Mon Père, une comédie sans façons qui fera date

L'auteure Myrna Lafare nous offre, avec Mon Père, une oeuvre théâtrale iconoclaste. C'est une satyre servie par une sélection de comédiens très prometteurs
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Avec Mon Père , Myrna Lafare nous offre une vue plongeante sur le génie scénique de la comédie contemporaine; ici, le rire déploie toutes ses gammes, il amasse tous les suffrages. Pleine d’audace, l’auteure nous expose aux cocasseries les plus plaisantes, elle nous embarque et nous plonge au cœur d’un délire titanesque: le cas de la famille Lefèvre, dernier surgeon de notre inénarrable bourgeoisie parisienne… L’exposition désopilante du quotidien des Lefèvre est ici l’occasion de nous révéler tout à trac les dessous d’une classe sociale bien peu ordinaire. Pour ce faire, l’auteure nous décoche des salves de dialogues dignes du Molière et du Feydeau des grands moments. Insérant sans vergogne le classique au cœur du contemporain, c’est au métissage temporel qu’elle nous invite cette fois-ci.

Les frasques rocambolesques d’une famille bourgeoise

L’avocat Gérard Lefèvre se retrouve bien malgré lui au centre d’une aventure embarrassante; sa femme, Amandine, aspire à contrecarrer les désirs sentimentaux de leur fille… afin de conforter le prestige social de la famille. Clara, qui aime le maladroit Nicolas, se retrouve dès lors incitée à se rapprocher du fringuant Hubert… dont la profession siérait parfaitement aux vœux maternels d’Amandine. Mais derrière la clinquance et les escroqueries d’étiquette, la vérité profonde finira par émerger. L’auteure ménage le suspens de l’œuvre avec une adresse consommée, jalonnant les scènes d’innombrables gags et de coups de théâtre en cascade. Exposé au feu d’une mitraille comique incessante, le public est ballotté en tous sens, tiraillé de toutes parts. La saveur pimentesque des comédiennes rejoint le jeu confondant des interprètes masculins.

Une distribution de qualité, un théâtre inventif et novateur

Sylvia Macaire, la très gracieuse comédienne qui interprète la femme de chambre, nous confie que le tout du jeu d’acteur c’est de trouver l’alchimie secrète . Vincent Simon confirme cette intuition. Originaire d’Alsace et remarqué par l’auteure pour son jeu de théâtre talentueux, il nous avertit qu’avec Mon Père , l’interprétation est bien plus ardue qu’elle pourrait en avoir l’air de prime abord. A la vérité, jouer du contemporain n’est pas simple. Guilhem Loupiac, metteur en scène de la pièce, partage cet avis; le plus délicat réside justement dans le rapport au phrasé quotidien. Si le comédien se laisse porter par l’illusion du quotidien, il risque de produire une prestation banale. Dans un tel contexte scénique, il s’agit donc tout particulièrement de générer du punch et du rythme. A ce titre, la prestation explosive de Vincent en tant que père est littéralement confondante. Clara, autour de laquelle réside tout le nœud de l’action, est interprétée par la sémillante Amélia Ewu. Eduquée au Molière et imprégnée de génie clownesque, cette jeune comédienne nous démontre ici toute l’amplitude de son talent. Lucide et pertinente, elle nous confie que le métier d’artiste ne s’improvise pas; c’est avant tout un apostolat, et bien autre chose que les paillettes qui brillent aux yeux du public. Catherine Marie Sainte, qui interprète madame Lefèvre, insiste aussi sur l’aspect gratuit de l’art. Ce dernier est avant tout un don, l’important étant au fond de faire plaisir aux autres, sans calcul. Enfin, Mathieu Marcelle interprète le jeune Nicolas, et ce au millimètre . Détenteur de ressources vocales tout à fait particulières, il exerce communément ses talents dans l’univers du chant lyrique. Condensant les diverses considérations de ses partenaires à propos de l’art, il nous confie très élégamment qu ’être artiste, c’est parfaire ce que l’on est . Avec une telle distribution, Mon père risque fort de côtoyer les cimes du théâtre contemporain.

Le mot de l’auteur; une satire contemporaine de la bourgeoisie parisienne

Myrna Lafare signe ici l’une des œuvres les plus abouties de son travail d’auteur. Cette vocation lui est si propre qu’elle ne cesse jamais de tendre son arc imaginaire; l’inspiration de cette comédie fantasque et rigoureusement maîtrisée tire sa source de l’observation quotidienne des parisiens. Il s’agissait d’accumuler dans un pot-pourri tous ces petits détails exaspérants qui criblent nos existences au jour-le-jour. Il est question, avec Mon père, de dresser un miroir devant le public; d’exhiber les caricatures qui nous sont propres… et dont nous ne prenons jamais véritablement la mesure. Le rire est un excellent vecteur communicatif. Il extirpe les tensions et déride les personnes. Son pouvoir est confondant et son utilité toujours sous-évaluée. Au-delà même du rire, Mon père apporte la joie.

Renseignements, contacts

Le Samedi 9 avril 2011 à 20h (possibilité de représentations ultérieures)

Espace Henry Miller

3 rue Docteur Calmette

92110 Clichy

M Mairie de Clichy

Entrée : 10 euros

Réservations : 06 89 58 09 43

Auteur: Myrna Lafare

Mise en scène: Guilhem Loupiac

Régie: Carole Rouquier

L’œuvre est parrainée par l’association Bokaÿ

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