Need For Speed : The Run, le récidiviste

Black Box nous donne une belle leçon d'humilité en s'entêtant à suivre son propre sillage bien décidé à tourner en rond...

Lors de l’annonce de son développement, Need For Speed : The Run augurait d’un exceptionnel potentiel non seulement au regard de l’inspiration et de l’efficacité retrouvées lors du précédent opus de la série Hot Pursuit, mais aussi des principes reconnus d’une autre référence du genre qu’est BurnOut Paradise qui s’appliqueraient à merveille au concept en question. Difficile alors de ne pas fantasmer sur une course longue et intense qui vous entraînerait de la côte Ouest jusqu’à l’Est des Etats-Unis aiguisant votre coup de volant comme votre orientation de stratège parmi des multiples itinéraires possibles, multipliant les rebondissements face à vos adversaires, au traffic quotidien et aux forces de l’ordre bien décidées à mettre un terme à cette course illégale. Need For Speed : The Run avait toutes les cartes en mains pour confirmer le retour de cette licence chère aux joueurs comme à Electronic Arts. Qui aurait pu croire que tout ce temps passé à nous faire saliver avait été employé à alimenter une déception aussi profonde que les espoirs placés dans cette expérience ?

Fuyez, pauvres fous !

A la source du problème, le passage de relais entre Criterion Games (qui avait si bien maîtrisé le précédent épisode et pour cause puisqu’ils sont également à l’origine du succès de BurnOut) et Black Box (dont la réputation sur la licence Need For Speed s’est effondrée avec les derniers épisodes ProStreet et Undercover). Deux studios de développement aux visions différentes. Le premier favorisait les sensations, le plaisir et le fun. Le second va se concentrer sur la réalisation et la scénarisation en commençant par privilégier le nouveau moteur graphique Frosbite 2, seul outil capable de concrétiser leur projet révolutionnaire. De cette volonté de démarcation maladroite va malheureusement naître un opus mitigé, laborieux et ennuyeux. Car le choix fondamental réalisé n’avait alors pour but que de mettre en scène un principe inédit dans la série, à savoir faire sortir le conducteur de sa voiture pour des séquences externes rythmées aux séances de QTE (Quote Time Event). Honorable intention dont l’application s’avère insipide au possible, à la limite de l’anecdotique. Black Box mise donc sur la mise en scène bien avant de se consacrer au potentiel de son concept de base. Aussi incohérente puisse être la décision de délaisser, à la base, l’aspect conduite, le studio s’est carrément orienté vers la réalisation en proposant un scénario qui pourrait tenir sur une serviette en papier de restauration rapide et une attention toute particulière sur les environnements. Très vite dans le jeu, les bonnes volontés prennent des valeurs de résolutions de début d’année. Elles sont très vite oubliées. Du coup, non content de miser sur l’essence de la conduite, Black Box ne parvient même pas assurer un minimum et se contente de superficialité constante. La durée de vie est ridicule comparée à l’épopée que devrait représenter une telle traversée. La modélisation des voitures est précaire comparé au dernier moteur graphique utilisé. Les modes de courses sont répétitifs (raccourcis rarissimes, présence de la police minimale, conduite peu inspirée) ne reflètent pas la difficulté du challenge. Les passages QTE n’apportent rien au gameplay. Et le mode multijoueur vous laisse cette même sensation de solitude qu’un certain Split/Second Velocity.

Grandeur et décadence

Comparativement à Hot Pursuit, The Run est une sortie de piste incompréhensible. Il est l’erreur grossière du champion en tête de la course qui le prive de la victoire. Finalement, ce volet ressemble plutôt à une réaction d’orgueil très mal placé d’un studio de développement qui n’a pas eu la présence d’esprit de prendre l’aspiration de son rival. Non pas que l’angle choisit soit mauvais en soi, mais la superficialité qui sévit sur tous les plans du jeu gâche littéralement le résultat. Loin de la consécration d’un gameplay et encore plus d’une quelconque réalisation, Black Box s’est de toute évidence trop dispersé pour se perdre dans un méandre de considérations qui ne s’adressaient certainement plus aux joueurs, mais aux egos. Le studio n’est pas allé jusqu’au bout de ses ambitions et c’est bien ce qui nuit le plus à ce titre qui restera épisodique et dont l’aventure ne se justifiera qu’au prix de l’occasion, très loin de la course de votre vie.

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