Crysis 2, l'état de crise

Crysis 2 était certainement trop attendu. Comme un athlète sur les épaules duquel trop d'espoirs de médailles sont fondés, il a fini par craquer...

Ils sont nombreux à dire que la première fois est importante et qu'elle conditionne la bonne évolution des expériences futures. Ils sont déjà moins nombreux à prêter attention à la deuxième occasion qui, pourtant, permet généralement de concrétiser une bonne impression ou de tempérer finalement ses ardeurs. Un peu comme si, après une sortie de limousine réussie, vous vous preniez les pieds dans le joli tapis rouge sous le crépitement des flashs. Tout le monde n'a pas le réflexe, comme Crysis 2, de mettre les bras en avant pour amortir la chute...

La phobie des grandeurs

La claustrophobie est certainement le malaise qui a précipité cette sortie. Jamais un jeu n'aura dégagé une maniabilité et une ambiance aussi pesante. Le premier épisode vous plaçait dans une nano-suite qui épousait votre corps, qui faisait partie intégrante de votre anatomie. Dans ce second opus, elle s'est métamorphosée en armure de combat à tel point que vous avez presque l'impression de conduire un char d'assaut. Elle vous donnerai presque l'impression d'étouffer là où elle vous donnait des ailes précédemment. Etablir l'aire de jeu en pleine mégalopole était une excellente idée. Compte tenu de la liberté offerte lors de l'expérience passée, il y avait de quoi se réjouir de pouvoir s'amuser dans les rues de New-York. Seulement dans la pratique, vous vous retrouvez encerclé d'immeubles qui délimitent une zone de combat et la progression consiste à évoluer de l'une à l'autre en empruntant un couloir d'accès. La nanotechnologie développe donc pour l'occasion la capacité spéciale d'ultra linéarité qui rend très vite l'aventure barbante, le scénario n'étant d'aucun secours malheureusement. Vous évoluez d'une carte à l'autre, usant de votre camouflage et de votre blindage pour démonter les ennemis en chemin. Ces derniers ont beau avoir une intelligence artificielle précise et féroce, ils sont la plupart du temps incapables de s'en service si vous savez gérer votre barre d'énergie correctement. Sans compter que les options d'améliorations de votre combinaison font plus preuve de gadgets anecdotiques que d'une réelle utilité de confort et de performance. La contre-partie des fonctions disponibles est totalement déséquilibrée en rapport avec la surpuissance de l'invisibilité. La diversité n'est pas non plus à la fête en ce qui concerne les obstacles qui vous barreront la route. Vous rencontrez toujours les mêmes marines, les mêmes aliens à tel point que vous savez tout de suite comment aborder la situation quel que soit leur nombre. Effectivement, Crysis 2 vous colle une grosse claque, mais c'est une bonne grosse déception qui vous dévisse la tête. Quant à l'irrégularité graphique qui oscille entre le magnifique (lors des scènes cinématiques) et l'aliasing (lors du jeu), elle agit comme du bromure. En fin de compte, alors que vous prépariez à déguster l'expérience par petites bouchées comme on déguste des macarons, vous finissez par déglutir difficilement d'écœurement à chaque bouchée.

Fantasme Particulièrement Simple

Crysis 2 n'est pas le premier jeu (ni le dernier) à céder à cette lubie de dénaturer un potentiel pour coller au mieux aux codes d'une mode actuelle sur le marché. Et il ne fait d'ailleurs aucun doute que le succès commercial de la licence sera bien au rendez-vous. Car, malgré l'égarement dont fait preuve l'équipe de développement, ce FPS (First Personal Shooter) totalement classique reste tout à fait convenable et efficace. Il renie sa filiation, mais propose sa dose de munitions et de plaisir. Les zones de combat permettent d'appréhender les combats, de repérer les meilleures positions et de connaître quelques contacts d'envergure. Lassant dans les déplacements, dynamique dans les affrontements, les situations confirment votre statut de machine à tuer. Il est difficile de trouver d'avantage de qualités à ce titre qui renie complètement ses origines. La liberté d'évolution est restreinte. Le nombre d'ennemis est pitoyable, alors qu'il conditionnait l'emploi des différentes possibilités de votre nano-combinaison précédemment pour les exploiter complètement. Désormais, la mise en pratique de vos potentiels est devenue trop grossière, maladroite, inefficace, optionnelle. La qualité graphique flattait les rétines, alors qu'à présent elle ne provoque tout juste qu'un battement de cils. Le multijoueur, par contre, bien que très classique également, trouve son salut en proposant des situations et des affrontements entre joueurs qui permettent de mieux gérer les possibilités. A croire qu'encore une fois ce mode ait été privilégié plus que le solo. Crysis 2 n'es pas exceptionnel. Il est simplement un FPS dans la moyenne de ce qui fait de mieux. C'est bien la source de cette immense déception.

Sur le même sujet