Attention, les e-mails au travail sont dangereux pour la santé

Chronophages, motifs d'incompréhension au bureau, voire facteurs d'obésité: mieux vaut ne pas sous-estimer les méfaits de l'envoi d'e-mails professionnels.

Il s’échange chaque jour 210 milliards d’e-mails à travers le monde, un volume en croissance constante. Mais combien atterrissent directement dans votre boîte professionnelle? Selon une étude européenne, un salarié reçoit quotidiennement une moyenne de 93 courriels et en réexpédie lui-même 38. Des chiffres qui ne sont pas sans conséquence sur le temps de cerveau disponible, puisque 43% des salariés français se disent interrompus au moins toutes les dix minutes dans leurs tâches. Et près d’un tiers s’avouent distraits dans leur travail. Pour remédier à cette pollution permanente, il existe des préconisations simples, comme relever et lire ses mails à heure fixe (à l’arrivée au bureau le matin, puis une demi-heure avant la pause-déjeuner, par exemple). Dans certaines entreprises, on va même plus loin en instaurant des «journées sans e-mails».

Les journées sans e-mails ne font pas que des heureux

Née aux États-Unis, cette initiative gagne progressivement l’Europe. En France, la société Canon s’y est adonnée pour la première fois le 3 décembre 2010 . Verdict: pendant cette journée, « nous avons opté pour une communication plus simple, privilégiant l’usage du téléphone et les échanges en face à face », raconte une employée de l’entreprise au site actionco.fr.

Signe que l’e-mail est devenu constitutif de la panoplie du salarié, ce type d’opération n’est toutefois pas sans susciter des crispations. En Belgique, où a été instaurée une «journée nationale sans mails», un représentant de la société E-Net Business résume d’une formule, reprise par le site de RTL , le cauchemar enduré: « C’est invivable ». De fait, les accros aux courriels s’élèvent contre de telles pratiques, ironisant, à l’image du site informaticien.be , sur de prochaines « journées sans cons, sans spams ou sans bouchons ».

50% des e-mails sont mal compris par leurs destinataires

On l’aura saisi: la vie – professionnelle – sans e-mails est devenue inconcevable. Mais il faut le savoir: elle ne va pas sans risques. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir l’étude publiée en 2005 par deux psychologues américains. D’après Justin Kruger et Nicholas Epley, respectivement chercheurs aux universités de New York et de Chicago, vos e-mails ont 50% de chances d’être mal interprétés par leurs destinataires. « Il y a plein de subtilités dans la communication (l’émotion, l’humour, l’ironie…) qui passent par autre chose que la communication visible et peuvent se perdre dans un e-mail », note Justin Kruger, cité par le site Rue89 .

Pour le psychiatre italien Tonino Gantelmi, interrogé par le magazine Panorama , cette distorsion entre ce que l’on a souhaité écrire et ce qui est réellement intégré s’explique par le fait que « devant notre écran, nous sommes face à nous-mêmes, donc moins pudiques. Résultat: les mails professionnels comportent des contenus émotifs qui n’apparaissent pas en temps normal et peuvent donner lieu à des interprétations ».

Licenciée parce qu'elle tapait ses e-mails en majuscules

Tenez-vous le pour dit: le mail professionnel est donc un poison aux effets incommensurables qui peut aussi bien agir sur la suite de votre carrière que sur votre santé (les deux pouvant d’ailleurs être étroitement liés, mais c’est un autre débat). Rayon carrière, on ne rappellera jamais assez combien la pratique du courriel réclame dextérité et expertise. Une comptable d’une société néo-zélandaise basée à Auckland n’est pas près de l’oublier, qui a été licenciée en 2009 après l’envoi d’e-mails tous écrits en majuscules . « Attitude provocatrice », a jugé l’employeur, qui en a tout de même été quitte pour lui verser 17.000 dollars au titre de licenciement abusif.

L'e-mail nous rend sédentaire, il nous fait donc grossir

Enfin, rayon santé, l’e-mail, source de sédentarité, fait de gros dégâts. En témoigne cette analyse du docteur Durian Dugmore , responsable médical de Sport English, selon laquelle « nous perdons des millions d’heures d’exercices depuis l’explosion de l’e-mail. Les gens envoient des e-mails à leurs collègues assis à côté d’eux, ils ne rencontrent plus jamais ceux qui travaillent de l’autre côté du bureau. Nous devons changer ces attitudes paresseuses. »

Bref, à quand cette inscription sur nos boîtes courriels: «attention, l'e-mail tue»?

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