Les oubliés des Lumières: un spectacle magistral

Mardi 10 mai 2011, l'Association Pour la Défense de la Musique Bokai offre à Clichy un opéra caribéen de très haute tenue: Les Oubliés des Lumières
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Un événement artistique de premier ordre se profile. Mardi 10 mai 2011, la ville de Clichy (Mairie de Clichy) sera le théâtre d’une manifestation culturelle éruptive. Après de longues années de fermentation, le dernier fruit de la mémoire antillaise nous est enfin présenté, sous les auspices de l’association pour la Défense de la Musique Bokay.

Issus des profondeurs oniriques de l’esprit caribéen, Les oubliés des Lumières sont nés du travail obstiné de deux grandes consciences: celle de l’historien Georges Lafare, sommité reconnue de la mémoire antillaise, et celle de Maura Michalon-Lafare, artiste lyrique d’exception.

Un opéra créole

Le spectacle se présente sous la forme audacieuse d’un vaste opéra créole, associant sans discordance la danse contemporaine aux divers visages du génie musical; chants traditionnels antillais et musique de chambre classique s’y croisent et s’y enchâssent, à la faveur d’une dynamique providentielle. La faconde pleine d’allant des conteurs antillais exhale un parfum d’altérité qui décentre nos consciences, les enrobe d’une épice enflammée, consumante et purifiante. Cette saveur à l’arôme infrangible nous accompagne deux longues heures, pour un voyage que nul ne saurait quitter l’œil sec.

Originaires d’horizons diversifiés, chanteurs, musiciens, chorégraphes et conteurs entrelacent leurs talents respectifs; ils fusionnent leurs virtuosités propres au profit d’une harmonie artistique pionnière et salutaire. Opéra, percussions, rythmes effrénés… le nectar de la vie jaillit à flots bouillonnants de ce socle savamment métissé.

En choisissant de rendre hommage aux victimes noires du commerce triangulaire, Georges Lafare s’attaque à l’une des arêtes les plus sombres de l’histoire plurielle des esclavages. Tandis que notre époque redécouvre l’ampleur de la traite arabe et les esclavagismes interethniques, l’historien nous rappelle le drame pluriséculaire qu’endurèrent les noirs transbahutés d’Afrique aux Caraïbes. Rivières de larmes, de sueur et de sang qui confluèrent et fécondèrent l’âme antillaise contemporaine.

Un hommage mémoriel

Plus profondément, le spectacle est un hommage destiné à la mémoire des grands hommes oubliés de l’histoire des Lumières, cinq noms magistraux bafoués par les outrages du silence: le Chevalier Saint-George, Angelo Suleiman, Abraham Hanibal, Toussaint-Louverture et Louis Delgrès.

Spirituellement réunies par la marque infâmante de la servitude et par l’élévation de leurs âmes respectives, ces cinq figures du génie universel furent confrontées au piétinement de leur mémoire. Les oubliés des Lumières entendent redresser ces démiurges au cœur de nos consciences, engourdies par les syncopes de l’histoire officielle.

Cinq piliers fondateurs

-Le Chevalier Saint-George : génie multiforme, le Chevalier Saint-George fut l’une des plus fascinantes personnalités du XVIIIe siècle. Il était fils d’une esclave Guadeloupéenne et d’un colon fortuné. Adolescent, il est envoyé à Paris afin de bénéficier d’une éducation aristocratique élitaire. La multitude de ses talents naturels le distingue bientôt parmi tous ses semblables. Escrimeur remarquable, il fut aussi et surtout l’un des musiciens les plus doués de sa génération; symphonies, concertos, opéras… son talent s’étendait sur tous les champs de l’art musical d’alors. Depuis vingt ans, Maura Michalon-Lafare rêvait de chanter les compositions du Chevalier Saint-George; avec Les oubliés des Lumières, son espoir se matérialise enfin, dialoguant avec Brahms, Gottschalk et les musiques traditionnelles antillaises.

-Angelo Souleiman: autre visage habité par les Lumières, ce grand natif d’Afrique de l’Est qui fut en son temps l’un des génies les plus saillants d’Europe Centrale. Franc-maçon, ami des princes blancs, Angelo Souleiman fut un être mystérieux de part en part; entre autres talents, il maîtrisait parfaitement cinq langues.

-Abraham Hanibal : arraché à son Soudan natal puis emmené en Russie, Abraham Hanibal sut atteindre par son seul talent les charges les plus honorifiques de l’Empire tsariste. Ainsi fût-il Général de l’armée Russe et l’un des plus proches collaborateurs du souverain Pierre le Grand. Ingénieur de haute renommée, il fut unanimement considéré comme le Vauban Russe. Le poète Pouchkine fut l’un de ses descendants.

-Toussaint-Louverture : voici la figure tutélaire à laquelle la libération de Saint Domingue est attachée; cette digne et haute conscience fomenta l’insurrection générale des esclaves noirs contre leurs oppresseurs. Le 29 août 1793 l’esclavage est aboli à Saint-Domingue, puis confirmée par la Convention un an plus tard. Malheureusement, Bonaparte souhaite le rétablir; Toussaint-Louverture sera donc déporté dans l’hexagone au fort de Joux dans le Jura. Il s’y éteindra le 7 avril 1803.

-Louis Delgrès : Homme libre depuis 1794, cet ancien esclave refuse d’abdiquer sa liberté lorsque la puissance publique réimpose l’esclavage. Grave et lucide, il choisit de résister jusqu’à la mort avec une poignée d’hommes libres dans le réduit de Matouba. De son retranchement, il luttera de toutes ses forces et de toute son âme contre les troupes du général Richepance. Acculé, il choisit la mort en compagnie de ses frères d’armes… plutôt que de survivre vaincu.

Distribution

-Direction artistique: Maura Michalon-Lafare, fille de Mann Michalon, musicien et compositeur. Elle commença par étudier le violon et le piano, puis chanta à travers toute la Caraïbe. Elle a notamment obtenu le premier prix de chant lyrique aux Concours Internationaux de Paris (prix de l’Oratorio, prix du Lied et prix de la Mélodie).

-Mise en scène: Christian Daumas, fondateur de la compagnie France Opera; de New York à Paris, en passant par Rio, ses œuvres sont des triomphes remarquables.

-Conseiller historique, chef de projet: Georges Lafare

-Management: Myrna Lafare

-Metteur en scène: Christian Daumas

-Assistant metteur en scène: Guilhem Loupiac

-Régisseur Lumières: Olivier Foy

-Chanteurs: Odile Rhino (soprano)

Maura Michalon Lafare (mezzo)

Joël Ocangha (Ténor)

Jean-Pierre Cardignan (Basse)

-Conteurs: Igo Drané

Philippe Cantinol

-Comédienne: Myrna Lafare

-Quatuor Parisien

-Pianistes: Edgard Bonilla, Bibi Louison

-Violon: Daniel Misaine

-Tanbou bèlè: Jean Philippe Grivallier

-Danseurs: Ovide Carrindo, Gislaine Decimus

Renseignements

Les oubliés des Lumières ont reçu le label « Route de l’esclave » de la part de l’UNESCO. Le Ministère de la Culture s’est joint à la promotion du spectacle. Ce dernier fut présenté pour la première fois le 15 juin 2001 au théâtre de l’Epée de Bois de La Cartoucherie.

-Mardi 10 mai 2011 à 20h30, théâtre Rutebeuf, 16-18 allées Léon Gambetta (Mairie de Clichy)

-Tel: 01 47 15 31 27/06 23 02 73 03

-mail: def.musique@wanadoo.fr (Association Pour la Défense de la Musique Bokay)

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