Fable, l'odyssée perpétuelle

Quand l'ambition et la vision d'un homme transforme l'appréhension du jeu d'aventure...

S'il existe des histoires à dormir debout, les promesses de Fable étaient plutôt du genre à vous faire passer des nuits blanches tout excité de pouvoir vivre une expérience et une aventure dessinées par les propos enthousiastes de Peter Molyneux. Fable, la promesse d'un rêve trop beau pour être vrai ou quand l'ambition d'un homme se heurte à des impératifs techniques et financiers castrateurs…

Le syndrome SNCF

Difficile de pouvoir contester l'ambitieuse démesure de cette série. Véritable concrétisation virtuelle "des livres dont vous êtes le héros", cette volonté de confronter le joueur aux conséquences de leurs actes est une véritable obsession bien antérieure à Fable en ce qui concerne Lionhead et Sir Molyneux. Rien qu'à l'époque de Black & White, où l'influence de l'éducation sur une créature divine, les prémices d'un projet beaucoup plus conséquent étaient posées pour étendre le concept à un univers tout entier. Façonner un monde selon sa volonté, ses envies, ses humeurs… Un chantier pharaonique qui laissait déjà entendre qu'il faudrait s'armer de patience et de persévérance pour assouvir de telles aspirations. Car malgré les meilleures volontés, Fable a toujours eu un train de retard sur ses prétentions…

Love Autopsy

A chaque fois, il faut avouer que les chapitres ont payé le prix de la ferveur de leur créateur. Le premier épisode manquait son rendez-vous en accordant beaucoup trop d'importance à l'influence des choix et des actes sur l'évolution du personnage (surtout physiques d'ailleurs). Certes, le gameplay s'avérait innovant et l'expérience unique. Mais la trop grande linéarité de l'aventure et le peu de liberté accordée en parallèle contrastaient par rapport aux possibilités dépeintes à l'origine, laissant un goût amer d'œuvre inachevée. C'est avec l'arrivée du deuxième volume que le précédent est apparu comme un premier jet sur lequel s'était appuyé l'équipe de développement pour combler les lacunes. Jusqu'alors il s'agit sans aucun doute de l'épisode le plus abouti. Reposant donc sur les acquis de Fable 1er du nom, cette seconde tentative a développé l'univers, rendant l'exploration plus libre et les possibilités plus nombreuses… Une aventure nettement plus appréciable. Beaucoup s'accordent d'ailleurs à dire que le niveau de cet opus aurait dû être celui du premier. Si seulement Lionhead s'en était tenu à cette logique, le troisième volet nous aurait donc entraîné au cœur d'une expérience unique, riche et sans commune mesure. C'était sans compter sur cette volonté constante d'améliorer le concept. Du coup, en adoptant une nouvelle vision, les compteurs étaient en quelque sorte remis à zéro. Le studio effectuait en partie une table rase de ses acquis.

De l'art de la terre brûlée

Il est facile de suivre la logique qui s'est imposée aux esprits. Pour modeler un monde, qui d'autre de mieux placé qu'un chef d'état, qu'un monarque pour imposer ses idées ? L'intention était là. Or, elle souffre encore de l'inachevé. Dans une aventure en deux parties, où vous incarnez un prince, la déception guette à la croisée des chemins, malgré la présence du meilleur d'Albion. Dans un monde pourtant plus vaste, rien n'est vraiment dépaysant. Vous reprenez vos marques rapidement dans une nouvelle histoire. Les anciens démons réapparaissent avec une linéarité latente qui vous fait traverser le scénario principal à toute allure. La durée de vie apparaissant toujours aussi ridicule par rapport aux prétentions d'un tel titre. Et si vous vous efforcez de remplir les quêtes annexes pourtant nombreuses, leur similitude et leur intérêt limité deviennent très vite lassants. Quant à la deuxième partie, elle manque de profondeur. Elle vous impose de réaliser des choix distincts, brutaux, frustrants qui sont, à la limite, en totale contradiction avec l'esprit que veut véhiculer Fable. Un goût d'inachevé corrompt une nouvelle fois le plaisir du jeu. Vous vous retrouvez encore une fois devant une sorte de test grandeur nature, une version bêta, mal dégrossie qui laisse perplexe tellement elle reste en décalage.

Un potentiel inexploité

L'intransigeance et la dureté des propos n'a d'égale que la déception ressentie face à un potentiel aussi mal exploité. Beaucoup trop d'incohérences jonchent les pas de notre héros. Les missions secondaires redondantes vous poussent à dévorer une histoire principale en deux temps. La gouvernance du pays trop basique vous fait ensuite regretter de ne pas avoir fait preuve de plus de patience. Fable III vous plonge dans le regret. Il vous fait dire que Peter Molyneux devrait peut-être s'emporter un peu moins lorsqu'il parle de ses projets. Il devrait aussi demander des avis plus impartiaux que ceux de ses enfants quand il est question de ses titres. Cela pourrait lui sauver la mise à l'avenir. Rien n'est mauvais dans ce qu'il nous propose. Simplement, ce n'est pas aussi excellent qu'il voudrait bien nous le faire croire. La faute à un certain manque de temps certainement…

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