Dragon Age 2, le visionnaire brisé ?

Il semblerait que le sang du dragon ait du mal à circuler dans ce nouvel épisode. Et si le problème venait de cet entêtement à la comparer ?

Après une arrivée plutôt remarquée avec Dragon Age : Origins, autant dire que ce deuxième opus était très attendu des convertis. Et, il faut avouer que sans les nombreux rappels à l'ordre de la presse spécialisée à l'égard de cet épisode, l'aventure pourrait paraître différente, mais agréable. Or, en guise d'évolutions, les joueurs sont plutôt confrontés à des régressions. Race de héros unique, linéarité accrue, gameplay dépouillé, influence minimale, quêtes redondantes, évolution d'inventaire superficielle, aspect tactique effacé, facilité accrue, aires de jeu claustrophobes… Les griefs sont non seulement nombreux, mais aussi accablants. Et tandis que Bioware restait fidèle à son don pour le RPG moderne avec le dernier enclin, ce nouveau plongeon dans l'univers de Dragon Age semble suivre à la lettre l'accroche figurant à l'arrière de la jaquette d'Origins : "une fresque obscure et tragique". Seul son sens change… Tout n'est pas noir pourtant, puisqu'au premier abord, même si le virage réalisé est bien palpable, la déception n'est pas le premier sentiment que domine quel que soit la version (console ou pc) que vous choisissez. L'innovation plus axée sur l'action transfère de l'œil tactique de l'expert des champs de bataille au bras armé du guerrier. L'apparition des coups spéciaux rend les combats plus dynamiques (ou un peu plus dénués de subtilité selon le point de vue). Le scénario, l'orientation des dialogues, les arbres d'expérience sont autant de critères qui vous ramènent sur des terres familières. Ainsi, les défauts pointés du doigt ne vous sautent pas immédiatement au visage. Qui plus est, l'expérience de jeu est réellement différente en fonction des versions concernées.

Les frères ennemis

Dragon Age : Origins proposait déjà une version X360 catastrophique par rapport à la version PC. La question se posait donc légitimement pour cette suite. Et si l'écart de qualité graphique s'est réduit entre les deux, l'expérience proposée est clairement différente. Sur PC, la rupture avec l'aventure précédente en termes de gameplay est beaucoup plus lissée. Tandis que sur console, le célèbre RPG glisse, il est vrai, carrément plus vers le hack'n slash aux échos de jeu de rôle. La rupture beaucoup plus conséquente a de quoi déstabiliser, c'est certain. Il se trouve effectivement d'autres points qui marquent la distinction dans le contenu que nous propose Bioware. Et le choc des versions la met encore plus en évidence. Manette en main, vous prenez carrément part aux combats, mettant au second plan la gestion stratégique. Le virage emprunté choque donc beaucoup plus sur le support de salon, encore une fois, même si la raison est toute autre. Pourtant, elle n'en est pas pour autant traumatisante. Calomnie pour certains, le dynamisme mis en avant fait partie de cette même politique qui propose une expérience différente à l'image de Mass Effect 2 pour citer un titre du même développeur. De nos jours, il n'est pas rare de voir des licences déroger à leur genre de prédilection pour coller au plus près des aspirations majeurs du marché ou aux nouvelles orientations que veulent explorer leurs créateurs. Bioware semble vouloir appliquer une politique particulière de remise en question des acquis, quitte à proposer des visions radicalement différentes d'un épisode à l'autre.

La part des choses

En se basant sur les sentences des spécialistes prononcées à l'encontre de Dragon Age 2, celui-ci n'aurait eu aucune chance de survivre à la cérémonie des Ombres, le sang des engeances lui étant forcément fatal. Il est bien souvent difficile de suivre et de comprendre les choix des équipes qui œuvrent derrière les titres. Cela l'est d'autant plus lorsque la première expérience était aussi savoureuse. La comparaison nuit forcément à cette suite. Alors qu'en fin de compte, il faudrait appréhender ce nouveau scénario parallèle comme une nouvelle approche de l'univers de Dragon Age avec tout ce que cela peut apporter de désillusions, mais aussi de surprises. Après tout, en faisant abstraction de ce qui fût, l'expérience peut tout de même s'avérer intéressante et plaisante.

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