Le dépistage obligatoire du Sida: pour ou contre?

Le test VIH généralisé est-il un geste de prévention nécessaire ou, au contraire, une ingérence dans la vie privée des personnes? Le débat est lancé.

Le 1er décembre 2010 avait lieu la Journée mondiale de lutte contre le Sida. À cette occasion, le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé a présenté un communiqué au niveau national. L'objectif de ce communiqué se résume dans le fait de proposer un dépistage systématique pour les populations présentant des risques de contamination. Ce texte laisse présager que les dépistages pourraient s'étendre à l'ensemble de la population dans les années à venir.

Il est inutile de rappeler que l'infection du Sida est un véritable fléau pour l'humanité! En France, près de 150 000 personnes vivent avec ce virus, et environ 50 000 d'entre elles l'ont contracté sans le savoir. Et il n'existe toujours pas de vaccin. Il est important de rappeler que les traitements médicamenteux stabilisent mais n'éradiquent en aucune façon la maladie.

Volonté politique

Afin d'endiguer la propagation du Sida, la stratégie politique actuelle est d'améliorer et de vulgariser le dépistage au niveau national. Dans ce but, l'Institut national de la prévention pour la santé a engagé, dès la fin 2010, une campagne pour inciter l'ensemble de la population au dépistage.

Le but de ces tests est de limiter le développement du virus. En effet, selon une étude, la généralisation du dépistage permettrait d'éviter 7 000 nouvelles contaminations par an en France.

Mais faut-il, dans l'intérêt de tous, généraliser le dépistage sans heurter l'éthique et sans entraver la liberté des personnes?

Conscience individuelle, éthique et droits de la personne

Sur le plan moral, le dépistage obligatoire est compréhensible et souhaitable. Il vise à protéger les personnes contre le virus et à ralentir sa progression. Sans obligation, on constate qu'une minorité d'individus se fait dépister volontairement. En effet, ce geste est encore mal interprété voire suspect. À l'heure actuelle, le test est seulement préconisé lors du mariage, avant la naissance et lors des visites à l'hôpital pour certaines conditions.

Accompagnement médical et suivi psychologique

Comment annoncer la séropositivité à un patient et quelles sont les structures médicales et psychologiques mises en place pour l'accueillir et le conseiller? Souvent, le résultat est donné par simple voie administrative, par un courrier de laboratoire ce qui provoque angoisse et isolement pour le sujet qui le reçoit.

Si le dépistage était rendu obligatoire par voie législative, il faudrait qu'une équipe médicale puisse suivre, conseiller et répondre à toutes les questions que le sujet se pose pour lui et son entourage.

De plus, il existe une période de latence entre la contamination et la séropositivité. Un test pratiqué durant cette période serait inutile et pourrait conduire la personne à un sentiment de sécurité. Un résultat négatif signifie que la personne n'est séronégative que si elle n'a eu aucun contact possible avec le VIH dans les trois mois précédents. Les tests de dépistage ne détectent correctement l'infection qu'à partir de trois mois après la date de contamination (temps nécessaire à la formation par l'organisme des anticorps détectés par les tests).

Afin de maintenir une politique de santé publique fiable, il faudrait refaire le test périodiquement.

Il est donc primordial que les médecins ou les organismes sociaux instaurent une relation privilégiée et un dialogue de confiance afin de responsabiliser au maximum les hommes et les femmes dans ce domaine. Il ne faut pas oublier qu'un acte sexuel peut donner la vie mais aussi la mort! La prévention par le dépistage ne devrait pas être une obligation, mais un simple respect pour sa vie et la vie d'autrui.

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