Jean Poiret, le prince de l'humour

Homme aux multiples talents, Jean Poiret fût acteur, réalisateur, scénariste, créateur et metteur en scène de théâtre, puis de film.
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Né le 17 août 1926 à Paris, (de son vrai nom Jean Poiré), Jean Poiret est un fils d’ouvrier. Le petit Jean grandît rue de la Tombe-Issoire en face de l’église. C’est peut-être pour cela que enfant il rêve d’être employé des pompes funèbres. Puis il pense être chanteur d’opéra. Mais finalement il se destine à être acteur et il suivra des cours de comédie dès l’âge de quinze ans au Conservatoire. Mais il sera marqué par trois échecs successifs au concours d’entrée. C’est peut-être à cause de cela qu’il ne jouera jamais de pièces classiques. Recalé du conservatoire, Jean Poiret apprend son métier dans les cabarets avec Michel Serrault qu’il rencontre en 1952. L’un pose des questions, l’autre répond et c’est ainsi qu’ils deviennent les rois de l’improvisation. En 1953, Jean Poiret fait des débuts discrets dans « Les trois mousquetaires » de André Hunebelle. Jean Poiret apparaît pour la première fois aux côtés de Michel Serrault dans « Assassins et voleurs » de Sacha Guitry en 1956.

Le temps des comédies légères au cinéma

Jean Poiret apparaît ensuite dans des films comme « Messieurs les ronds de cuir » (1958), « Vous n’avez rien à déclarer » (1959), « La française et l ‘amour » ou « C’est pas moi c’est l’autre » (1962). Mais ces films en majorité des comédies ne rencontreront pas le succès. L’acteur devient néanmoins l’un des acteurs fétiches de Jean-Pierre Mocky : « Les snobs » (1962), « Un drôle de paroissien » (1963), « La grande frousse » (1964), « La bourse et la vie » (1965) et enfin « La grande lessive » (1968). C’est grâce à Jean-Pierre Mocky, qu’il trouve ses meilleurs rôles à cette époque. A cette époque, il fait aussi le bonheur de la télévision où ses talents d’amuseur font mouches. En 1970, on le retrouve aux côtés de Bourvil dans « Le mur de l’Atlantique » de Marcel Camus. Le succès n’étant pas au rendez-vous il retourne au théâtre, un art qui ne l’a jamais déçu. C’est d’ailleurs au théâtre en 1973, qu’il rencontre l’actrice Caroline Cellier qui va devenir sa compagne.

Le succès au théâtre avec « La cage aux folles »

Au début des années 70, Jean Poiret écrit la pièce « La cage aux folles ». Il la joue ensuite au théâtre avec son complice Michel Serrault. C’est aussitôt un triomphe. Jean Poiret est aussi à l’aise dans le rôle de Renato Baldi que Michel Serrault l’est dans celui de Albin Mougeotte. Jean Poiret et Michel Serrault joueront la pièce de théâtre « La cage aux folles » 2647 fois au théâtre du Palais Royal. Ils prennent tellement de plaisir sur scène qu’ils vont jusqu’à rallonger de 50 minutes leur spectacle. Les deux complices peuvent désormais se séparer pour mener chacun leur carrière. En 1978, Jean Poiret adapte sa pièce pour le cinéma mais se contente d’être scénariste. C’est Ugo Tognazzi qui reprendra le personnage de Renato aux côtés de Michel Serrault dans « La cage aux folles » réalisé par Edouard Molinaro. Le film connaît un énorme succès et engendrera deux suites : « La cage aux folles II » (1980) de nouveau réalisé par Edouard Molinaro et « La cage aux folles III » (1985) réalisé par Georges Lautner. En 1979, Jean Poiret retrouve Michel Serrault au cinéma dans « La gueule de l’autre » réalisé par Pierre Tchernia.

Le grand retour de Jean Poiret au cinéma

Après de nombreux films n’ayant pas rencontré un grand succès, il revient sur le devant de la scène dans un registre dramatique grâce à son rôle dans « Le dernier métro » réalisé par François Truffaut en 1980. Le film récoltera dix César. Il déclarera d’ailleurs par la suite « C’est à partir du dernier métro que j’ai eu l’impression de faire du cinéma ». Deux ans plus tard, il joue le rôle d’un patron cynique et odieux dans « Que les gros salaires lèvent le doigt » de Denys Granier-Deferre. En 1984, il joue dans « La 7ème cible » de Claude Pinoteau, avec Lino Ventura, puis il interprète le rôle de l’inspecteur Lavardin dans « Poulet au vinaigre » de Claude Chabrol. Jean Poiret adapte également sa pièce de théâtre « Joyeuses Paques » pour le cinéma. Dans le film du même nom réalisé par Georges Lautner, c’est Jean-Paul Belmondo qui reprend son rôle aux côtés de Sophie Marceau. Il reprendra ce rôle l’année suivante dans « Inspecteur Lavardin » toujours sous la direction de Claude Chabrol. A ce moment –là, il retrouve le réalisateur Jean-Pierre Mocky pour des comédies grinçantes : « Le miraculé (1986), « Les saisons du plaisir » (1987) ou « Une nuit à l’assemblée nationale » (1988).

La réalisation : dernière pièce manquante à son arc

Au début des années 90, Jean Poiret est un homme heureux. Sa carrière est à son apogée. Il est enfin reconnu pour ses talents d’acteur. Côté privé, il s’est marié en 1989 avec Caroline Cellier et ont un fils Nicolas, né en 1978. Jean Poiret a encore un rêve : passer à la réalisation. C’est ainsi qu’à la fin de l’année 1991, il part tourner en Suisse son premier film intitulé « Le zèbre » d’après un roman d’Alexandre Jardin. Pour ce film, Jean Poiret décide de rester derrière la caméra. Il met en scène sa femme Caroline Cellier et Thierry Lhermitte. Au début de l’année suivante, le tournage de son film étant achevé, il peut se consacrer à d’autres projets. Il reprend le tournage du film « Sup de fric » sous la direction de son ami Christian Gion . L’acteur avait commencé à le tourner pendant l’été précédent. Alors qu’il tourne la scène finale avec Anthony Delon, Jean Poiret est victime d’un infarctus. L'acteur est transporté à l’hôpital de Suresnes dans la région parisienne. Le 14 mars 1992, il subit un deuxième infarctus qui lui sera fatal. Il meurt à l’âge de 65 ans, n’ayant pu mettre la touche finale à son unique film. C’est son ami Pierre Mondy qui supervisera le montage du film qui sortira le 17 juin 1992. Un mois plus tard, sortira « Sup de Fric » qui marquera la dernière apparition à l’écran de Jean Poiret. L’acteur fût également marié à l’écrivain Françoise Dorin avec qui il a eu une fille Sylvie. Jean Poiret fût un auteur de talent, qui devient au fil du temps un grand acteur. Mais c’était avant tout un homme qui aimait le rire. Jean Poiret, homme élégant, était en cela un gentleman de l’humour.

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