les pontes du studio. C’est peu dire qu’entre producteurs et metteurs en scène, le bras-de-fer ne tourne pas souvent à l’avantage de ces derniers. Ainsi de Matthew Vaughn remplacé au pied levé par Branagh, propulsé joyeusement aux manettes de son premier film fantasy . « C’est un univers plein de vie », dit-il. Et puis ce sont les fans qui ont toujours le dernier mot. D’après les chiffres donnés par Marvel, 76 % des enfants américains, âgés entre 6 et 17 ans, ont déjà lu une de leurs histoires. Et attention à la trahison de l’original.

Un avenir chez Marvel ?

Bon, après ses frasques bodybuildées dans Troie , Brad Pitt était sur les rangs. C’est finalement un Australien de 27 ans, Chris Hemsworth (1,91 m, longue chevelure blonde rajoutée, mâchoire carrée), qui a été choisi. Il sera assisté de la guillerette Natalie Portman (Jane Foster) et d’un Anthony Hopkins bougon (Odin).

Envoyé sur Terre, notre dieu banni est vite confronté aux usages peu amènes du genre humain. Invité par ses nouvelles copines (Portman donc/Kat Dennings) – « pour un SDF cinglé, il est plutôt canon » – dans un fast-food, Thor découvre les joies du « breuvage » du XXIe siècle et balance violemment son gobelet en éructant – « un autre ! » –, sous les regards circonspects des clients.

Quel avenir réservera-t-on à l’homme au marteau ? Si Branagh veut pouvoir s’offrir une suite, le minimum légal est souhaitable, disons 400 -500 millions de gains. Le budget n’a apparemment pas dépassé les normes habituelles (150 millions). Car seules les stars en latex les plus « bankables » du catalogue seront reconduites – le créateur des bébêtes Marvel, Stan Lee, a donné vie à 5000 personnages. Avant de lancer les Avengers en 2012, les résultats de l’été seront donc cruciaux ( X-Men en juin, Captain America en juillet).

Verdict : 27 avril (6 mai aux Etats-Unis).

Site : http://www.thor-lefilm.fr/

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