Dans les coulisses des 24 Heures du Mans: l'ACO au Japon en 1988

1988 marque une étape symbolique importante de l'histoire des relations entre le Japon et l'ACO, l'Automobile Club de l'Ouest,qui gère les 24 Heures du Mans

Heureuse circonstance que l’amour du Japon pour les 24 Heures du Mans; la présence inconditionnelle du grand champion Yojiro Terada sur le circuit l'illustre avec éclat. En 1988, toute l’actualité de l'ACO est dominée par une nouvelle fracassante: une gigantesque exposition en l’honneur des 24 Heures se prépare… au pays du soleil levant.

Quelle surprise, quel bonheur, quelle émotion enfin que de se retourner sur le passé et constater l’incroyable extension du rêve des premiers sportsmen; désormais, la passion "Le Mans" a pris une envergure mondiale, universelle, et ses apôtres se rencontrent sous toutes les latitudes. Reste à étancher la soif de tous les cœurs ardents, qui palpitent du boulevard des Jacobins aux faubourgs de New York et de Tokyo.

L'exposition de Nara: L'ACO s'exporte au Japon

A compter du 1er octobre de cette année et jusqu’au 16 janvier 1989, la ville de Nara sera le théâtre d’une pièce sans réplique, où la contemplation et le plaisir esthétique tiendront lieu d’éloquence; 25 bolides splendides ayant participé à la fameuse épreuve seront exposés, aux côtés d’une quinzaine de motos rutilantes. Les 2500 m² du Salon seront par ailleurs consacrés à une exposition de photographies retraçant l’histoire envoûtante du Circuit.

Enfin, le public nippon aura l’occasion de visionner un certain nombre de films retraçant l’épopée. Onze ans avant le fameux "Fuji Le Mans" (course de 24 Heures qui se déroulera au Japon le 7 novembre 1999), l'exposition de Nara marque un véritable tournant concernant les relations du Japon avec les 24 Heures du Mans. A l’origine de cet heureux projet, une entreprise quelque peu singulière : le gigantesque empire Kintetsu, et son grand commis, Mr Nakajima. Ce dernier synthétisera fort élégamment le sentiment de son pays envers les 24 Heures : « Au Japon, la course du Mans a acquis un prestige considérable et exerce une fascination extraordinaire ». Réplique dont sauront se souvenir nos administrateurs…

L'ACO récompense ses grands sociétaires

D’autres louanges furent prodiguées cette année, tout particulièrement aux membres méritants du Club. Cinq d’entre eux se virent ainsi remettre la médaille du travail ACO: il s’agit de Michèle Lherbette, assistante administrative du bureau d’Angers; Marie-Madeleine Bouteloup et Thérèse Volant, secrétaires des services contentieux et administratif ; Michel Lemaitre, responsable du garage Bugatti ; enfin Jean-Pierre Moreau, directeur général Sports du Club, qui reçut pour l’occasion un hommage appuyé. A vivre au plus épais des hommes, on rencontre quelquefois des êtres exceptionnels. C’est la chance qu’eurent certains administrateurs, lorsqu’ils rencontrèrent André Frayssinier et Georges Poulain, nouveaux ancêtres de l’automobile. Leur gentillesse, leur simplicité cordiale font honneur à l’ACO depuis de nombreuses décennies, et leur histoire mériterait plus qu’une simple mention. Mr Frayssinier passa son permis de conduire en 1922. Il a connu l’éclairage au carbure, et a eu la chance de conduire la fameuse deux cylindres Renault qui participa à la Première Guerre Mondiale. Georges Poulain, lui, aura parcouru plus de 3 millions de kilomètres au cours de sa carrière de conducteur irréprochable ; seule une amende lui fut un jour infligée pour excès de vitesse… en 1929.

La lutte contre la vie chère, une priorité de l'ACO

Loin de ce palmarès, les Français roulent pourtant désormais davantage, 13.600 km en moyenne annuelle. L’évêque du Mans, Mgr Gilson, avale quant à lui 50.000 km par an; ouvrant par la route les chemins du Ciel, il souhaiterait démocratiser l’apprentissage de la conduite pour tous avec le circuit du Mans. Requête bien inspirée, qui mériterait d’être exaucée. Reste que les voies des pouvoirs publics sont impénétrables, tout spécialement lorsqu’il s’agit de spéculer sur le salut fiscal des automobilistes; le prix du Super est majoré de 340% et celui du gazole de 185% par rapport à leur valeur effective. Lorsqu’un automobiliste débourse 100 F, il achète 23 Francs de Super et paye 77 F de taxes.

Certes, l’ACO récuse toute attitude mendicitaire, mais le maintien de telles mesures ne cesse d’altérer la santé économique des conducteurs. Le Club compense ces abus par la négociation constante de tarifs préférentiels pour ses sociétaires, et ce auprès de tous types d’enseignes; ainsi, avec les commerçants partenaires « Privilèges », les adhérents de l’ACO sont épaulés dans leur lutte contre la vie chère. Prenons quelques exemples entre mille : en Bretagne, l’hôtel Urbis et le restaurant Mermoz de Rennes font systématiquement baisser la note. La même politique est pratiquée au magasin Mirleine de la Roche-sur-Yon, et en bien d’autres localités.

Déménagement, travaux... l'ACO toujours en mouvement

Un certain nombre de nouveautés locales scandent le calendrier de l’année ; en janvier, le bureau ACO du Mans qui se trouvait place de la République, est désormais transféré avec l’Office du Tourisme dans un très bel édifice du XVIIe siècle (l’hôtel des Ursulines, rue de l’Etoile). Madame Galisson et son équipe y accueillent désormais les sociétaires. Au cours de la saison, 38 millions de Francs sont investis sur les circuits du Mans en infrastructures d’accueil et de sécurité. Dorénavant, les gros frais d’entretien et de sécurité (en moyenne 11 millions de Francs par an) sont théoriquement supportés pour moitié par le syndicat mixte. L’ACO respire… mais pour combien de temps ?

Le revêtement des Hunaudières a été entièrement refait, à l’aide d’une nouvelle technique au laser… permettant une planéité parfaite de la piste. Décidément, on n’arrête pas le progrès ! 1988, c’est aussi l’année de la création de la CESAC (centrale des services des Automobile-Clubs) : devançant l’échéance prometteuse de la fameuse Union Européenne de 1992, l’ACO se fédère avec les 48 autres Automobile Clubs français, tout en conservant son indépendance. Il s’agit ainsi de privilégier l’idée communautaire, en l’appliquant pour l’heure à l’échelle nationale… comme cela est déjà le cas au sein de nombreux pays.

Par-delà les 24 Heures du Mans, l'actualité sportive ACO

L’année sportive est dominée par de nombreuses épreuves, et le spectacle est au rendez-vous. Nous sommes en pleine époque Charly Carcreff, et de son impétueuse domination sur courses de côtes et rallyes. Cette année, le Volant Gitanes-ACO est remporté par François Bardet (25 ans, ingénieur), qui s’impose aisément sur ses trois concurrents finalistes. Le 2 novembre, le Guidon ACO Honda est décerné au fantastique Alain Dua ; son talent eut raison du boulet de canon Francis Thomas, qui fit un funeste tout droit lors de son 3e tour. Enfin, pour la première fois cette année, la France accueille une manche du championnat du monde des Superbikes. L’événement se tient les 3 et 4 septembre, sur le circuit Bugatti.

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