La destinée du Royaume d'Amalur

Reckoning prend bien garde à ne pas se brûler les ailes en volant trop près de l'astre Skyrim, arrivera-t-il pour autant à prendre assez d'altitude ?

Il est très difficile d’échapper aux comparaisons. Que ce soit dans les réunions de famille ou dans les vestiaires, il y aura toujours une référence à laquelle se jauger. Dans le cas du Royaume d’Amalur : Reckoning, le sillage de Skyrim était inévitable. A défaut de pouvoir surpasser le maître, la production d’Electronic Arts et Big Huge Games profite de l’occasion pour aiguiser ses armes, humbles, mais efficaces.

Œil pour œil

Certains pourraient trouver le rapprochement avec le titre de Bethesda Softworks ridicule tellement un écart de classe le sépare d’avec Reckoning. Pourtant, la leçon n’est pas aussi cuisante que cette remarque pourrait le laisser penser. Certes, les limites techniques du jeu sont atteintes plus rapidement que le modèle du genre. A l’image des graphismes, nous nous retrouvons quelques années en arrière. Néanmoins, l’ensemble reste très agréable avec des inspirations qui semblent parfois flirter avec les tendances d’un certain Dragon Age. Là où le résultat tend vers le photoréalisme d’époque dans Skyrim, Reckoning nous offre la fantaisie de l’héroïque. Cette différence décale le jeu dans une sorte de pseudo mode rétro particulière qui n’est pas dénuée de charme, loin s’en faut, certaine de faire un malheur... Il y a quelques années. Il se dégage de l’ensemble une simplicité qui est à la fois le cœur du titre et son épée de Damoclès. Efficace la plupart du temps, elle se révèle plus litigieuse sur d’autres aspects, plaçant le résultat à la limite de la faute fatale. Or, il semblerait que l’équipe de Big Huge Games sache manier les armes à double-tranchant suffisamment adroitement pour ne pas s’amputer d’un membre vital. Même venu d’une autre époque, Kingdom Of Amalur propose une partition qu’il assume jusqu’au bout, révélant une richesse intérieure fort intéressante.

Main dans la main

Preuve que l’opération de séduction officie à la perfection, le jeu parvient à faire passer une pilule là où d’autres n’ont réussi qu’à provoquer étouffements à répétition. Fier de la cohérence de son univers et de l’histoire tissée autour (qui reprend tout de même les principes scénaristiques de Dragon Age), il s’appuie majoritairement sur deux références dans son contenu : Skyrim et God Of War. Pari plutôt osé, voire culotté, d’emprunter certains principes de gameplay du titre de Sony Computer Entertainment comme le mode divin ou l’enchaînement des coups. D’autres ont été littéralement écorchés vifs en place public pour ce même crime, sans prendre en compte le travail récurrent fourni autour pour leur défense. Il faut croire que le nombre d’armes à votre disposition, l’intégration de la magie et leur progression possible ont su adoucir leur courroux. En ce qui concerne le rapprochement avec les principes de Bethesda Softworks, nous retrouvons étrangement la même évolution libre dans un monde ouvert (avec les mêmes déplacements rapides), les possibilités d’accéder soi-même à la forge, à l’alchimie et aux gemmes, l’acquisition de certains attributs par la lecture, le crochetage de serrure (beaucoup plus simple, même en difficile), le choix de la destinée… Bref, il semblerait qu’une jaquette ne soit pas tombée très loin de l’équipe de développement. Et pourtant, malgré les regards appuyés au-dessus de l’épaule de ses voisins, le Royaume d’Amalur impose son style à travers des concepts percutants.

Les meilleures intentions

A travers les possibilités d’expérimenter les différentes plantes pour trouver certaines concoctions, de désassembler et réassembler les éléments d’armures et d’armes pour forger un matériel plus puissant, de créer et sertir des gemmes pour améliorer les effets sur vos performances, par rapport aussi à la pluie de quêtes (principales, secondaires, de clan) qui s’abat sur vous au moindre pas, un bestiaire varié, le choix de votre évolution (tant dans le choix de votre héros, de sa destinée et de l’attribution des points d’expérience dans des capacités qui débloquent des compétences inédites), Reckoning révèle une richesse particulière qui lui octroie une personnalité propre et des idées très intéressantes. Alors, effectivement, le jeu se repose allègrement sur des principes qui ont déjà fait leur preuve, quitte à souffrir des mêmes maux à l’image des pages de chargement très régulièrement à mesure que vous enchaînez déplacement rapide et entrée dans les endroits clos. Il se permet d’effleurer la surface, profitant d’une simplicité qui aurait très bien pu se révéler plus dévastatrice que bénéfique. Mais il fait preuve d’une bonne volonté qui aide à pardonner ses inspirations faciles. Il offre une aventure, qui n’est certes pas au niveau de la référence du genre. Cela dit, dans le cadre d’un Action-RPG, la recette reste savoureuse pour les amateurs avertis. Le charme et l’atmosphère sont particuliers, mais le plaisir d’y prendre part est bien présent.

Remerciements à Electronic Arts.

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