BulletStorm, sortez couvert...

Jamais le titre d'un jeu n'aura été aussi bien trouvé. Et il faudra bien plus qu'un parapluie pour se protéger de cette averse qui vous est réservée.

Il existe des essences dans le jeu vidéo qui agiraient presque comme des madeleines de Proust. En reposant son gameplay sur l'art subtil de la boucherie, Epic Games et People Can Fly nous rappellent aux bons souvenirs des précurseurs et des ténors du genre. Il n'est pas étonnant, alors, sous une pluie de balles, de recevoir des averses de références dans le visage. Ambitieux, BulletStorm ne se donne pourtant que les moyens d'évoquer un genre et non de s'y imposer.

Crimes et châtiments

Imaginez un peu Han Solo se réveillant dans les bras de Chewbaca sur la table de consultation de l'infirmerie du Faucon Millénium au lendemain de soirée un peu trop arrosée et vous toucherez du doigt la vie trépidante de l'équipe de pirates de Grayson Hunt. Trash et cash, le héros n'hésite pas à noyer ses envies de vengeance dans l'alcool, ce qui ne manquera pas de l'entraîner, lui et son équipe, directement en enfer. Une planète dont les habitants rivalisent d'atrocités, de violence et de férocité. Rien de tel pour planter le décor d'un jeu qui remet au goût du jour le FPS fun et bourrin. Alléchant, tous les prétextes sont bons pour pulvériser, exploser et mutiler vos ennemis. Cela peut prendre la forme des armes dévastatrices mises à votre disposition comme de votre lasso électromagnétique ou votre 44 fillette. Autant de possibilités offertes pour réaliser des massacres de masse et obtenir un maximum de points d'améliorations pour faire évoluer votre armement ou le réapprovisionner en munitions. Avec son gameplay, son univers, ses dialogues et son scénario, BulletStorm se dote d'une personnalité à part. Cela ne l'empêche pourtant de multiplier les références pour certains précurseurs du genre comme Serious Sam (quand des gars armés de ceintures explosives se jettent sur vous en hurlant), Painkiller (pour les rencontres avec des boss géants) ou encore TimeSplitters (pour les traits d'humour ou l'arsenal). Qui pourrait croire alors qu'il soit possible de se perdre à force de se frayer un chemin à grands coups de pieds ?

Guerre et Paix

Après quelques heures passées en compagnie des ex-membres de l'équipe Dead Echo, il s'avère que le potentiel n'est pas aussi approfondi qu'il le pourrait. L'équipe de développement touche du doigt un concept intéressant, mais se contente de caresser la surface. Du coup, les habitudes et les réflexes appris, la répétitivité des affrontements s'impose petit à petit. Certes, les références sont plaisantes. Cela dit, ce manque d'approfondissement laisse la place à quelques regrets. Se contenter de l'environnement, du lasso et du coup de pied pour multiplier les bonus finissent par ennuyer. Et, au final, l'adrénaline sera plus conséquente en se jetant à corps perdu dans les échauffourées plutôt que de réfléchir au meilleur moyen d'enchaîner les points. Il n'est pas question pour autant de mauvaise volonté ou d'une implication minimale, la richesse et les capacités du titre sont bien présentes. Néanmoins, certains aspects laissent penser que ce potentiel n'a pas été exploité comme il aurait pu le laisser entendre à l'image du contenu annexe comme le mode Echo et du multijoueur qui sont loin de proposer ce qui se fait de plus complet. Ce manque de variété trouve trop vite ses limites. L'ensemble prouve que le concept de skill points a été préféré au reste, puisqu'il représente la base centrale du gameplay. A la fois pierre angulaire et épée de Damoclès, tout le monde ne se retrouvera pas dans ce parti pris.

Le soldat méconnu

BulletStorm est un titre ambitieux à la hauteur de la réputation de studios comme People Can Fly et Epic Games. Riche de ses multiples références et inspirations, il parvient également à imposer sa propre personnalité. Cela dit, il n'assume pas complètement ses choix ce qui limite la portée de son gameplay. Compensé par des personnages charismatiques, un anti-héros obsédé par la rédemption et des dialogues aussi crus qu'efficaces, les nostalgiques de l'époque des FPS gras et gores trouveront leur compte l'espace de ce que nous espérons être un premier épisode.

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