Les secondes vies de John Carpenter

John Carpenter a très souvent été boudé par l'industrie. Ironiquement, bien peu de réalisateurs auront droit à autant de suites et de remakes que lui.

Carpenter s’est fait connaître mondialement en 1978 grâce au suspens d’horreur Halloween, un succès tant sur le plan critique que commercial. La modeste production, environ 320,000 dollars, fait toujours partie d’une courte liste des films indépendants ayant rapporté le plus d’argent. À peine quelques mois après sa sortie, Halloween suscite déjà assez d’intérêt pour qu’une suite soit mise en chantier. Craignant un manque de liberté artistique, le réalisateur prodige n’agira qu’à titre de scénariste et de coproducteur. Pour le 3ème opus, il change complètement de direction en éliminant le personnage principal de la saga, Michael Myers le tueur sans visage. Mais Halloween III frise le désastre financier et il n’en faut pas d’avantage pour que Carpenter se voit retirer définitivement les rênes de la série. Une nouvelle suite est alors produite à la hâte, adéquatement intitulée Le retour de Michael Myers. À présent, la franchise compte huit chapitres originaux ainsi que trois remakes, dont le plus récent prévu pour l'automne 2012.

Un à la suite de l’autre

31 ans après Howard Hawks, soit en 1982, John Carpenter adapte à son tour la nouvelle de science-fiction « Who Goes There? » par John W. Campbell Jr. Aujourd’hui considéré comme un véritable film culte, The Thing a néanmoins connu une performance décevante au box-office, en plus d’avoir été banni en Finlande lors de sa sortie, et a valu à Carpenter d’être congédié par Universal Pictures. Comble de l’ironie, un prequel (épisode relatant ce qui s’est déroulé AVANT), également distribué par Universal Pictures, a pris d’assaut les salles de cinéma juste à temps pour l’Halloween de cette année.

Au nombre des suites inutiles s’ajoutent Starman (1986) sous forme de série télévisée et Vampires: Los Muertos (2002), une pâle imitation de son prédécesseur.

Encore et encore

Plusieurs autres films de son corpus ont aussi subi une cure de rajeunissement à la manière hollywoodienne, avec des résultats pour le moins discutables. Il suffit de penser au remake de The Fog (2005) ou de Assault on Precinct 13 (2005) pour remettre en question la pertinence même de ces productions. Car John Carpenter a toujours opté pour une approche simple, voir minimaliste, qui contraste avec les aspirations commerciales du système hollywoodien. L’histoire l’a prouvé à maintes reprises : une bonne idée ne se bonifie pas nécessairement si on y met plus de moyens, bien au contraire. D’autant plus que la créativité est très souvent compromise par l’appât du gain. Alors pourquoi s’acharner à refaire des films obscurs et sans prétention, surtout si leur succès commercial est loin d’être assuré? Sans doute pour les faire découvrir à un public de plus en plus jeune, avide de nouveauté et pour qui les dernières décennies appartiennent à un lointain passé, alors qu’il suffirait de visionner les versions DVD restaurées pour en apprécier tout le charme et la simplicité.

À voir prochainement

Avec des nouvelles moutures de They Live, Escape from New-York et probablement Christine, toutes à différents stades de pré-production, John Carpenter est peut-être sur le point de devenir le réalisateur (américain du moins) ayant subi le plus grand nombre de suites et/ou remakes de toute l’histoire du cinéma. Il s’agirait d’un record au goût plutôt amer pour quelqu’un dont l’œuvre n’a jamais été reconnue à sa juste valeur.

À ceux qui s’intéressent encore à ses films originaux, son 20ème long-métrage intitulé The Ward est maintenant disponible en vidéo. De quoi patienter en attendant la suite ou le remake.

sources: imdb.com

Sur le même sujet