La notation des jeux vidéo est-elle devenue obsolète ?

A l'heure où vos sites préférés vous racontent ce qu'ils veulent, argumentant leur position à leur bon vouloir, la question ne manque pas d'intérêt.

A croire que ce genre de sujet ne soit pas suffisamment intéressant pour notre élite professionnelle si prompte à donner son avis sur des sujets redondants. Il semblait adéquate de poser cette question au regard du déséquilibre de plus en plus flagrant dans les verdicts d’un milieu beaucoup trop replié sur lui-même. Attitude ô combien paradoxale pour un média qui rêve de repousser les limites de sa reconnaissance ! Ce sujet ne se verra donc pas alimenté par l’intervention des concernés en la matière, trop occupés qu’ils sont certainement à soigner leur popularité et leur fréquentation si précieuses, s’admirant toujours un peu plus le nombril sur leur Mont Olympe…

Les notes ont-elles toujours un intérêt ?

A la question "les notes sont-elles devenues obsolètes", une affirmation s'impose d'elle-même de par la nécessité d'informer les utilisateurs, les joueurs, sur la qualité générale d'un titre. Maintenant (et c'est là tout l'intérêt de la question) s'il est certain qu'il faille se reposer sur un système d'appréciation, il n'est pas forcément évident de devoir se fier à une évaluation aussi scolaire, surtout avec les évolutions qu'a connu l'industrie du jeu vidéo depuis ses débuts. Difficile aujourd'hui d'appréhender un soft selon les mêmes critères de base qui régissent le principe des tests depuis leur apparition. Et pourtant… Même si les nouvelles notions d'immersion, de réalisation, de scénario et de mise en scène (entre autres) sont apparues dans les critères qui entrent en jeu, jusqu'à présent ils ne sont venus que se greffer à un ensemble d'éléments. Cela pourrait laisser penser que le processus n'a pas progressé dans le fond depuis qu'une certaine presse s'est donnée pour devoir d'apprécier les différents titres lancés sur le marché. Sur la forme, néanmoins, le média délaisse désormais cette adhérence à la notation de la qualité générale pour favoriser la justification de l'achat. Une différence s'opère alors dans le traitement et l'expertise, car, là où l'argumentation autour de critères précis ne laissent pas beaucoup de marge de manœuvre, s'intéresser à développer un avis plus subversif reposant sur des impressions et des sensations a alimenté, à terme, une dérive et une perte des repères certaines.

Objectivité, notation : même combat

Au bout du compte, il suffit de lire quelques articles pour s'apercevoir que nous en revenons toujours à la même histoire, à savoir que la presse spécialisée est en proie à un déséquilibre, un déficit d'objectivité qui ne sont nullement requis par d'éventuels impératifs professionnels. Rien n'engage les "journalistes" à observer une éthique bien ancrée, ce qui explique le manque de constance équitable dans les tests diffusés. Fréquemment, il est possible de noter des jugements à deux poids deux mesures, des jeux se voyant reprochés des détails qui ne sont pas retenus pour d'autres. Enorgueillis d'un statut de journaliste qu'ils ne doivent qu'à une rémunération sur leur spécialité, leurs penchants pour le communautaire, la popularité, l'affluence et les clics pèsent sur une rigueur, une réflexion et une sincérité qui deviennent bien trop rares. Finalement, la seule différence qui puisse distinguer leurs avis des meilleurs articles anonymes livrés gratuitement dans leur communauté reste l'exclusivité dont ils bénéficient. Et de ce chaos de ressentis personnels dénués de toute expertise approfondie, le seul moyen d'obtenir un résultat le plus objectif possible reste de synthétiser l'ensemble des articles publiés pour obtenir une vision la plus large, la plus compréhensive, la plus globale, la plus objective possible. Preuve s'il en est encore besoin que chaque site en particulier est incapable aujourd'hui de délivrer une information correctement traitée ou, disons, comme une approche professionnelle le mériterait.

Une nouvelle presse pour une nouvelle approche ?

Pourquoi pas après tout ? Ce ne serait que mérité. Bien trop habitué aux discours médiatiques qui ont trop de mal à aller à l'encontre du courant marketing, il est évident que le système appliqué pour déterminer la qualité réelle d'un jeu n'est plus adapté. Cela est dû, d'une part, à l'évolution radicale des jeux vidéo qui ne peuvent plus être uniquement apprécier sous les aspects traditionnels repris dans chaque perspective comme le trois couleurs primaires. Il faut désormais intégrer dans sa réflexion un tas de nouveaux paramètres techniques, artistiques et culturels qui font forcément appel à une rigueur beaucoup plus présente qu'aux débuts. Cela nous ramène alors à cet autre aspect qui met en évidence une carence professionnelle quant à l'approche que mérite ce média. Fervents défenseurs de sa reconnaissance, il faut reconnaître que rien n'est réellement établi pour sortir de cette routine qui gouverne l'activité médiatique. Et face à ce déséquilibre croissant d'expertise et de créativité, il est toujours intéressant de constater combien ce milieu s'étonne du manque de reconnaissance et de crédibilité qui leur sont adressés. Alors effectivement, le public exprimera toujours le besoin d'évaluer et de justifier des achats dont le prix est loin d'être impassibles. Or, à force de déceptions face à des avis beaucoup trop personnels pour représenter la réalité des faits, il recherchera une nouvelle approche de sa passion, une méthode beaucoup mûre. La presse spécialisée, si elle parvient à évoluer, parviendra alors à gagner ses galons et cette crédibilité après laquelle elle court tant bien que mal.

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