Scott Pilgrim vs The World

Scott Pilgrim déferle sur le monde. Après les comics, le cinéma et le jeu vidéo décuplent sa notoriété.

N'en déplaise à François Rabelais, l'ignorance n'est pas mère de tous les maux. Elle est capable, parfois, de vous réserver quelques surprises intéressantes. Elle peut suggérer ce coup de cœur qui motivera la remontée effrénée d'une des rivières de la culture générale jusqu'à sa source. Culottée, l'ignorance va même jusqu'à permettre la cohabitation intemporelle et complètement improbable de l'auteur avec des noms comme Bryan Lee O'Malley, Edgar Wright, Michael Cera... Et Scott Pilgrim !

De l'attrait à la curiosité

Comics ou livre, la marche de manœuvre est toujours la même face au succès. Confrontés aux adaptations, les fans ont appris à abuser du réflexe de scepticisme pour revoir leurs attentes à la baisse, voire ne rien attendre du tout. Comment leur en vouloir après tout? Férus d'un style et d'un genre littéraire auxquels ils adhèrent complètement et qu'ils connaissent sur le bout des doigts, il est réellement difficile de ne pas être déçu lorsqu'ils sont confrontés à la vision d'un réalisateur, pas forcément partagée et, qui plus est, aiguillée par les règles d'or du marketing hollywoodien.

Le plongeon dans les abîmes de la médiocrité s'accompagne généralement d'une conversion vidéoludique déplorable, sabotée par ces mêmes impératifs financiers extérieurs qui interdisent toute liberté d'action. À ce traumatisme récurrent, il a peut être été découvert un remède miracle. Si, finalement, vierge de toute connaissance concernant un sujet, la boucle était prise à l'envers. Commencer par la fin de la spirale marketing pour remonter à la source du succès et, ainsi, du moment que les atomes crochus opèrent, n'en plus finir d'accumuler l'émerveillement d'un support à l'autre.

De la curiosité à la dépendance

Même si une petite anicroche est réalisée dans le déroulement du principe en ce qui concerne Scott Pilgrim, l'expérience s'avère tout de même efficace. Depuis le 13 août, où le film est sorti outre-Atlantique, la rumeur et les critiques gonflent au sujet de cette adaptation qui fait dores et déjà partie des rares à coller à l'esprit et à l'univers d'origine.

Et il s'avère qu'effectivement la vie de cet adolescent sur grand écran met suffisamment en valeur l'aura du comics pour que les fans, les joueurs et les autres apprécient l'aventure. Reposant sur une mise en scène dynamique, une histoire originale et une jolie palette de clins d'œil adressés aux jeux vidéo, il y a une réelle matière pour passer un bon moment. Malheureusement pour nous, il faudra attendre le 1er décembre pour se délecter de cette recette de références générales qui empreignent aujourd'hui quelques générations.

Du film au jeu vidéo

Les adeptes du paddle auront d'ailleurs quelques fourmis dans les mains à la sortie de la salle. Ils pourront alors se tourner vers les adaptations vidéoludiques qui les attendent sur le PlayStation Network et le Xbox Live Arcade. Volontairement tourné vers des graphismes et une maniabilité old-school, le titre d'Ubisoft prend la forme d'un beat'em all à la manière d'un Double Dragon de la bonne vieille époque. Prenant un peu plus le comics comme référence que le film, le plaisir est bien au rendez-vous à mesure que vous saisissez toutes les subtilités du jeu (amélioration des compétences, combinaisons de coups débloquées au gré de l'évolution de l'expérience, boutiques accessibles pour acheter de précieux items...).

Quand bien même la musique puisse arriver à vous faire saigner les oreilles avec ses bits d'antan ou une maniabilité un poil trop rigide, il suffira de se trouver un tant soi peu familier avec la référence pour apprécier le moment et cumuler les heures dessus. Car la difficulté du jeu s'avère finalement n'être qu'un écran de fumée, le plaisir d'y jouer n'ayant d'égal que celui ressenti face à la réalisation décalée et sympathique livrée par Edgar Wright.

Un aller simple vers le comics

Mais finalement, après ces deux étapes décisives à la surface, vous ne tardez pas à découvrir la partie immergée de cet iceberg: le génie de Brian Lee O'Malley, créateur du comics à l'origine de cet enthousiasme populaire. Une fois conquis par le film, infecté par le jeu, vous ne tardez pas à vouloir embrasser totalement l'œuvre, la vérité suprême. Vous plongez alors dans une série de six volumes qui débute à peine depuis cette année sa publication dans la langue française. Le résultat est alors sans appel.

Tandis que les fans se réjouissent passablement de l'adaptation cinématographique en regrettant certains aspects laissés de côté, vous accédez de votre côté à l'aboutissement contemplatif ultime. Vous abordez la dernière étape de cette quête fantaisiste et pourtant si agréable en plongeant à corps perdu dans cette bande dessinée contemporaine aux traits à la fois si simplistes et séduisants empruntés aux mangas. Vous pourrez alors vous payer le luxe de suivre un rythme totalement différent de celui du film et apprécier ces détails écartés pour connaître une toute nouvelle expérience. Vous deviendrez alors l'un d'entre eux, un fan, quoi qu'un peu plus tolérant peut-être.

La recette du succès

Ne vous y trompez pas pourtant. Ce genre d'escalade repose avant toute chose sur la coopération de deux talents. Scott Pilgrim vs the World est le résultat d'un double savoir-faire très rare qui sait composer avec les codes actuels pour garder son intégrité qualitative. Il n'en fallait pas moins pour prouver que l'ignorance est parfois le meilleur moyen de s'élever ou, en tous les cas, d'éliminer toute éventualité de se heurter à une sérieuse déception.

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