Le Vote Indépendantiste En Nouvelle Calédonie

Le choix de l'indépendance de la Nouvelle Calédonie est voué à l'échec. C'est ce que démontrent les différentes sources statistiques depuis plus de 20 ans
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L'Accord de Nouméa signé le 5 mai 1998 entre les deux camps indépendantiste et loyaliste et par l’Etat a été matérialisé et mis en vigueur par:

  • Les articles 76 et 77 du Titre XIII de la Constitution de la République Française,
  • La loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle Calédonie,
  • La loi n° 99-210 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle Calédonie.

Cet Accord a ouvert une période de 20 ans à compter du 19 mars 1999 au cours de laquelle les deux camps calédoniens ont résolu de bannir la violence, de faire l'apprentissage de l'administration, de la négociation, voire du consensus, de faire la preuve de leur capacité à gouverner et à conduire les affaires du pays, et de convaincre une majorité de Calédoniens de la pertinence de leur proposition pour l'avenir politique de la Nouvelle Calédonie. Dans ce contexte l'Etat est cantonné au rôle – Ô combien important – d'arbitre. Aux termes de cette période de 20 ans les « Citoyens » calédoniens (typiquement, citoyens de nationalité française nés ou résidant en Nouvelle Calédonie depuis au moins 20 ans au plus tard à la date du 31 décembre 2014) seront appelés à se prononcer par référendum d'autodetermination local sur l'avenir politique de la Nouvelle Calédonie.

Cette période de 20 ans peut éventuellement être réduite jusqu’à 15 ans si les forces politiques locales en décidaient ainsi par une décision du Congrès de la Nouvelle Calédonie à la majorité d’au moins trois cinquièmes.

Cette consultation référendaire devrait donc avoir lieu entre mai 2014 et mai 2019.

Au moment de la parution de cet article (juillet 2012), les Calédoniens sont à 2 ans d'une possible consultation avancée sur leur avenir. Il est donc dès à présent intéressant d'examiner d'un peu plus près la composition du corps électoral qui sera amené à se prononcer par referendum sur l’avenir de la Nouvelle Calédonie au cours des 2 à 7 ans à venir.

Les références

Pour conduire cette analyse, nous nous appuierons sur 2 types de sources :

  • les résultats des trois dernières élections provinciales des 9 mai 1999, 9 mai 2004 et 10 mai 2009 ;
  • les résultats du recensement, par l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques et l'Institut de la Statistique et des Etudes Economiques de Nouvelle Calédonie, de la population du pays en 1996. Ce recensement est le seul à notre disposition au moment de la rédaction du présent article. En effet, les résultats du recensement de 2004 n’ont pas été validés, et donc pas publiés, et ceux du recensement du 2009 ne sont pas encore disponibles.

Le verdict des urnes

Les trois dernières consultations générales de l’ensemble des Citoyens calédoniens ont montré une très forte majorité loyaliste opposée à l’indépendance de la Nouvelle Calédonie :

  • en 1999

Loyalistes: 61,64% des suffrages

Indépendantistes: 38,36% des suffrages

  • en 2004:

Loyalistes: 60,04% des suffrages

Indépendantistes: 39,96% des suffrages

  • en 2009:

Loyalistes: 61,78% des suffrages

Indépendantistes: 38,22% des suffrages.

Autant dire que le périmètre de l'audience des indépendantistes n'a pas bougé d'un iota en 10 ans (en fait, elle a même légèrement reculé). Il n'y a visiblement aucune raison que cela évolue en leur faveur. En effet, au lieu de se consacrer à essayer de convaincre "les électeurs d'en face" du bien-fondé de leur proposition d'avenir politique, les dirigeants indépendantistes n’ont cessé, depuis la signature des Accords Matignon (voir mon article sur Suite101 " Recherche Sortie Accord De Noumea Desesperement ", puis de l’Accord de Nouméa, de ne s'adresser qu'à leurs propres troupes. Cela a cependant légèrement évolué depuis peu.

La composition démographique du corps électoral calédonien

Il faut partir du postulat que la revendication indépendantiste est, pour l’essentiel, portée par l’ethnie mélanésienne. En effet, la plupart des partis militant en faveur de l’indépendance prennent pour référence, implicitement ou explicitement, le droit de l’ethnie première occupante du pays à revendiquer son accession à la pleine souveraineté. De ce fait, objectivement, les membres des autres communautés constituant la population calédonienne sont invités à suivre et à adhérer à cette revendication.

Le poids de différentes communautés de la population calédonienne

Le recensement de 1996 peut servir de base a une approche de ce que sera le corps électoral pour le futur referendum d’autodétermination. En effet :

  • il recense la population qui sera en âge de voter à cette occasion ;
  • Il concerne également le corps électoral des « Citoyens » calédoniens ayant le droit de se prononcer au referendum

Pour que ses résultats soient les plus proches possible de la réalité, il convient de leur soustraire :

  • Les personnes qui, compte tenu de l’espérance moyenne de vie à la naissance – 75 ans en Nouvelle Calédonie -, auront disparu au moment du referendum de 2018. Il s’agit donc de retrancher les personnes âgées de 55 ans et plus.
  • Les personnes recensées mais qui n’ont pas la nationalité française. Cela concerne principalement les ressortissants vanuatuans et la catégorie « Autres Asiatiques ».

Nous avons conscience que les traitements proposés recèlent des lacunes et des imprécisions inhérentes au recensement lui-même. Cependant il nous apparait que ces lacunes et imprécisions sont marginales, et donc non susceptibles d’affecter sérieusement la validité des résultats auxquels on peut aboutir.

Apres application des traitements mentionnés ci-dessus, le recensement 1996 de la population calédonienne se présente comme suit, en effectifs et pourcentages :

  • Europeens: 57 705 (33,37%)
  • Indonesiens: 4 127 (2,39%)
  • Melanesiens: 79 024 (45,69%)
  • Tahitiens: 4 547 (2,63%)
  • Vietnamiens: 2 389 (1,38%)
  • Wallisiens et Futuniens: 16 412 (9,49%)
  • Autres: 6 543 (3,78%)
  • Non declares: 2 192 (1,27%)

TOTAL: 172 939 (100%)

Le vote indépendantiste est dans une impasse

En rapprochant les résultats du recensement de 1996 ainsi retraités et les chiffres des trois derniers scrutins on peut observer que, alors qu’en pourcentage l’ethnie mélanésienne représente 45,69% de la population, les partis indépendantistes recueillent grossièrement entre 38% et 40%, ce qui indique, de manière brute, qu’une certaine partie des Mélanésiens ne participent pas au vote indépendantiste.

Il est également clair que, en supposant que tous les Mélanésiens associaient leurs voix au vote indépendantiste, cela serait loin de pouvoir constituer une majorité lors d’un scrutin d’autodétermination.

D’autres choix sont possibles. L’un d’entre eux est porté par le projet de République Fédérale Française .

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