Les idées de « vanité » et de « divertissement »

Les idées de « vanité » et de « divertissement » dans l'Ecclésiaste et les Pensées.
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Un leitmotiv parcourt la parole de l’ Ecclésiaste : « Tout n’est que vanité et poursuite du vent ». Quoi que nous fassions, il n’en reste rien « sous le soleil » (en ce monde). Ainsi en est-il du travail, de l’effort d’être heureux et juste, de l’accumulation de richesses matérielles, de la joie et de la peine, en somme chacune des expériences possibles de la vie sur terre. Tout cela est voué au néant. En effet, sous le soleil, tout est éphémère, puisque tout ce qui vient à naître vient à mourir. L’ecclésiaste insiste sur ce caractère vain, vide, frivole et futile de l’existence humaine. Celle-ci est prise dans un éternel recommencement, un circuit fermé de la vie au néant, et du néant à la vie qui ne permet « rien de nouveau » et qui réduit nécessairement tout acte, toute parole, toute entreprise, à la poussière et à l’oubli.

L’homme ne maîtrise rien, il est le jouet des circonstances, de la bonne ou mauvaise fortune, sur laquelle il ne peut avoir prise. De plus, il est voué à mourir, cette mort peut advenir à n’importe quel moment, et il n’emportera rien de ce qu’il a acquis dans le « séjour des morts » qui est son ultime destination. Il est comme pris au piège dans cette existence inconsistante qui, par essence, n’accueille rien qui ne puisse avoir de valeur éternelle.

C’est là la vanité de l’existence terrestre et des choses humaines.

L’homme alors ne peut que faire preuve d’humilité devant tant d’inanité et d’ignorance, et la seule solidité à laquelle il peut prétendre est de craindre Dieu et d’observer ses commandements. « C’est là tout l’homme. » En effet, le simple principe de toute vraie sagesse est de s’en remettre humblement, soumis et obéissant, à celui qui sait tout et gouverne tout, parce que « Dieu amènera toute œuvre en jugement ».

La vanité, au sens de Pascal, est le désir de se faire valoir à ses propres yeux et à ceux des autres, par et dans la possession de choses matérielles, par les honneurs et la richesse. C’est aussi un amour-propre démesuré conjugué à une imagination débordante. Pourtant, il s’agit d’une illusion, et c’est donc un mal, de croire que c’est la possession et la conquête qui rendent heureux. En réalité, c’est la quête, autrement dit la recherche, qui évite à l’homme d’être malheureux. L’activité, l’affairement, les loisirs, le travail, les mondanités, bref toute chose qui occupe l’homme, qui le tracasse et qui l’absorbe, sont autant de moyens de le détourner de sa nature véritable, qui est misérable, faible et mortelle. Aussi, l’homme, par le divertissement , a trouvé un bon moyen de ne point penser à son effroyable condition. Il lui faut absolument occuper son esprit, se charger de quelque affaire, s’agiter de diverses manières et se fixer des objectifs qui mobiliseront toute son attention, pour ne surtout pas se retrouver, inconsolable et malheureux, face à la dure et triste réalité de la condition humaine. Etre privé de divertissement c’est en effet être livré à soi-même et au sentiment de son néant. Et même le plus puissant des rois, s’il n’est diverti, sombre dans la plus profonde tristesse. En ce sens le divertissement pascalien délivre de soi et détourne du tragique insoutenable de notre existence. C’est une échappatoire et un besoin vital. C’est le contraire de l’ennui qui, lui, est, dans le système de Pascal, synonyme de confrontation avec son propre néant, donc de désespoir et de grande tristesse.

« L’homme, quelque plein de tristesse qu’il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer en quelque divertissement, le voilà heureux pendant ce temps-là ; et l’homme, quelque heureux qu’il soit, s’il n’est diverti et occupé par quelque passion ou quelque amusement qui empêche l’ennui de se répandre, sera bientôt chagrin et malheureux ».

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